BIO-SOCIÉTAL

L’économie circulaire : quels engagements pour la bio, l’ESS et une agroalimentaire durable ?

Le déchet est une invention de l’homme, et ce n’est pas la plus glorieuse. Heureusement l’économie circulaire promet de transformer nos innombrables détritus en matière première de valeur, imitant ainsi la nature. Le secteur bio et les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS), déjà “circulaires” par principe, ont pris en charge une partie du problème, mais beaucoup reste encore à faire. Un mini dossier sur la question (définitions, enjeux, et point actuel).

L’ère de l’économie jetable : le déchet Roi

Il n’y a pas que certaines catégories de produits qui soient jetables, notre société l’est tout entière : obsédés par l”hygiène nous ne vivons pas moins sur… une montagne de détritus. Nous pratiquons en effet un modèle d’économie dite linéaire qui finit… à la poubelle.

Nos biens de consommation deviennent rapidement un vrai boulet une fois leur (courte) phase de vie terminée : en Europe, près de 50 % des déchets finissent directement en décharge et l’autre moitié est peu ou mal valorisée.

L'économie linéaire : grande pourvoyeuse de déchet

Le tout entraîne des problèmes graves de pollution et une extraction sans fin de matières premières nécessaires à la création de nouveaux biens de consommation, eux-même soumis à l’appétit consumériste des français et à l’obsolescence programmée. En France, les secteurs économiques sont responsables à 90 % des déchets produits.

La nature est dans tous les cas perçue comme une pourvoyeuse illimitée de ressources avec, à la clé, des méthodes d’extraction de plus en plus polluantes (gaz de chiste)… et des tensions géostratégiques sensibles (mainmise plus ou moins discrète d’états ou de régions par les multinationales ou les gouvernements). L’entreprise gaspilleuse est juridiquement déresponsabilisée, la gestion des déchets produits étant jugée du ressort de spécialistes.

Avec l’économie circulaire, le déchet de l’un devient la nourriture de l’autre

L’économie circulaire est un concept global disrupteur qui promet de “circulariser” notre économie en créant une boucle vertueuse inspirée des écosystèmes naturels où les déchets des uns deviennent la matière première des autres… L’objectif est de solliciter le moins de ressources possible pour que la matière et l’énergie ne soient ni perdues, ni gaspillées.

Le tout repose sur le modèle dit des « 4R » : réduire > réutiliser > recycler > renouveler, qui optimise les stocks et flux de matières, d’énergie et de déchets à tous les stades, du “berceau” à la tombe. Le but : transformer ceux-ci en nouvelles matières premières ou constituants utiles pour produire à nouveau.

Quelles définition ? Selon L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) (il n’existe pas encore de définition officielle) : « Inspiré de la nature qui ignore la notion de déchet, c’est un système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits et services, vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement tout en développant le bien-être des individus ».

En d’autres termes, il s’agit de créer une boucle positive globale anti-déchet, anti-pollution et anti-gaspi constituée d’un réseau écosystémique de “boucles” rétro-actives locales imbriquées en cascade, et composées d’un tissu interdépendant d’acteurs publics et privés et d’individus oeuvrant en concert.

Les leçons de la nature pour en finir avec les ordures

Peu de gens réalisent que marcher dans la nature revient à poser ses pas sur une mer… d’excréments ! La partie noble du sol de nos forets, l’humus n’est rien d’autre que le résultat d’un gigantesque repas permanent où sont conviés bactéries multiples, champignons, protozoaires, vers de terres, etc.

Tout ce petit monde invisible de nourrit de matières végétales devenues inutiles comme les feuilles mortes, les vieilles souches d’arbre, etc. Dans cette chaine circulaire, le déchet n’est qu’une étape temporaire et courte avant sa transformation, ou plutôt sa renaissance en “objets” naturels : arbres, plantes, etc. La nature ignore donc le déchet en tant qu’élément permanent et polluant, et l’économie circulaire fait de même.

Les sept piliers de l’économie circulaire

Infographie : les 7 piliers de l'économie circulaire

Cette philosophie du « zéro-déchet » fait partie, avec le développement durable et la RSE et l’ESS d’une famille de concepts phares pour une économie responsabilisée. Elle comprend 7 piliers qui peuvent varier suivant les « écoles ». Voici notre interprétation :

1 – L’approvisionnement durable : sélection des fournisseurs sur des critères environnementaux, accompagnement dans l’amélioration de leurs pratiques pour préserver les ressources.

2 – L’écoconception : s’arranger dès la conception de l’objet pour que celui-ci soit durable (lutte contre l’obsolescence programmée) et facilement démontable, recyclable, réutilisable, réparable, durable, et peu gourmand en ressources et énergie. L’emballage est aussi concerné. La tendance est à une éco-socio-conception globale incluant aussi le social.

  • La jeune marque alternative de cosmétiques bio et vegan Les Happycuriennes à mis en place dès l’amont de sa création une démarche solidaire globale d’éco-socio-conception à tous les stades du cycle de vie des produits : matières premières – production – communication – distribution – utilisation – jusqu’à leur fin de vie. La marque incite ses clientes à ramener elles-mêmes les emballages vides pour être certain de  leur recyclage, via un partenariat avec TerraCycle.

Economie circulaire: éco-socio-conception cosmétiques avec Les Happycuriennes

3 – L’écologie industrielle et territoriale : les déchets d’une usine ou d’une organisation sont la nourriture d’une autre entité économique à l’échelle locale. L’exemple le plus aboutit, et systématiquement cité est la petite ville danoise de Kalundborg, le pionnier du genre qui a démarré sa mutation industrielle dès les années 1970.

4 – Nouveaux modèles économiques (économie de la fonctionnalité, économie collaborative) : privilégier l’usage à la possession, et l’achat d’objet usager dans un rapport B2C ou C2C. Pour quelle raison ? L’objet appartenant à l’entreprise (ou au particulier) dans le cas d’une location), ceux-ci sont encouragés à le rendre durable et solide.

5 – La réparation : trouver une deuxième vie aux biens en panne.

6 – Le remploi direct (upcycling) : réutiliser certains déchets ou certaines parties du déchet encore en état de fonctionnement pour élaborer de nouveaux produits (par exemple, utiliser ou modifier de vieux meubles en magasin pour en faire des linéaires).

7 – Le recyclage et la valorisation : réutiliser les matières premières issue d’un produit en fin de vie pour un nouveau cycle industriel de production.

Ces 7 piliers démontrent que l’économie circulaire est bien plus qu’une gestion intelligente des déchets en fin de vie. C’est tout le cycle de vie du produit qui est visé en impliquant (dans l’idéal) tous les acteurs concernés, dont le consommateur. La durée de vie de l’ objet est maximale en le concevant pour durer, en l’entretenant correctement, et en le réparant si c’est nécessaire. Ensuite le bien vit une deuxième vie, par exemple sur le marché de l’occasion.  Puis, au moment de sa mise en déchet, certaines parties sont directement revalorisées  et ‘re-manufacturées’. Et enfin, les matériaux issus du produits dont recyclés et réutilisés.

Quelles certifications et réglementations ?

Il n’existe pas à l’heure de label ou de référentiel qui englobent toutes les facettes socio-environnementales de l’économie circulaire.

Du côté de l’écoconception, citons le Cradle to Cradle (C2C) adopté aux États-Unis, en Allemagne et en Hollande, par près de 150 industriels.

En France, l’écologie circulaire a fait son entrée dans la législation française en 2015, via la loi de programmation sur la transition énergétique pour la croissance verte. Une feuille de route nationale innovante de l’économie circulaire est prévue pour Mars 2018. Conçue à l’attention des entreprises, des filières de recyclage et de collecte, et des collectivités, elle vise à faciliter le passage d’un modèle économique linéaire à un modèle circulaire sur l’ensemble du cycle de vie des produits.

Certains labels de consommation, comme le Label France, intègrent aussi certaines pratiques de l’économie circulaire, en incitant par exemple à localiser une production-transfomation.

Economie circulaire : le retour d’un vieux principe

L’histoire passionnante des déchets humain et de leur recyclage montre que l’économie circulaire n’est pas nouvelle mais qu’elle doit à chaque fois se réinventer, l’homme prenant de plus en plus possession de la planète.

Dès le néolithique la naissance des premières cités génère une accumulation de déchets (excréments, restes de cuisine, élevage, métiers) qui oblige la communauté à réagir. Les solutions étaient encore faciles à trouver (enfouissement, compostage, brulage, pâture aux cochons) car les déchets générés restaient faibles. et issus d’une chimie naturelle qui les rendaient naturellement biodégradables.

Au cours des siècles, l’accroissement de la population et de ses besoins obligent à imaginer des solutions toujours plus sophistiquées impliquant les gouvernements sous formes de lois et d’effort financier (enlèvement des déchets urbains dans les cités grecques antiques, toilettes publiques romaines), sans pouvoir éviter les premiers effets collatéraux à partir du moyen-âge : pollution des rivières et insalubrité grimpante à l’origine des vagues de peste qui ont longtemps ravagées l’Europe. Les paysans ont la possibilité de récupérer ces ordures qu’ils considèrent comme une manne : ils les épandent sur leurs champs afin de les fertiliser.

Le XVIIIe et le XIX° siècle voient les premiers mesures sanitaires d’envergure (création des égouts modernes de Paris en 1850). Fait nouveau, de nouveaux métiers apparaissent ou se renforcent, comme les chiffonniers, chargés d’alimenter en matières premières recyclées une industrie et une l’agriculture en plein essor. Près de sept mille individus alimentent des fabriques de papier, de carton et de noir animal, fleurons industriels high-tech de l’époque.

Les vrais problèmes apparaissent au début du XX° siècle sous la poussée conjointe du consumérisme, de matières artificielles difficiles à recycler et d’une certaine insouciance (les ressources de la nature semblent inépuisable), le tout menant à la société du gaspillage d’aujourd’hui.

Atouts et faiblesses

La force de l’économie circulaire est de réunir en un tout cohérent plusieurs concepts connus (économie des ressources, optimisation des flux, réutilisation, 4R, recyclage, écologie industrielle…) en impliquant simultanément l’entreprise, les territoires, la société civile et le consommateur.

La tache est cependant immense :

il faudra des décennies pour transformer une économie du jetable qui a mis elle-même des siècles à se construire.

Les obstacles évidents dus aux multiples leviers à actionner sont toutefois compensés par les possibilités offertes d’agir chacun à son échelle, et selon ses moyens, sur un des 7 points de la boucle. Cependant l’idéal est que des avancées se fassent simultanément. Par exemple, nous l’avons vu, tant que les industriels vendront un objet en s’en déresponsabilisant une fois la (courte garantie ) dépassé, au lieu de le louer, il sera difficile d’avoir des objets durables et réparables à bas coût.

Il faut aussi savoir que l’état actuel de nos technologies ne permet pas, pour longtemps encore, un recyclage parfait : des résidus ultimes et polluants perdurent.

L’économie circulaire s’inscrit dans un puissant imaginaire “No Waste – anti-gaspi” qui explique sa notoriété croissante. De plus de sites et tutoriels sont disponibles sur Internet pour réparer à peu près n’importe quoi, même si les industriels ne facilitent pas la tâche (comme les réparations automobiles).

Notre société doit aussi résoudre son problème d’addiction à la consommation (bonheur par l’objet), que ne peut régler à elle seule l’économie circulaire, même si celle-ci encourage chacun et chacune à entretenir et réparer. D’autres idées semences comme la transition écologique doivent venir en appui pour bâtir une société humaniste.

Une bonne nouvelle est que l’économie circulaire est depuis 2017 de plus en plus perçue comme un modèle économique d’avenir générateur d’emploi, d’éco-produits innovants, de services, et de modèles d’affaire et politiques publiques soucieux de l’environnement. La France s’offre actuellement quasiment 2% d’emplois dédiés à l’économie circulaire sur le territoire.

Construire l’alimentation durable circulaire du XXI° siécle

Cette notion prometteuse permet de résoudre deux grands défis alimentaires :

1 –  La lutte contre le gaspillage alimentaire : au-delà du recyclage bienvenu d’une énorme masse de déchet (30 % de toutes les denrées produites) par divers moyens, économie circulaire  est  aussi un puissant levier pour nourrir le  monde et les personnes démunies (bientôt en ligne un article sur le sujet).

2 – Mettre progressivement en place une nouvelle chaine de valeur agroalimentaire circulaire locale inspirée du réseau neuronal :  la nourriture est majoritairement produite, transformée et recyclée sur place par des fermes, des transformateurs et des recycleurs de proximités travaillant en synergie et incluant les territoires, les collectivités et les consommateurs (bientôt en ligne un article sur le sujet).

Secteur bio et de l’ESS, quelles implications ?

Une agriculture biologique engagée, telle que pratiquée et soutenue en France par les marques et magasins bio spécialisés, porte en elle de facto beaucoup du principe de boucle économique : pas d’engrais de synthèse, circuits courts et locaux, vente directe, production d’énergie à partir des rejets animaux, etc.

Les voies d’améliorations sont néanmoins importantes pour le secteur : approvisionnements locaux renforcés, synergie industrielle sur un territoire (alliance étroite d’agriculteurs, de meuniers, de distributeurs et collectivités régionales…), bâtiments bioclimatiques, meilleure gestion des invendus alimentaires (point faible des enseignes). etc. Coté participation du consommateur, le développement de la consigne est à encourager.

Les marques alimentaires peuvent agir la lutte contre le gaspillage alimentaire lors de la fabrication et sur l’éco-conception des emballages.

  • Les chocolats de Belledonne ont un étui en carton certifié FSC sans colle. Le film de protection intérieur est en fibre de cellulose, impression afin qu’il soit apte au compost domestique !

Le Bio Vallée Lauragais est quand lui un bon exemple d’une tentative  d’écologie industrielle locale appliquée au monde bio : cette plate-forme collaborative s’est donnée pour mission d’accompagner les démarches innovantes d’un “cluster” d’entreprises locales (certaines sont bio) oeuvrant en faveur du Développement Durable et de l’Economie Circulaire, et de favoriser les mises en synergie d’acteurs.

Certains “super labels bio” comme bio-Cohérence ou Biopartenaires participent à l’économie économie circulaire, leur charte incitant fortement à la relocaliseation de la production et de la transformation alimentaire bio.

Le secteur de l’ESS quant à lui s’est engagé dès les années 60 en faveur de la réutilisation et du recyclage de biens en fin de vie (objets, meubles, appareils ménagers) : Mouvement Emmaüs, réseau des Ressourceries, Etc. Au-delà du souci de solidarité, de réelles capacités d’innovation industrielle sont mises en oeuvre : valorisation de déchets peu pris en compte par les grands opérateurs (transformation des rebuts de carton), savoir-faire technique en matière de collecte et de tri, création de plateformes de logistique d’unité de méthanisation, etc.

Cependant, les enjeux de l’économie circulaire ne fédèrent pas encore l’ensemble des structures d’utilité sociale.

Version enrichie et remise à jour d’un article paru initialement dans la revue professionnelle Biolinéaires n°68 novembre – décembre 2016

Toutes les missions de l'Éconovateur pour les entreprises et les organisations

Je découvre
Je découvre

L’entreprise libérée et holacratie : bien-être au travail avec l’intelligence collective

Le stress au bureau, le burnout, le manque de motivation, et, depuis peu le présentéisme (excès d’heures de travail), font depuis quelques années la une des médias. Le secteur bio et plus généralement les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS), qui ne sont pas à l’abri de ces dérives potentielles sont séduits actuellement par deux concepts en vogue qui concilient performance et bonheur au travail. Sont-ils crédibles et tiennent-ils leurs promesses ? Le point complet sur la question.

Toute entreprise ou organisation dites éthique doivent pouvoir garantir, au-delà des obligations légales, un cadre de travail agréable qui favorise aussi l’épanouissement personnel. Cette mission ne va pas de soi car la plupart de ces secteurs, dont le bio subissent aussi les tensions d’une progression à deux chiffres et les lois implacables de l’économie : concurrence accrue, pression sur les prix, lancement accéléré de nouveaux produits, etc. 

Ces contraintes multiples peuvent écorner à la longue la motivation des salariés et ébranler les garde-fous éthiques naturels. Deux nouvelles approches promettent cependant de concilier compétition de marché, performance accrue et plaisir d’accomplir sa tâche et d’évoluer avec son entreprise. La mariée est-elle trop belle ? Regardons de plus près.

L’entreprise libérée : définition d’un modèle libre

Ce concept lancé en 2012 par Isaac Getz dans son livre « Liberté & Cie » et médiatisé avec le reportage sur France 5 de 2015 « Le bonheur au travail », comprend 3 fondamentaux clés :

1 – Valoriser ce qui motive vraiment au travail : la rémunération comme priorité principale au travail est généralement surestimée, en particulier pour les jeunes recrues. Des études récentes (1) confirment que les leviers psychologiques profonds qui stimulent la recherche du poste idéal sont, au-delà d’un salaire convenable : la confiance, la reconnaissance, l’autonomie, l’empathie et le désir de voir sa créativité reconnue et encouragée.

2 – 1 + 1 = 3 ou l’art de l’intelligence collective : le savoir ne vient plus d’en haut (patron, cadres, décideurs) mais du groupe. Chaque membre est vu comme un créatif en puissance. Les actions importantes sont décidées directement par les salariés qui bénéficient d’une large autonomie pour gagner en agilité et en réactivité. Permettre à chacun d’être force de proposition revient à décupler l’ensemble des énergies créatives de l’entreprise en donnant à chacun l’opportunité de donner un sens profond à son travail. Le tout va bien au-delà de la seule satisfaction de travailler pour une entreprise bio, solidaire ou éthique.

3 – Suppression ou forte diminution de l’effectif managérial : pour faciliter la créativité de groupe les positions hiérarchiques classiques, supposées induire frein à l’innovation, perte de temps dans les réunions, rivalités d’égos, et luttes de pouvoir, sont jugées inutiles et remplacées par des « rôles » ponctuels et transmissibles de coordinateur, de “team-leaders” de facilitateur, de stratège, de planificateur, ou d’animateur suivant les pratiques.

Notons que, dénuée de label et de règles à suivre, l’entreprise libérée est d’abord une philosophie, et non un modèle figé. Chaque entreprise est encouragée à expérimenter et à créer sa propre méthode.

L’holacratie : d’abord un outil opérationnel

Développée dès 2001 par Brian Robertson et formalisée en 2010, l’holacratie, modèle opérationnel créé par expérimentation sur le terrain, est souvent confondue avec l’entreprise libérée, avec qui elle partage les valeurs.

Mais à la différence de celle-ci l’Holacratie est une sorte de système d’exploitation qui formalise l’énergie collective de façon méthodique : il définit d’une part la façon de décrire l’organisation et sa structure, et d’autre part les règles qui vont s’appliquer pour prendre les décisions, le tout sous forme de formations, de processus définis (« constitution », processus de décision…), et de logiciels.. Concrètement, l’entreprise est structurée en « cercles » interdépendants et auto-organisés à la manière d’un organisme vivant. Cette notion de cercle remplace ou revivifie la hiérarchie pyramidale classique en rendant collectifs les processus de décision. Les postes de management sont transitoires au gré des circonstances (2).

Combien de divisions pour ces méthodes ?

Les entreprises « libérées » existantes sont très diverses de par leur taille et leur secteur (e-commercant, grande distribution, agroalimentaire, société de maintenance, ministères, entreprise de nettoyage, start-up)…), prouvant, avec l’ancienneté de certaines (3) la richesse d’application de ces nouvelles approches. On ne peut en dire autant de leur nombre qui ne dépasse pas la trentaine en France (4), ce qui quelque part est normal au vu de leur nouveauté.

Cependant, plusieurs articles critiques pointent du doigt le fait que cette faiblesse en effectif – liée à un manque d’analyses fines sur les effets réels de ces méthodes sur la performance globale de l’entreprise – rend difficile les généralisations et les recettes d’application, surtout que, dans le cas de l’entreprise libérée les sociétés sont libres d’imaginer leurs propres méthodes. (5)

Quelques exemples d’entreprises libérées ou adeptes de l’holacratie :

– Les entreprises libérées françaises conventionnelles de la première génération (FAVI, SEW Usocome, Bretagne Atelier) et celles de la deuxième génération (Chrono Flex, Poult, IMATech, SYD Conseil, Biose)

– Dans le monde : Zappos (expérience arrêtée en fin 2016) et W.L Gore & Associates (USA). En Belgique la gouvernance en autogestion est pratiquée depuis longtemps par les associations de santé intégrée (nommées « maisons médicales »).

– Les entreprises et distributeurs biologiques qui ont déjà franchi le pas : Azélan, ArcadieScarabee BiocoopBallot-Flurin, Mobil Wood 

Quelle crédibilité donner à l’entreprise libérée et à l’holacratie ?

Les idées mises en oeuvre sont-elles nouvelles, et surtout ont-elles un avenir ?

Ses 3 grands socles, décrits plus haut, proviennent en fait de principes et de savoirs sociaux élaborés de longue date, et en constante évolution. Des expériences passionnantes émergent dès le XIXe siècle, comme le Familistère de Godin au XIXe siècle, qui ont pour point commun de remettre l’homme et ses exigences au centre de l’entreprise. Mais ces tentatives, un poil trop novatrices en pleine exploitation rationaliste du monde ouvrier (relire l’Assommoir de Zola), venues trop tôt, furent qualifiées de naïves ou utopistes par leurs contemporains.

– Motivation et besoins psychologiques au travail dès 1930 : 50 ans après ces premières tentatives ” utopistes “, les sciences sociales, au travers nottament de l’ « école des relations humaines » (6) affirment, en réaction à l’organisation Taylorienne du travail qui rationalise à l’excès les méthodes de travail, qu’il faut dorénavant prendre aussi en compte l’intérêt au travail et la reconnaissance sociale des individus pour améliorer la performance collective.

Entreprise libérée : le film "Les temps modernes" de Chaplin dénonce l'organisation ultra-rationaliste taylorienne du travail
« Le film “les temps modernes” de Chariot sortit en 1936, traduit très bien la sensibilisation du public et des chercheurs en science humaine de l’époque sur les abus sur l’homme de l’organisation taylorienne du travail, considéré comme un engrenage parmi d’autre dans la grande machine “entreprise”.

Durant les années 50 les premiers fondements du concept de ” qualité de vie au travail ” (QVT), apparaissent avec Eric Trist, du Tavistock Institute de Londres. Pointant lui aussi les limites du taylorisme (monotonie, déqualification, sentiment d’aliénation, impacts négatifs sur la productivité…), ses travaux insistent sur l’importance de l’autonomie, du soutien aux individus et du collectif.

Le tout donne naissance en 1972 au terme de ” qualité de vie au travail “. La France, qui a longtemps préféré utiliser une expression plus prudente – « amélioration des conditions de travail »  – reconnaitra en 2013 seulement cette approche humaine rafraichissante dans l’Accord National Interprofessionnel (7).

– Intelligence collective, une idée pas si neuve que ça, mais en pleine mutation : cette faculté innée qu’à l’homme d’exploiter la puissance du groupe pour optimiser sa puissance de travail et accroitre ses facultés créatrices est ” née “, ou plutôt s’est développée à partir du néolithique, une époque qui à vue apparaitre l’agriculture et les premières grandes civilisations.  C’est donc en fait un concept vieux comme Babylone ! Ce qui est nouveau est que nous passons actuellement d’une intelligence collective 1.0 dite pyramidale – caractérisée par une stricte division du travail et une division verticale du commandement – à une intelligence collective 2.0 dite augmentée, agile, distribuée : celle-ci mise sur la coopération, le partage des savoirs et la créativité de chacun, plutôt que sur la compétition et l’utilisation du savoir comme source de pouvoir.

La fin programmée du Management rationnel : l’art d’organiser les hommes au sein d’une entreprise ou organisme, est une discipline jeune âgée d’à peine un siècle. Composante essentielle de l’intelligence collective pyramidale dont elle suit les grands principes (commandement vertical hiérarchique), ses évolutions successives insistent progressivement sur la prise en compte de l’humain et de ses besoins complexes (8). Citons pour ses derniers avatars : le knowledge management, le «reverse mentoring», le management 3.0, agile, coopératif, bienveillant, et, bien sûr, l’entreprise libérée et holacratie.

Alors, qu’apportent vraiment de nouveau l’entreprise libérée et l’holacratie ? Derniers avatars d’une longue histoire sociale, et nourries par une époque très particulière (nouvelles générations Y et Z, individu connecté,  big data, uberisation, économie collaborative, etc.), ces nouvelles façons de concevoir l’entreprise ne sont pas aussi révolutionnaire qu’il n’y parait, mais ont le mérite de concilier dans leur ADN plusieurs tendances phares (motivations profondes, autonomie et intelligence collective), tout en sachant les rendre claires et désirables.

Résumons : en donnant la priorité à l’humain et à ses besoins profonds, l’entreprise libérée et l’holacratie sont les derniers avatars d’une tendance de fond, qu’elles revivifient avec leur promesse de rendre les entreprises plus agiles, créatives et innovante qui s’inscrit dans l’air du temps. (9). 

Cependant tout ceci n’empêche pas, comme nous allons le voir, les erreurs de jeunesse.

Le coin des critiques constructives

De prime abord, il semble inutile de critiquer ces nouveaux principes de travail qui, dans leur essence, vont dans le bon sens. Leur mise en place plutôt radicale est cependant un art délicat, qui, introduit sans précaution ou avec des intentions cachées peut rapidement entraîner des contre-performances ou amener de nouveaux problèmes. Examinons maintenant les principaux obstacles ou constats :

1 — Entreprise libérée, un atout ou un leurre dans un monde ultra-compétitif  ?

La promesse forte de lier épanouissement au travail et performance économique est à la fois quasi trop belle… et un gros challenge. Il faut en effet rappeler que le contexte économique mondial actuel impose en permanence aux entreprises de baisser leur coût de production pour maintenir leur compétitivité.

Comment donc promouvoir l’épanouissement au travail si le salarié peut voir son poste disparaitre pour cause « d’optimisation », se faire remplacer par quelqu’un de plus efficace de lui ou se voir imposer des taches ou objectifs encore plus grands ? Ces méthodes reposant aussi sur la diminution du management, donc de postes à coût salarial élevé, la tentation peut être grande de profiter de l’occasion pour dégraisser, même si, pour l’instant, les premiers retours d’expériences démontrent que la masse salariale globale n’est pas impactée (10)

Puisque nous parlons de mondialisation, beaucoup de pays (Chine, Japon, Corée…) ont encore un management beaucoup plus directif, rigide et hiérarchique qu’en Europe. La plupart de ces pays s’imposant de plus en plus à l’international, passer à un niveau d’innovation plus sophistiqué ne peut être que profitable à nos entreprises pour le proche avenir (11)… Cet avantage est cependant à relativiser, car il laisse à penser que l’innovation est plus importante que la production de biens et services pour lutter contre le chômage. Hors, aux US, pays considéré comme le plus innovant du monde 4% de l’emploi seulement provient des entreprises innovantes (12)…

2 – Faut-il vraiment jeter aux orties le manager actuel ?

Les méthodes de management dites pyramidales sont fortement décriées par les tenants de l’entreprise libérée : il est vrai, et chacun peut le constater autour de lui, que trop de petits chefs tyranniques, égocentriques ou simplement maladroits sévissent encore, même au sein d’organisation ou d’entreprises sociales et solidaires. Or, l’inverse est tout aussi vrai : beaucoup de managers classiques sans prétention de méthode révolutionnaire savent aussi aider, conseiller et établir une véritable relation de confiance et de proximité avec leur équipe. Cette façon de procéder est d’ailleurs encouragée dans les entreprises matures depuis au moins les années 1990.

Il faut aussi rappeler que les difficultés des managers conventionnels sont dues en grande partie au contexte de pression du temps, de tâches chronophages (reporting…), et de concurrence économique. Rien ne certifie donc pour l’instant que le salarié « libéré» de sa hiérarchie » mais privé de garde fou ne subisse lui aussi à terme ces pressions…

Il est vrai, comme vu plus haut, que l’entreprise libérée n’a pas pour objectif de rendre l’encadrement inutile, mais d’en redéfinir les modalités (même si ce discours est plus ambigu qu’il ne parait). Cependant, le management, surtout agile, ça s’apprend. Les nouvelles qualités demandées (écoute, leadership, etc.), font partie de l’intelligence dite relationnelle, classée parmi les 9 formes d’intelligence communément admises. Bref n’est pas facilitateur ou animateur qui veut mais qui peut. Ce n’est pas un hasard, si, dans presque toutes les entreprises libérées, les premiers leaders sont souvent des anciens managers. Ces avertissements étant posés, l’entreprise libérée apporte un réel vent frais en offrant, beaucoup plus qu’ailleurs, la possibilité au salarié de base (caissière, ouvrier) d’évoluer vers des responsabilités dites « managériales », comme par exemple chez Favi.

La notion de « rôle » ponctuel et transmissible de facilitateur, vue plus haut, induit aussi certaines interrogations : le manager du moment saura t-il prendre ses responsabilités sur le long terme ? Son programme sera-t-il poursuivi par son successeur ?

Une frontière de bon sens doit aussi être tracée : les gestions de crise, les grandes directions stratégiques, peuvent-elles vraiment se passer de décideurs  et de managers qualifiés et pointus ? La question reste posée.

3 – Tout salarié est-il un intrapreneur dans l’âme ?

La notion de salariat est récente : elle n’est pas le fruit d’une lutte sociale durement acquise comme beaucoup le pensent, mais la généralisation d’une pratique ancienne de l’économie libérale qui avait pour but d’empêcher les ouvriers de quitter l’usine pour aller travailler aux champs, et disposer ainsi d’une main-d’œuvre encadrée et disciplinée. On peut donc dire, toute production gardée et de façon très large, qu’il était plus courant jusqu’au XIX° siècle d’être un “free lance” ou un petit patron qui loue sa force de travail qu’un salarié.

Aujourd’hui, la même entreprise qui est issue de cette relation de subordination, se “libère” et demande brusquement à son salarié de revenir à “comme avant” en étant sommé de devenir autonome et d’inventer ses propres règles, bref de se transformer en intrapreneur (agir et penser comme un entrepreneur).

Nous rentrons ici dans un sujet beaucoup plus délicat qu’il n’y parait. Le véritable entrepreneur se sait dans une situation précaire et à haut risque : son salaire ne tombe pas automatiquement à la fin du mois. Il peut tout gagner, mais aussi tout perdre. Le travail à faire ne se trouve pas tous les matins posé sur son bureau : il doit le chercher lui même en trouvant ses propres clients. Son profil psychologique particulier fait cependant qu’il est armé pour faire face à ces situations à haut stress, qui ont aussi le mérite de le forcer à donner le meilleur de lui-même. Mais est-il possible de demander brusquement à un salarié de faire de même ? Peut-il vraiment devenir un entrepreneur prêt à tout alors que son salaire (donc une certaine sécurité) est garanti à la fin du mois ? À t-il le profil psychologique pour faire face à de nouvelles responsabilités ? Aura-t-il les moyens de son ambition ? Si son projet enrichit l’entreprise, celle-ci le rémunéra-t-elle à sa juste valeur ? Si l’échec est là, son patron l’acceptera-t-il (La France n’est pas particulièrement douée en ce domaine) ?

Un cadre salarié de distributeur bio, débauché de la grande distribution et habitué à atteindre des objectifs élevés mais déterminés me confiait récemment qu’il n’était pas facile pour lui de travailler sans attente particulière de la part de son nouvel employeur, et qu’il se sentait obligé de travailler encore plus dur. Certaines personnes, même de haut niveau, sont plus à l’aise et plus productives lorsqu’elles sont encadrées.

Enfin, il est intéressant de constater que la plupart des dirigeants qui “libèrent” leur entreprise sont eux-mêmes des entrepreneurs avec un fort profil d’innovation et de prise de risque (il existe plusieurs types de dirigeants). Souvent généreux, peut-être pensent-ils un peu trop rapidement que leurs salariés sont taillés comme eux ?

4 – Un vrai choc des cultures accru par un enthousiasme qui peut en laisser certains sur le carreau

Management ouvert et intraprenariat à tous les étages : ces idées nouvelles qui annoncent l’entreprise du XXI° siècle doivent apprendre à composer avec des pratiques encore bien vivaces, mais considérées souvent, par excès d’enthousiasme comme dépassées. Pourtant, des organisations comme l’armée, l’hôpital ou la restauration considérées comme plutôt performante, prônent clairement l’obéissance comme base clé de leur fonctionnement. Sont-elles pour autant dépassées ? (13)

Les pionniers de l’entreprise libérée recommandent à raison la prudence et la mesure dans l’adoption de ces nouvelles approches, au risque de voir un turnover important (12 à 14 % en moyenne) et d’assister à un paradoxe : accepter de laisser partir des salariés qui refusent d’être “libérés” comme cela a été le cas pour les entreprises américaines Zappos ou Morning Star (14)

La prudence est aussi le maitre mot des grandes entreprises conventionnelles actuellement en phase de tests : Michelin, Leroy-Merlin, Kiabi, Orange… l’effort pour celles–ci est plus grand, car il leur faut composer avec une couche managériale conséquente. Certaines comme Castorama ont arrêté pour l’instant l’expérimentation.

5 – L’expertise du groupe n’est pas, de facto, automatiquement supérieure à celle d’un salarié. 

Les agences de communication, adeptes depuis longtemps des méthodes créatives de groupe (dont le fameux brainstorming), le savent bien : il ne suffit pas de réunir des personnes, même compétentes autour d’un table et de secouer le tout pour accoucher d’idées géniales. Un savoir faire de la part de l’animateur doit se construire et se roder avec le temps.

6 – Les rapports de force, les luttes de pouvoir, et les ententes “entre amis” peuvent aussi surgir, de manière plus subtile, dans la vie d’un collectif.

Selon Olivier Zara, expert en intelligence collective “Pour le modèle holacratique, la pyramide est la source des luttes de pouvoir et donc en supprimant la pyramide, on supprime les luttes de pouvoir. Ce postulat explique que les besoins de reconnaissance, de responsabilités et d’accomplissement ne résultent pas de la nature humaine, mais d’une structure pyramidale. Si le postulat holacratique est faux, si la pyramide est la conséquence de la nature humaine alors toute organisation va conduire à des luttes de pouvoir même avec des cercles. Ces luttes sont terriblement humaines et malheureusement, nous n’avons pas encore trouvé comment changer la nature humaine” (15).

Ce constat sociologique pragmatique, ne doit pas faire oublier, répétons-le que ces nouvelles méthodes ont au moins le mérite de donner leur chance à tous les collaborateurs dans la pratique d’un management démocratisé, et ce quel que soit son niveau hiérarchique.

Conclusion : faut-il passer à l’acte ?

L’intelligence collective, qui valorise le salarié et booste intelligement l’innovation, est dans l’air du temps (co-création, cofinancement, innovation 2.0…).

Son intégration dans l’entreprise est à terme inéluctable. Ces méthodes, encore très nouvelles et provocantes, sont pour l’instant appliquées dans les PME sociales et solidaires (dont le secteur biologique) par des chefs d’entreprises audacieux qui ont l’innovation dans le sang, tandis que, nous l’avons vu, les grandes structures les testent prudemment.

Nous pensons cependant qu’elles ne remplaceront pas, en tout cas pas pour tout de suite les méthodes classiques actuelles de management, mais sauront trouver leur place, en particulier chez les jeunes sociétés et les jeunes générations par principe plus ouverts à ces process collaboratifs, en particulier pour certaines métiers ou certaines branches.

Pour réussir sa venue, l’entreprise Libérée doit venir du fondateur. Il ne doit pas simplement y adhérer. Il doit en être le moteur, jouer le jeu, veiller à ne pas garder les pleins pouvoirs, garder à l’esprit que tout salarié n’est pas un créateur de startup en puissance,  et ne pas créer de dégâts collatéraux par excès d’ardeur, en avançant prudemment. Il en va de même à tous les échelons. Les actionnaires doivent quand à eux être inclus intimement dans ce processus de transformation.

Sans tout remettre en question, les entreprises peuvent déjà chercher à acquérir un management humain de bon sens (confiance, respect. envers ses salariés). Des valeurs qui développent efficacement  la qualité de vie au travail et valorisent les collaborateurs. Beaucoup de sociétés utilisent d’ailleurs certaines techniques de l’entreprise libérée sans le savoir. L’important est de ne pas tomber dans les extrêmes et d’aller à son rythme !

Enfin, l’entreprise libérée n’est pas une fin en soi : on peut être libéré dans le noble sens du terme et produire des denrées polluantes et consommatrices d’énergie. Elle n’est en cela qu’une étape et une brique de plus vers l’entreprise durable qui se soucie, elle des valeurs de l’ESS et du bio tout en produisant sur place sans délocaliser, et en passant à l’économie circulaire (16).

Version enrichie d’un article paru initialement dans la revue professionnelle Biolinéaires n°67 Septembre – octobre 2016


Notes 

(1) Étude sur la motivation des salariés : source Le Monde 17 avril 2015 Recherche motivation des salariés

(2) Pour en savoir plus sur les différences entre entreprise libérée et holacratie, lire l’excellent article du spécialiste Jean-Michel Gode

(3) La plus ancienne entreprise fonctionnant sur ces principes depuis 1958 est W.L. Gore, fabricant de Goretex, et présent dans plus de 30 pays. En France la plus ancienne est la fonderie FAVI (1983).

(4) Cartographie Google des entreprises libérées, imcomplète, mais intéressante :

(5) Sur la faiblesse des exemples cités et le manque de critères comparatifs lire La part d’ombre de l’entreprise “libérée” et Entreprises libérées et innovation

 (6) Ecole des relations humaines : Les différents courants de pensée de la théorie des organisations p6. Pour un bref hisiorique des méthodes de management éthique, lire aussi  page 12 Entreprise Libérée la fin de l’illusion

(76) Brève histoire du concept de Qualité de Vie au Travail

(8) Pour en savoir plus : petite histoire des grandes théories du Management –  Lire aussi ce passionnant ouvrage : Le maniement des hommes

(9) Si Brian Robertson, créateur de l’holacratie explique bien la genèse de ses recherches dans son article History of Holacracy, on peut seulement regretter que Isaac Getz le fondateur de l’entreprise libérée apporte quand à lui un faible éclairage historique sur ses méthodes, donnant l’impression que l’approche est révolutionnaire, alors q’il s’agit d’abord d’appropriation intelligente de concepts existants.

(10) Que coûte et que rapporte l’entreprise libérée ?

(11) Sur l’avantage concurrentiel de l’intelligence collective agile pour l’exportation, lire de Pascal Ponty Le point sur l’entreprise libérée

(12) Innovation, panacée de la lutte contre le chômage ? Voir les commentaires L’entreprise libérée, entre communication et imposture

(13) Entreprise libérée contre valeur d’obéissance Le point sur l’entreprise libérée 

(14) A propos du turnover et des désistements : Entreprise libérée : attention au dogmatisme – Entreprise libérée : à la libération, on rase gratis 

(15) “La stratégie du Thé: Agilité, innovation et engagement dans un monde digital, incertain et complexe” de Olivier Zara  Broché – 25 octobre 2016 – Edition CreateSpace

(16) Sur les différences entre entreprise libérée et entreprise responsable :  L’entreprise libérée, entre communication et imposture  (lire les commentaires) – L’entreprise libérée est-elle socialement responsable ?

Aller plus loin sur les critiques de l’entreprise libérée : lire une synthèse très engagée, mais bien documentée Entreprise Libérée la fin de l’illusion

Toutes les missions de l'Éconovateur pour les entreprises et les organisations

Je découvre
Je découvre

En route vers le Bio-sociétal – 3e partie : la bio, nouveaux enjeux, nouvelles missions


3e partie :
 les notions de développement durable et de RSE commencent à influencer sérieusement les collectivités et les entreprises conventionnelles. Il est temps maintenant de s’interroger sur le secteur bio : ses valeurs sont-elles compatibles avec ces notions ? Est-il en avance ou en retard ? Et sur quels sujets ? Voici les réponses pour tendre vers l’entreprise responsable du XXI° siècle.

Article mis à jour le 14 janvier 2018

 – EN ROUTE VERS LE BIO SOCIÉTAL :

Lire ou relire la deuxième partie : la RSE

● L’économie, le sociétal et l’environnement, dans l’ADN de la bio depuis toujours : si celle-ci est surtout perçue aujourd’hui comme liée à la promotion d’une agriculture plus saine et à la protection de la santé et de l’environnement, ses ambitions étaient encore plus étendues et visionnaires dès le début de son histoire.

Née dans les années 1920 en Europe de plusieurs pères fondateurs (1) l’agriculture biologique s’insérait dans un combat social global déjà vieux d’un siècle pour une distribution éthique des biens de consommation et des conditions de travail moins rudes, le tout influencé par une vision sauvage de la nature issue notamment du romantisme allemand du XIX° siècle. Ces facteurs croisés d’influence étaient nés à l’époque pour contrer les effets collatéraux désastreux de l’industrialisation à pas forcée des sociétés occidentales à l’œuvre depuis le milieu du XVIII° siècle (lire ou relire L’assommoir de Zola). L’agriculture biologique, restée fidèle à une approche militante et sociale, apporte quand à elle comme élément novateur l’environnement et la santé du consommateur dans sa lutte, encadrés par des réflexions sociales originales.

Un de ses fondateurs, Rudolf Steiner, était un philosophe, occultiste et penseur social autrichien atypique. Son œuvre majeure, l’Anthroposophie, est une pensée holistique originale qui, bien avant l’heure accorde une grande importance à une nature perçue comme complexe, vivante et sensible, en militant pour une économie sociale qui lie intimement vie économique, vie du droit et vie spirituelle (vue ici dans un sens laïque qui comprend le climat social de l’entreprise et la façon dont elle gère en interne le pouvoir).

Cette articulation visionnaire entre économie, vie sociale et rôle vital de l’environnement, longuement réfléchie et développée dans plusieurs livres et cycles de conférences, ressemble étonnamment aux 3 piliers du développement durable.

C’est dans ce contexte nourricier fécond que naquit durant les années 1920 l’agriculture biodynamique. À contrario d’une agriculture industrielle en plein envol et uniquement soucieuse de rentabilité économique, l’agriculture biodynamique considère la ferme comme un organisme vivant complexe indissociable de son environnement : il ne s’agit pas seulement de produire des denrées comestibles de qualité, mais aussi d’assumer la responsabilité de préserver l’environnement large de la ferme (haies, bocages, flore, faune sauvage), en prenant aussi en charge les modalités économiques comme la distribution des denrées produites. C’est ainsi que dès 1927, en Allemagne, se créée une coopérative économique agricole de transformation dans le but de promouvoir et vendre les produits biodynamiques. En 1930 près de 1 000 fermes écoulent leur production, soutenue, déjà, par une marque (Demeter), et un cahier des charges, bien avant l’avènement du label AB en 1985 !

Les autres pères fondateurs du bio (1) sont quand à eux aussi lucides sur les dégâts écologiques et sociaux provoqués à long terme de l’agriculture chimique. Chacun développera, à sa manière, une vision plus équilibrée de l’agriculture et de sa finalité ultime : alimenter sainement l’homme. Citons l’Anglais Albert Howard (1873-1947). Cet agronome et botaniste militant pour une solidarité sociale avec les travailleurs de la terre, insista particulièrement sur le danger que courait la santé humaine en confiant l’agriculture nourricière aux seuls intérêts financiers des entreprises, beaucoup plus soucieuses de rentabilité économique que du maintien de la qualité des récoltes ou des élevages. Inutile de préciser que la Politique Agricole Commune (PAC) telle qu’elle est pratiquée en Europe en ce début de XXI° siècle ignore toujours ces avertissements…

Les décennies 1950 et 1960 voient surtout le développement structurel de la bio sur fond de dénonciation de l’agriculture intensive qui s’implante alors massivement. Agriculteurs et consommateurs font alors, de manière innovante front commun avec, notamment, le premier congrès de l’ANDSAC (Association nationale pour la défense de la santé du consommateur) tenu en 1964, très inquiet de savoir ce que l’on mange et comment l’aliment est cultivé ou préparé, inventant avec près de trente ans d’avance le concept moderne de traçabilité.

La critique sociale pure et dure commence cependant à prendre une voie différente avec l’ouverture en 1969, aux Pays-Bas et en Angleterre, des premiers magasins de commerce équitable, le bio se concentrant quant à lui majoritairement sur l’aspect environnemental, avec, comme point d’orgue la création du label AB d’agriculture biologique en 1985. L’engagement direct de l’alterconsommateur resta cependant vivace jusque dans les années 1980, stimulé par les mouvements « écolo » et « new age » des décennies 1970 et 1980 : beaucoup d’associations engagées montent à cette époque un peu partout en France des magasins bio collaboratifs indépendants ou l‘adhérent consom’acteur bénéficie d’avantages substantiels en échange de sa participation active à la vie de la coopérative.

De nos jours les magasins coopératifs nouvelle génération comme la Louve à Paris, reprennent le flambeau… Du côté des enseignes spécialisées Biocoop, seul grand réseau français à structure coopérative multi-professionnelle du paysage français, est né à la fin des années 70 de l’engagement innovant de consommateurs et de producteurs réunis en coopératives de consommateurs. Cependant sa structure coopérative, bien que vivace et influente reste classique dans le sens ou le consom’acteur “lambda” ne participe plus directement à la vie du magasin, comme à ses débuts.

● Biosociétal, retour aux sources et nouvelle ère : où en est-on aujourd’hui ? Après des années 1990 et 2000 consacrées principalement à faire face à l’arrivée imprévue de nouveaux consommateurs attirés par le bio, en réaction aux peurs alimentaires provoquées par la crise historique de la vache folle, le secteur bio renoue avec ses racines sociétales : en témoignent le nombre croissant de colloques ou articles sur le sujet et l’intérêt actuel pour de nouveaux concepts typiquement RSE tel que par exemple celui de « l’entreprise libérée » (Les salariés sont encouragés à prendre des initiatives).

Voici maintenant une série de remarques et constats qui montre les atouts et points d’amélioration du bio pour rentrer définitivement dans l’ère du bio sociétal :

Des années d’avance sur la création de produits bons pour l’homme et bons pour la planète : la mise au point et la distribution d’écoproduits et écoservices est considérée habituellement par les entreprises conventionnelles comme l’aboutissement d’une démarche RSE de longue haleine alors que le secteur bio porta directement ses efforts sur cette évidence : la mission fondamentale d’une entreprise est d’abord de fournir des produits sains…

> Des penseurs holistiques « bio » d’envergure inititieurs de nouveaux paradigmes : les penseurs de la première heure ont fait place à une nouvelle génération critique de qualité : citons l’agriculteur écrivain Pierre Rabhi, auteur de la « Vers la sobriété heureuse », ou encore, dans un autre registre, le livre américain Conscious Capitalism, (capitalisme conscient), co-écrit par John Mackey le PDG de Whole Foods Market, le plus grand épicier bio spécialisé de la planète (avant d’être racheté par Amazon en mi-2017). Une de ses convictions est de placer la responsabilité sociétale au coeur de l’entreprise et de chaque collaborateur, supprimant ainsi la nécessité de créer un service RSE dédié.

> Des avancées pionnières en économie durable avec le commerce équitable, et le commerce équitable Nord-Nord, mais une faible réactivité sur les nouveaux modèles économiques durables (économie collaborative, louer, vente de produits occasions), certains comportements de fond (gaspillage alimentaire), ou encore l’éco-conception (dont les packaging cf Biolineaires 65 p19), et les nouvelles tendances industrielles durables comme l’écologie circulaire.

> L’agriculture bio est très bénéfique pour le climat mais… La Conférence de Paris de fin 2015 sur le climat (COP21), à démontrée le rôle majeur que l’agriculture bio peut jouer contre le déréglement climatique… à condition d’augmenter en magasin la proportion de produits bio ET locaux afin d’éviter les pollutions dues aux transports lointains, et de supprimer par la même occasion l’excès d’emballages. En savoir plus sur la diffusion de produits locaux, plus complexe qu’il n’y parait.

> Des méthodologies RSE adaptées au bio encore peu connues mais en progression : le label bio officiel UE intègre pour l’instant bien peu les nombreux critères de la certification RSE (conditions de travail, gouvernance, etc.), même avec sa voyelle mouture validée fin 2017. Des labels alternatifs comme Biocohérence Biopartenaires ou Nature & Progrès vont bien plus loin dans la démarche mais restent encore assez confidentiels.

Ces faiblesses et l’air du temps motivent de plus en plus les grandes enseignes et les marques bio à se doter d’un directeur RSE pour une démarche globale (Biocoop, Ekibio, Lea Nature, etc.). La démarche Bioentreprisedurable® du Synabio, lancée en 2009, veut aller plus loin en permettant aux entreprises de l’aval du secteur biologique, constituées en majorité de TPE et de PME de découvrir, formaliser et déployer une stratégie RSE adaptée au secteur. Si cette initiative calquée sur la norme ISO 26000 trace la voie et ne peut être que saluée, 20 adhérents transformateurs bio seulement ont été évalués en fin 2017; dont l’enseigne La Vie Claire qui marque l’entrée des distributeurs dans la démarche.

Signalons, pour les distributeurs, que cette certification ne signifie pas que chaque magasin adhère à ces exigences. Le magasin Harmonie Nature à Lille est le 1er magasin Bio indépendant engagé dans une démarche officielle RSE auditionnée par Ecocert environnement.

Enfin, une concurrence accrue entre enseignes contraint de plus en plus celles-ci à accroitre leur exigence de référencement de produits bio pour mieux se distinguer. Les marques qui ont pris la peine d’avoir une démarche RSE si possible certifiée auront un atout supplémentaire dans leur manche.

Cette démarche gagnerait à être mieux connue dans le secteur, beaucoup d’entreprises bio faisant de la RSE sans le savoir.

Version enrichie d’un article paru initialement dans le revue professionnelle Biolinéaires n°65 Mai-juin 2016

Fin de la 3e partie d’introduction : relire la 1ère partie : le développement durable

Prochainement : l’entreprise libérée est-elle la réponse idéale à un meilleur épanouissement dans son travail ?

Annexe :

– (1) Pères fondateurs du bio : lire à ce sujet le passionnant et copieux livre de Yvan Besson: Les fondateurs de l’agriculture biologique, Sang de la Terre, 2011.

Toutes les missions de l'Éconovateur pour les entreprises et les organisations

Je découvre
Je découvre

En route vers le Bio-sociétal – 2e partie : la RSE


2e partie :
 le temps est venu pour les entreprises, toute taille confondue, d’inclure les valeurs du développement durable grâce à la notion de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) qui réunit en un cercle vertueux performance, progrès social et préservation des ressources naturelles. S’il y a loin de la coupe aux lèvres (seuls à peu près 5 % des produits vendus sont majoritairement respectueux de ses grands principes), le pli est cependant pris et la direction est donnée. Voici l’essentiel à savoir.

Article mis à jour le 14 janvier 2018

B – UNE DÉFINITION DE LA RSE

Lire ou relire la première partie : le développement durable

Fruit d’une longue histoire, la RSE est la prise en compte par les entreprises des enjeux sociaux, environnementaux et économiques dans leur stratégie, leur production et leurs reporting de gestion. Formulé de façon plus simple, la RSE incorpore dans son fonctionnement et dans sa production les valeurs du développement durable.

La RSE (Responsabilité sociétale des entreprises), est le développement durable appliqué à l’entreprise : celle-ci s’engage de façon volontaire à aller beaucoup plus loin que les obligations légales sur les champs sociaux et environnementaux – Crédit image : Fotolia

Cette démarche industrielle de développement durable se veut opérationnelle, mesurable et “visible” avec tout un ensemble de dispositifs de management, de conduite du changement, de méthodes de pilotage & évaluation et de labels ou normes.

Notons que la RSE n’est à l’heure actuelle pas une obligation légale : sa mise en place s’effectue sur une base volontaire pour tous les secteurs industriels et de services : l’agriculture, l’habitation, le BTP, les services (assureurs, tourisme…), et, bien sûr le secteur bio.

● Une notion clé, les parties prenantes (ou Stakeholders) : ce concept, qui est, nous l’avons vu, une des cinq valeurs clés du développement durable (principe de gouvernance), responsabilise l’entreprise vis-à-vis de ses parties prenantes (l’ensemble des individus ou des organisations concernés par son activité), y compris le consommateur). En clair, toute société doit non seulement rendre des comptes, mais chercher aussi à satisfaire les objectifs de tous ses interlocuteurs et pas seulement les siens propres.

Les parties prenantes, qui  sont un aspect phare de la RSE obligent l’entreprise à dialoguer avec la société civile, en vue notamment de limiter l’influence des actionnaires et des marchés financiers.

Qui sont les parties prenantes ? Elles peuvent être internes ou externes, publiques ou privées comme : les salariés, les actionnaires, les clients, les fournisseurs et sous-traitants, les syndicats, les ONG, les institutions, les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les associations de consommateurs, civils (associations)… et même la concurrence !

Cette notion de partie prenante, qui va au-delà d’un simple devoir d’information et de transparence,  est à l’origine même du concept de RSE, bien avant les préoccupations environnementales. La RSE est née officiellement en 1953 sous la plume de l’économiste Howard R. Bowen, dans un ouvrage fondateur, Social Responsability and Businessman. Ce livre – qui est, pour la petite histoire, une commande des églises protestantes et orthodoxes – craignant le pouvoir hégémonique latent des multinationales, suggérait en réponse de limiter l’influence des actionnaires et des marchés financiers en plaçant en contrepoint les acteurs de la société civile en vue d’établir un équilibre salvateur d’influences,

Ce concept de partie prenante est d’ailleurs plus que jamais d’actualité, car en phase avec une société post-moderne avide de transparence (Wikileaks) et d’échanges participatifs (réseaux sociaux, avis clients sur Internet…).

● La RSE, pour quelle entreprise ? Cette approche a longtemps concerné uniquement les grands groupes, mais son application s’accélère depuis les années 2000, suite aux critiques de tous bords et au renforcement juridique (loi sur les Nouvelles Régulations Economiques, loi Grenelle 2, loi Warsmann 4…).

Une conséquence positive à été la pression des grandes entreprises sur les PME sous-traitantes pour les amener à adopter eux aussi une démarche RSE, élargissant ainsi l’emprise du concept. La RSE est malgré tout encore souvent perçue aujourd’hui par les PME comme une charge supplémentaire sans rentabilité tangible. Près du tiers n’ont pas encore pris d’initiatives en la matière tandis qu’une minorité (50 000 à peu près) à mis en œuvre un cadre important de la RSE (par exemple une certification ISO 14001).

Malgré tout, le processus de démocratisation est en marche : les entreprises courent en effet de plus en plus le risque de perdre des marchés au profit des plus engagées, car les cahiers des charges des donneurs d’ordre, dont ceux du marché public, intègrent de plus en plus la RSE.

Les grandes entreprises rentrent aussi progressivement dans une logique rassurante de partenariat à long terme avec leurs fournisseurs, sur un mode collaboratif fondé sur le codéveloppement et la co-innovation, qui amoindrit les freins classiques d’adoption de la RSE (prise de risque, surcoût des normes, non-réciprocité de la démarche dans le commerce mondial…).

● Le financement responsable au secours de la RSE : les investisseurs français privilégient de plus en plus les entreprises motivées. Déjà près de 2/3 de l’encours d’investissement serait le fait de l’Investissement Socialement Responsable), au 1er rang en Europe. Des études récentes (Michael Barnett 2012), montrent en effet que la mise en place d’une démarche RSE par l’entreprise est rentable dans le temps. La RSE permettrait un gain de performance de l’ordre de 13%, en moyenne, par rapport aux entreprises non engagées (Étude 2016 France Stratégie,).

● Les bons samaritains de la RSE : un maillage de plus en plus conséquent de clubs et d’associations se donne pour mission de faciliter le passage à la RSE des PME, notamment par l’innovation, le partage d’expérience, l‘aide technique, le financement, et la co-création. Citons parmi les plus significatifs :

  • Entrepreneurs d’Avenir ;
  • APM (L’Association pour le progrès du management fort de 67000 adhérents francophones) ;
  • Ashoka (réseau mondial d’entrepreneurs sociaux présent dans 80 pays) ;
  • CG-SCOP (confédération générale des Scop) ;
  • le CJD (Plus de 80 000 entrepreneurs formés) ;
  • Club génération responsable (dédié au commerce organisé et aux franchises avec 37 000 points de vente concernés en France et un label Enseigne responsable) ;
  • Mouves (impliqué dans l’insertion et le retour à l’emploi.
  • Etc.

● Les 10 grandes tendances et évolutions 2016-2017 de la RSE :

  1. Une intégration étendue à toute l’entreprise : les 200 directions DD et RSE en France ne sont plus seulement rattachées à la présidence/direction générale, mais peuvent aussi se retrouver intégrées avec des directions opérationnelles, prouvant que la RSE devient un élément décisif de la bonne marche de l’entreprise.
  2. La communication, enjeu N°1 : traditionnellement centrée sur la charité, le mécénat ou les fondations la communication RSE évolue vers une communication grand public : méfiant depuis plusieurs années envers l’entreprise le consommateur est cependant prêt à accorder sa confiance aux entreprises qui engagent des actions concrètes sur l’environnement, les questions sociales, la transparence, la qualité des produits, leur composition et condition de fabrication, etc. (Baromètre 2017 de la Confiance dans les entreprises). 
    Notons la montée des réseaux sociaux pour une communication responsable qui incite au dialogue avec le consommateur. Sont aussi plébiscités les dirigeants qui s’exposent et s’engagent personnellement. En résumé, en 2017, partager et mieux informer sur ses engagements RSE est aussi un atout commercial non négligeable, en particulier pour les  PME et les ETI à la recherche d’axes efficaces de différenciation.
  3. Objectif impact social et local : les sondages démontrent que les Français attendent désormais des entreprises qu’elles participent aussi au développement économique à une échelle locale, grâce à une sensibilité nouvelle aux questions sociales (emploi, etc.), et au Made in France.
  4. Se différencier sur son marché en particulier la santé, en innovant dans ses process et ses offres produit & service, notamment sur la santé. L’année 2017 à été particulièrement riches en évènements liés à ces questions : débat de fond sur le glyphosate, scandale du diesel gate, crises du lait infantile contaminé, perturbateurs endocriniens présents dans les cosmétiques, du triclosan dans les textiles, pesticides dans l’alimentation, etc.
  5. Les années vertes du reporting RSE : si la réalisation de rapports annuels RSE est devenue obligatoire pour les entreprises d’une certaine taille, de plus en plus se rallient volontairement à cet exercice par conviction et pour faire valoir leur démarche.
  6. Le bien-être au travail : cet enjeu est aujourd’hui n°1 selon les salariés avec le stress au travail, le burnout, le télétravail abusif, et, depuis peu, le présentéisme (excès d’heures de travail), qui font depuis quelques années la une des médias et sont pris au sérieux par l’entreprise.
  7. Parité homme femme : l’affaire Weinstein et elle d’autres prédateurs sexuels connus relance la question fondamentale de la parité et de respect de l’égalité de genres en entreprise qui ne sont pas toujours les meilleures élèves sur ces questions. L’écart de salaire entre les hommes et les femmes est de près de 26% (environ 9% d’écart à poste égal). On observe aussi une féminisation grandissante des instances dirigeantes des entreprises, près de 70% d’entreprises étant couvertes par des accords pour l’égalité professionnelle.
  8. Supply chaine : la loi sur le devoir de vigilance, de début 2017 place sur le devant de la scène la question de la chaîne d’approvisionnement. Les entreprises de toute taille deviennent responsables des conditions de production sur l’ensemble de leur chaine de fournisseurs, devenues une priorité importante.
  9. Un pas de plus vers l’économie circulaire  :  en 2017, la France s’offre quasiment 2% d’emplois dédiés à l’économie circulaire sur le territoire. L’économie circulaire est clairement un modèle d’avenir pour les entreprises responsables de tous bords.
  10. “Social is the new cool”, l’engagement au coeur du nouveau business model :  des jeunes entrepreneurs et des startup veulent concilier bénéfices pour la planète et bénéfices produits, désireux de donner du sens à leur activité et conscients que les impacts sociétaux sont aussi un argument de vente.

● L’État français champion de la RSE : notre pays est l’un des plus performants en matière de responsabilité sociale des entreprises grâce à la mise en place progressive depuis le début des années 2000 d’un dispositif juridique conséquent pour inciter les entreprises à franchir le pas. Voici les plus significatifs :

  • 2001 – La loi NRE : avec la loi sur les Nouvelles Régulations Economiques les sociétés françaises cotées doivent obligatoirement ajouter  dans leur rapport annuel des données sur les conséquences environnementales et sociales de leurs activités. La loi Grenelle de 2010 complétée par la loi Warsmann 4  de 2012 va plus loin encore en s’élargissant aux entreprises de plus de 500 salariés, avec des sanctions et des contrôles.
  • 2006 – La Directive ROHS restreint l’utilisation de certaines substances dangereuses dans les équipements électriques et électroniques.
  • 2006 – La Directive REACH : ce règlement modernise la législation européenne en matière de substances chimiques en améliorant la protection de la santé humaine et de l’environnement. Le but est d’inciter les entreprises concernées à adopter une chimie plus verte.
  • 2008 – La Charte de l’environnement durable des entreprises publiques pousse les entreprises à inscrire cette priorité dans leur stratégie.

La France se distingue aussi par des dispositifs et actions variés qui ont comme originalité d’être à la fois soutenus par l’Etat et ses territoires  : citons les lois Grenelle 1 et 2, la plateforme RSE (2013), l’Ademe… Ces dispositifs s’adressent aux entreprises, mais également aux acteurs financiers, aux salariés et aux consommateurs, classant notre pays parmi les bons élèves internationaux.

● Les démarches volontaires, normes et labels : 

Dossier bio-sociétal 2/3 : les démarches volontaires, normes et labels de la RSE

Il n’existe pas à l’heure actuelle de certification ou de label RSE unique qui fait consensus, mais plutôt ce que les Anglo-saxons appellent la soft law, un riche ensemble composé de principes internationaux, de normes, de labels, et d’organismes d’accompagnement, le tout relevant de la démarche volontaire et conçue pour aller au-delà du respect de la loi dans les pays où les entreprises opèrent..

De nombreux outils internes complètent ces dispositifs (chartes éthiques, codes éthiques des affaires, motivation des salariés, etc.), en sensibilisant notamment les salariés à la mise en place d’une politique RSE.

Notons que la richesse et le nombre de ces normes et outils ne facilitent pas leur adoption, ce qui nécessite, au moins au départ, un accompagnement

Voici cependant les référentiels (outils, normes, et labels) les plus importants de la RSE :

● Les normes spécialisées :
> SA8000 la 1re norme de responsabilité sociale : elle concerne uniquement le volet social de la RSE. Les entreprises certifiées s’engagent sur leurs sites de production en propre et par rapport à leurs fournisseurs et sous-traitants dans les domaines suivants : les conditions de travail, l’interdiction du travail des enfants, les libertés syndicales, la discrimination, etc.

> ISO 14001 pour des usines non polluantes : cette norme certifiable  vise à mesurer l’impact environnemental de l’activité des unités de production. Elle prend en compte les émissions dans l’air, les rejets dans l’eau, la contamination des sols, la gestion des déchets, l’utilisation des matières premières et des ressources naturelles. Cependant, elle garantie seulement que l’entreprise à mis en place un ensemble de processus pour mieux gérer ses impacts environnementaux en production, sans prendre en compte l’impact positif global sur l’environnement de l’entreprise. L’usine peut aussi continuer de fabriquer n’importe quel type de produit, même les plus polluants. Pour le consommateur, la certification n’est donc nullement une garantie que l’entreprise fournit un produit ou un service « bon pour la planète » ou « bon pour la société ». Il existe cependant une corrélation positive entre la performance environnementale des entreprises et la certification ISO14001.

● Les normes globales :
> Le Global Compact (Pacte mondial) : lancé en 2000 sous l’égide de l’ONU, est une démarche volontaire qui propose aux entreprises d’adhérer à dix grands principes dans les domaines des droits de la personne, du travail, de l’environnement et de la lutte contre la corruption. Il regroupe plus de 10 000 entreprises dans le monde qui s’engagent à progresser chaque année dans chacun des 4 thèmes du Pacte mondial et doivent remettre un rapport annuel appelé COP (Communication sur le Progrès), détaillant les progrès réalisés.

> ISO 26000 le référentiel ultime ? – Publiée en 2010 la norme ISO 26000 est le nouveau texte mondial de référence en matière de RSE. Regroupant pour la première fois toutes les facettes des pratiques sociales et environnementales, elle incite à agir simultanément sur les 3 piliers de la RSE, pour une démarche de progrés globale et équilibrée. Ce n’est pas un label, mais une démarche, un référentiel, dont la mise en œuvre peut-être évaluée par des organismes indépendants comme le Label Lucie. L’ISO 26000 vise les entreprises, mais aussi les organisations de tous types, quelle que soit leur activité, leur taille ou leur localisation. Elle ne fixe pas de niveaux de performance à atteindre, mais des lignes directrices à adapter en fonction des spécificités de chaque organisation.

– Les  7 grands principes, ou questions centrales de l’ISO 26000 :

Dossier bio-sociétal 2/3 : les 7 questions centrales de l'ISO 26000

● Les labels :
Contrairement aux normes ISO, les labels visent eux aussi à mettre en place un processus de gestion, mais également une performance environnementale et sociale positive mesurable. L’autre avantage des labels est leur potentiel de communication qui permet à l’entreprise de communiquer sur ces engagements. Énumérons les plus représentatifs :

> LUCIE le label RSE de référence –  Créé en 2008 il est aligné sur la norme ISO 26000, pour une démarche RSE complète qui garantit à la fois l’évaluation et le progrès de la démarche RSE. C’est aussi une communauté d’entreprises engagées. La labellisation LUCIE permet à une organisation de valoriser ses engagements auprès de ses parties prenantes.

> B-CORPS le nouveau venu  Né en 2006 aux États-Unis, ce nouveau label, qui compte parmi les 1.200 entreprises certifiées des références écologiques comme Patagonia, Ben & Jerry’s et de plus en plus de marques bio ou naturelles, commence enfin à s’implanter solidement en Europe et en France avec Nature & Découvertes, Camif, BlaBlaCar, La Ruche qui Dit Oui, microDON, Sidièse (Agence de communication responsable). Son processus de labélisation, valable deux ans, fonctionne assez sur le modèle des labels du commerce équitabl), ou du label bio. Ses critères sont à la fois sociaux et environnementaux. Le label B-Corps à aussi pour vocation d’être plus « communicant » que les autres labellisations et moins complexe à mettre en place que les normes ISO.

> ENVOL le label environnement dédié aux PME – Développé par CCI France, il permet aux TPE et PME de mettre en œuvre une démarche environnementale (mais pas sociale) de façon simple, dans une logique de progrès et avec une reconnaissance nationale. Inspiré de la démarche ISO 14001 un plan d’action environnement est mis à jour chaque année avec un reporting régulier.

> LES ECOLABELS CONSOMMATEURS (label bio UE, Cosmebio, NF Environnement, Label Rouge, Biocohérence, etc.) – Bien qu’ils ne soient pas liés spécifiquement à une démarche RSE, les écolabels en sont souvent le point d’orgue. En effet, les entreprises conventionnelles qui se lancent dans ce cercle vertueux commencent très souvent d’abord par améliorer leur fonctionnement interne (optimisation énergétique, normes ISO 14OO1, etc.), avant de se lancer dans ce qui peut être considéré comme le Graal de la RSE : la production de biens et services « verts » (écoproduits) bons pour la planète et sains pour le consommateur, ce que garantissent les écolabels.

● Le bio et la RSE : le génie conceptuel du bio a été dès ses débuts durant les années 1920 d’avoir su lier développement économique de produits sains et vertus sociales et écologiques. A l’heure actuelle, les entreprises du secteur bio sont surtout performantes dans la partie environnementale. Pour en savoir plus :

Suite et fin (3e partie) : les atouts et points faibles du secteur bio en matière de développement durable et de RSE.

Version enrichie d’un article paru initialement dans le revue professionnelle Biolinéaires n°65 Mai-juin 2016

Toutes les missions de l'Éconovateur pour les entreprises et les organisations

Je découvre
Je découvre

En route vers le Bio-sociétal – 1re partie : nouveaux défis, le développement durable


1re partie :
 longtemps resté seul dans ses combats pour la défense de l’environnement et la promotion d’une économie pourvoyeuse de sens et de produits sains, le marché bio et l’agriculture biologique se voient rejoindre aujourd’hui, et même stimulés par des entreprises et organisations de tout bord adeptes de nouveaux concepts éthiques. Citons pour les principaux le développement durable et la RSE qui visent ni plus ni moins qu’à transformer l’économie actuelle et à contenir ces excès. Ce dossier en 3 parties détaille ces nouveaux paradigmes et décrit en conclusion les apports, les initiatives et les évolutions nécessaires du secteur bio pour que celui-ci reste le premier élève de la classe. Commençons par les défis écologiques et sociaux du nouveau siècle avec la définition d’un concept phare : le développement durable.

À – Introduction : le temps d’une remise en cause profonde de l’économie dite capitaliste et libérale

Avant de critiquer et de revisiter le système économique mondial actuel, il est bon de rappeler, pour être exhaustif et ne pas jeter le bébé avec le bain usé, que ses fondamentaux de base (respect de la propriété privée, libre concurrence, valorisation de l’entrepreneuriat), ont permis, pour la première fois de l’histoire humaine l’accès pour tous au confort matériel, en contribuant à diminuer les inégalités sociales flagrantes et à favoriser l’apparition d’une nouvelle classe moyenne. Cependant, trois constats de fond sérieux obligent à revoir en profondeur le fonctionnement économique actuel et en particulier celui des entreprises.

● Plus de 50 ans de catastrophes écologiques : Printemps silencieux (Silent Spring) le livre précurseur : publié aux États-Unis en 1962, l’ouvrage, écrit par une femme biologiste, fit sensation à l’époque en dévoilant pour la première fois au grand public les effets désastreux à long terme du DDT (pesticide) sur l’environnement et la santé humaine, le DDT passant directement dans l’organisme des oiseaux et jusqu’à celui des humains en infiltrant toute la chaîne alimentaire. Ses analyses pointaient du doigt l’industrie chimique, rejoignant l’opinion des leaders bio européens de l’époque, depuis longtemps au fait des effets négatifs des intrants de synthèse. 

Bien entendu les industriels contre attaquèrent, Monsanto en tête (déjà lui !), niant l’évidence et accusant la biologiste en retour en prédisant un désastre planétaire si l’industrie du pesticide cessait toute activité…Les arguments avancés par Carson convainquirent cependant progressivement l’Occident d’intirde l’usage de ce pesticide, avec comme effet pervers d’avoir par contrecoup accru son utilisation dans les pays en voie de développement au nom de la fameuse révolution verte des années 1960…

Le fait que ce livre soit paru aux USA contribua cependant puissamment à lancer le mouvement écologiste dans le monde occidental.

La responsabilité des entreprises dans la dégradation de l’environnement s’accentua au cours des décennies suivantes avec des pollutions majeures : Seveso* (1976), Amoco Cadiz (1978), Bhopal (1984), Tchernobyl (1985), Erika (1999), Fukushima (2011), etc.

Ces accidents historiques, corrélés à des crises alimentaires sanitaires récurrentes (vache folle…), et à la dénonciation de modes de fabrication souvent très polluants (le cadmium contenu dans une batterie de téléphone portable, peut polluer le tiers d’une piscine olympique), ont fortement contribué à obliger les entreprises à réagir pour mieux protéger l’environnement.

Menaces sur le progrès social : les acquis sociaux dont bénéficie notre époque (nombres d’heures travaillées, congés payés…), sont réels, mais furent obtenus majoritairement avec des luttes longues et difficiles entre le travailleur et son entreprise tout au long des XIX° et XX° siècles. À de très rares exceptions, l’économie dite moderne ne fut jamais très proactive en ce domaine… De nos jours le phénomène se répète :

Beaucoup d’économistes reconnus s’accordent à penser que, depuis les années 1970, ces acquis sociaux durement gagnés sont, sous prétexte de compétitivité, passablement écornés par la montée lente, mais inéluctable du chômage  et la dégradation sensible des conditions de travail qui fragilisent la classe moyenne, et malmènent la société dans son ensemble en générant des peurs sourdes qui entraînent une civilisation de la méfiance, et profitent aux partis occidentaux d’extrême droite.

C’est ainsi que les protestations écologiques se doublent depuis les années 2000 d’une nouvelle montée en force de la société civile (un terme qui remplace celui de “peuple”) par le biais de mouvements altermondialistes divers, très critiques sur la mondialisation.

Vers de nouveaux paradigmes économiques : face à ces constats inquiétants de nouveaux concepts clés émergent qui fournissent aux entreprises et aux collectivités de nouvelles voies conceptuelles pour remplir leurs missions tout en évitant les dérives environnementales et sociales constatées plus haut.

B – Le développement durable, le principe fondateur

●Une vision radicalement nouvelle du développement des sociétés humaines : ce terme, désormais connu de tous, mais peu compris au fond, défend la nécessité d’une interdépendance étroite entre 3 composantes majeures (appelées aussi piliers). Citons :

1 – Économie : des activités économiques pour maintenir le bien-être matériel.

2 – Environnement  : préserver et valoriser les ressources naturelles.

3 – Social : favoriser une société heureuse avec l’entraide, le lien social, l’insertion et la santé. Contenir la violence, le chômage, l’exclusion et le fanatisme. Lutter contre la pauvreté et la faim dans le monde.

En clair, les organismes, collectivités et les entreprises doivent œuvrer pour que leurs initiatives englobent simultanément ces 3 piliers, en ne négligeant aucune d’entre elles.

Une entreprise par exemple ne peut baisser le coût de sa production au détriment de la dégradation de l’environnement (fabrication économique, mais polluante) ou du contexte social (“dégraisser” pour maintenir ses  bénéfices en créant du chômage…).

Le graphique suivant donne la définition officielle du développement durable et détaille ses 3 piliers fondateurs :

les 3 piliers du développement durable forment la matrice conceptuelle des nouveaux systèmes économiques « durables » et de la RSE. Le bio, bien avant l’heure les a intégrés dès les années 1920, comme nous le verrons plus loin !

● Une définition compréhensible par tous : le développement durable, c’est le génie conceptuel d’avoir su lier 3 domaines sociétaux à priori sans liens directs et apparents entre eux, et de les avoir rendus simples et abordables Voici la définition officielle : “Un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.”

Les 5 valeurs clés qui sous-tendent le développement durable : 

  1. Le principe de limite : notre environnement ne peut satisfaire une croissance matérielle sans fin, malgré nos technologies.
  2. Le principe de responsabilité : le pollueur est le payeur.
  3. Le principe de solidarité : l’entreprise prend sous sa responsabilité les impacts environnementaux et sociaux de son activité.
  4. Le principe de gouvernance – «Tous décideurs» : l’entreprise ou l’organisation doivent prouver qu’elles sont transparentes avec la mise en place d’organes de gouvernance permettant à tout en chacun de dénoncer toute atteinte à l’éthique des affaires (En savoir plus, voir plus loin).
  5. Le principe de précaution – «Pour un progrès raisonnable» : cet axiome, délicat à mettre en oeuvre, postule que toute avancée scientifique doit être mesurée dans ses risques ou dérives potentiels à long terme (1).

Les recherches OGM (par exemple Monsanto), telles qu’elles sont pratiquées et appliquées actuellement sont un cas typique de non-respect simultané de ces 5 valeurs clés : sous prétexte de vouloir nourrir une planète en surpopulation leur objectif soutient un principe de croissance sans fin de la production agricole. Les impacts environnementaux et les pollutions actuelles sont largement sous-estimés. Les recherches scientifiques et leur effet négatif éventuel y sont très opaques rendant caduc le principe de précaution.

● Une véritable révolution conceptuelle… Très peu appliquée : le développement durable représente une véritable rupture de paradigme qui va radicalement à l’encontre des pratiques économiques actuelles vieilles de plus de 2 siècles.

La métaphore libérale de la «main invisible du marché» de l’économiste Adam Smith – soutien par exemple que les marchés conduisent automatiquement au bienfait social par le simple jeu de règles économiques (offres et demandes, etc.). Ce qui n’a nullement empêché le chômage d’augmenter lentement mas surement et l’insécurité de gagner des points.

L’économiste Milton Friedman affirmait quand à lui en 1950 que la performance sociale et la performance financière étaient antinomiques, et que la seule responsabilité sociable de l’entreprise était de dégager du profit  pour les actionnaires

Cependant, les principes du développement durable, bien que reconnus par tous sont dans les faits encore très peu appliqués par les entreprises conventionnelles.

Le bio est-il synonyme de développement durable ? Il est intéressant de constater que le développement durable est né officiellement en 1987, deux ans après le label AB de l’agriculture biologique apparu quant à lui en 1985. Cette certification officielle marquait le virage du bio vers une dimension majoritairement environnementale, notamment au travers de la protection des sols et du respect des équilibres naturels.

Le combat social fit pourtant partie de son ADN dès sa naissance dans les années 1920 et se poursuivit longtemps, faisant en quelque sorte du bio un précurseur authentique des 3 piliers du développement durable. Citons par exemple le premier congrès de l’ANDSAC pour la défense de la santé du consommateur) tenu en 1964.

La composante sociale fut cependant délaissée progressivement et prit une voie indépendante avec l’ouverture en 1969, aux Pays-Bas et en Angleterre, des premiers magasins de commerce équitable.

● Le développement durable est-il un concept parfait ? Le terme anglais étant “sustainable development”, les premières traductions françaises, littérales, parlaient de «développement soutenable” suggérant avec justesse un développement économique mesuré pouvant être supporté par des ressources naturelles de facto limitées. Hors, avec le temps,  l’expression française «développement durable» prévalut dans le langage courant, suggérant une croissance économique pouvant se développer avec plus de liberté et moins de contraintes.

Ces différences de terminologies, loin d’être futiles ont encouragées plusieurs penseurs alternatifs à proposer d’autres modes de développement comme L’après-développement de Ivan Ilitch, la décroissance de Serge Latouche, la simplicité volontaire de Serge Mongeau, ou encore la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, ce dernier étant plus connu dans les milieux bio. Ces auteurs ont tous comme point commun de reprocher au concept de développement durable de donner encore trop d’importance à la notion de croissance matérielle et donc de «bonheur par l’objet» au détriment d’une vie plus simple centrée sur des valeurs d’épanouissement telles que le mieux vivre ensemble.

Notons que ces promesses de «moins» plutôt que «plus», considérées comme radicales il y encore peu sont de plus en plus appréciées d’une frange importante des jeunes générations Y et Z, ce qui devrait fortement inspirer le milieu bio.

Beaucoup pointent aussi du doigt la pratique du Greenwashing par les entreprises (publicités écologiques non crédibles), qui est le fait de communiquer à outrance sur le développement durable au détriment d’actes concrets. En témoigne le Prix Pinochio qui épingle chaque année les entreprises les moins vertueuses.

Malgré ces critiques ou réserves, le développement durable est un concept révolutionnaire qui donne les clés fondamentales pour changer en profondeur l’économie actuelle.

● À qui se destine le développement durable ? C’est avant tout un paradigme macro-économique et macrosocial global qui inspire une nouvelle famille de concepts économiques responsables : citons l’économie positive, l’économie de communion, l’entrepreneuriat social, l’investissement socialement responsable, l’économie collaborative…

Énumérons aussi le commerce équitable, l’économie sociale et solidaire, et le capitalisme conscient (Conscious Capitalism), en vogue actuellement dans les milieux « bio ».

Cependant, les 3 piliers du développement durable peuvent aussi aider à la transformation effective de grands secteurs économiques ou collectifs grâce à ses déclinaisons opérationnelles. Citons par exemple l’Agenda 21, dédié aux collectivités territoriales et aux villes, ou encore la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises), destinée aux entreprises et que nous abordons en deuxième partie.

Un rapide survol des grands événements internationaux liés au développement durable montre que, si celui-ci est à ses débuts conceptuel et implique uniquement le monde scientifique, le souci d’applications pratiques apparaît cependant rapidement pour concerner les territoires et les villes en 1992, puis les entreprises et les consommateurs au tournant des années 2000 – Crédit graphique: AFNOR

 

Suite du dossier (2e partie) : la RSE, le développement durable des entreprises qui se veulent plus responsables

Version enrichie d’un article paru initialement dans le revue professionnelle Biolinéaires n°65 Mai-juin 2016

Annexe

(1) Principe de précaution : né en Allemagne durant les années 1970 sous le vocable de Vorsorgeprinzip (« principe de prévoyance » ou « principe de souci »). Il fut popularisé par le philosophe Hans Jonas dans Le Principe de responsabilité (1979). Avec la multiplication des risques technologiques, l’homme doit veiller à prohiber toute action dont les effets nuiraient à la vie humaine sur terre aujourd’hui et dans le futur.

Toutes les missions de l'Éconovateur pour les entreprises et les organisations

Je découvre
Je découvre