L’économie circulaire : quels engagements pour la bio, l’ESS et une agroalimentaire durable ?

Le déchet est une invention de l’homme, et ce n’est pas la plus glorieuse. Heureusement l’économie circulaire promet de transformer nos innombrables détritus en matière première de valeur, imitant ainsi la nature. Le secteur bio et les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS), déjà “circulaires” par principe, ont pris en charge une partie du problème, mais beaucoup reste encore à faire. Un mini dossier sur la question (définitions, enjeux, et point actuel).

L’ère de l’économie jetable : le déchet Roi

Il n’y a pas que certaines catégories de produits qui soient jetables, notre société l’est tout entière : obsédés par l”hygiène nous ne vivons pas moins sur… une montagne de détritus. Nous pratiquons en effet un modèle d’économie dite linéaire qui finit… à la poubelle.

Nos biens de consommation deviennent rapidement un vrai boulet une fois leur (courte) phase de vie terminée : en Europe, près de 50 % des déchets finissent directement en décharge et l’autre moitié est peu ou mal valorisée.

L'économie linéaire : grande pourvoyeuse de déchet

Le tout entraîne des problèmes graves de pollution et une extraction sans fin de matières premières nécessaires à la création de nouveaux biens de consommation, eux-même soumis à l’appétit consumériste des français et à l’obsolescence programmée. En France, les secteurs économiques sont responsables à 90 % des déchets produits.

La nature est dans tous les cas perçue comme une pourvoyeuse illimitée de ressources avec, à la clé, des méthodes d’extraction de plus en plus polluantes (gaz de chiste)… et des tensions géostratégiques sensibles (mainmise plus ou moins discrète d’états ou de régions par les multinationales ou les gouvernements). L’entreprise gaspilleuse est juridiquement déresponsabilisée, la gestion des déchets produits étant jugée du ressort de spécialistes.

Avec l’économie circulaire, le déchet de l’un devient la nourriture de l’autre

L’économie circulaire est un concept global disrupteur qui promet de “circulariser” notre économie en créant une boucle vertueuse inspirée des écosystèmes naturels où les déchets des uns deviennent la matière première des autres… L’objectif est de solliciter le moins de ressources possible pour que la matière et l’énergie ne soient ni perdues, ni gaspillées.

Le tout repose sur le modèle dit des « 4R » : réduire > réutiliser > recycler > renouveler, qui optimise les stocks et flux de matières, d’énergie et de déchets à tous les stades, du “berceau” à la tombe. Le but : transformer ceux-ci en nouvelles matières premières ou constituants utiles pour produire à nouveau.

Quelles définition ? Selon L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) (il n’existe pas encore de définition officielle) : « Inspiré de la nature qui ignore la notion de déchet, c’est un système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits et services, vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement tout en développant le bien-être des individus ».

En d’autres termes, il s’agit de créer une boucle positive globale anti-déchet, anti-pollution et anti-gaspi constituée d’un réseau écosystémique de “boucles” rétro-actives locales imbriquées en cascade, et composées d’un tissu interdépendant d’acteurs publics et privés et d’individus oeuvrant en concert.

Les leçons de la nature pour en finir avec les ordures

Peu de gens réalisent que marcher dans la nature revient à poser ses pas sur une mer… d’excréments ! La partie noble du sol de nos forets, l’humus n’est rien d’autre que le résultat d’un gigantesque repas permanent où sont conviés bactéries multiples, champignons, protozoaires, vers de terres, etc.

Tout ce petit monde invisible de nourrit de matières végétales devenues inutiles comme les feuilles mortes, les vieilles souches d’arbre, etc. Dans cette chaine circulaire, le déchet n’est qu’une étape temporaire et courte avant sa transformation, ou plutôt sa renaissance en “objets” naturels : arbres, plantes, etc. La nature ignore donc le déchet en tant qu’élément permanent et polluant, et l’économie circulaire fait de même.

Les sept piliers de l’économie circulaire

Infographie : les 7 piliers de l'économie circulaire

Cette philosophie du « zéro-déchet » fait partie, avec le développement durable et la RSE et l’ESS d’une famille de concepts phares pour une économie responsabilisée. Elle comprend 7 piliers qui peuvent varier suivant les « écoles ». Voici notre interprétation :

1 – L’approvisionnement durable : sélection des fournisseurs sur des critères environnementaux, accompagnement dans l’amélioration de leurs pratiques pour préserver les ressources.

2 – L’écoconception : s’arranger dès la conception de l’objet pour que celui-ci soit durable (lutte contre l’obsolescence programmée) et facilement démontable, recyclable, réutilisable, réparable, durable, et peu gourmand en ressources et énergie. L’emballage est aussi concerné. La tendance est à une éco-socio-conception globale incluant aussi le social.

  • La jeune marque alternative de cosmétiques bio et vegan Les Happycuriennes à mis en place dès l’amont de sa création une démarche solidaire globale d’éco-socio-conception à tous les stades du cycle de vie des produits : matières premières – production – communication – distribution – utilisation – jusqu’à leur fin de vie. La marque incite ses clientes à ramener elles-mêmes les emballages vides pour être certain de  leur recyclage, via un partenariat avec TerraCycle.

Economie circulaire: éco-socio-conception cosmétiques avec Les Happycuriennes

3 – L’écologie industrielle et territoriale : les déchets d’une usine ou d’une organisation sont la nourriture d’une autre entité économique à l’échelle locale. L’exemple le plus aboutit, et systématiquement cité est la petite ville danoise de Kalundborg, le pionnier du genre qui a démarré sa mutation industrielle dès les années 1970.

4 – Nouveaux modèles économiques (économie de la fonctionnalité, économie collaborative) : privilégier l’usage à la possession, et l’achat d’objet usager dans un rapport B2C ou C2C. Pour quelle raison ? L’objet appartenant à l’entreprise (ou au particulier) dans le cas d’une location), ceux-ci sont encouragés à le rendre durable et solide.

5 – La réparation : trouver une deuxième vie aux biens en panne.

6 – Le remploi direct (upcycling) : réutiliser certains déchets ou certaines parties du déchet encore en état de fonctionnement pour élaborer de nouveaux produits (par exemple, utiliser ou modifier de vieux meubles en magasin pour en faire des linéaires).

7 – Le recyclage et la valorisation : réutiliser les matières premières issue d’un produit en fin de vie pour un nouveau cycle industriel de production.

Ces 7 piliers démontrent que l’économie circulaire