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Alimentation

A la recherche du petit-déjeuner idéal

18 mai 2016|0 Comments

Les enquêtes de consommation alimentaire menées dans les écoles ont mis en évidence, à la fois en Europe et en Amérique du Nord, qu’une grande proportion d’enfants ne prenait pas de petit déjeuner ou prenait un repas du matin insuffisant. Mais les enfants ne sont pas les seuls concernés : ils sont en fait les révélateurs de mauvaises habitudes alimentaires familiales. Que manger au petit déjeuner ? Le point sur la question.

Mai 2016 – Paru intialement sur mon ancien site en 2002, cet article écrit à deux mains (Bakri Assoumani et Sauveur Fernandez), et très plébiscité à été remis à jour.

1 – L’importance d’un petit déjeuner équilibré

Le petit déjeuner est sans conteste le repas le plus important de la journée pour l’adulte comme pour l’enfant.

Brisant un jeûne de près de 12 heures depuis le dernier repas, il recharge le corps en énergie, et protège des coups de pompe fatidiques du milieu de matinée. Le petit déjeuner idéal doit donc permettre le maintien de cette « pèche » jusqu’au déjeuner. Ceci suppose que sa composition soit bien répartie avec un apport de :

– près de 20 % à 30 % des besoins journaliers en énergie ;

– sucres complexes (sucres lents), pour une libération lente de l’énergie ;

– fibres alimentaires, pour un bon transit intestinal et un bon équilibre de la flore intestinale ;

– protéines ;

– vitamines (surtout C) avec un ou plusieurs fruits ou jus ;

– minéraux, calcium en particulier.

Une bonne nouvelle : les Français consacrent 4 fois plus de temps au repas du matin depuis 1965. Malheureusement le petit déjeuner traditionnel (tartines, croissants et café) – diététiquement désastreux comme nous allons le voir – tient encore largement la vedette ! La consommation de céréales tend même à baisser depuis la fin des années 1990, au profit notamment de la viennoiserie. (1)

C’est également à ce niveau que les différences culturelles et les modes d’éducation alimentaires se font le plus sentir sur le plan international… Soulignons qu’une des causes de la désaffection du petit-déjeuner réside ainsi dans des fausses croyances : par exemple, beaucoup de femmes ne mangent pas le matin par crainte de prendre du poids. Ce qui est une erreur, le petit-déjeuner favorisant une répartition équilibrée des repas sur l’ensemble de la journée. Il contribue de plus à diminuer les petites fringales de la matinée qui incitent au grignotage.

« Une des causes de la désaffection du petit-déjeuner réside dans des fausses croyances »

2 – À la recherche du petit-déjeuner idéal

Vers des normes alimentaires officielles plus innovantes :
Avec l’avènement du 3ème Millénaire, l’Europe vient de modifier ses normes nutritionnelles officielles (appelées désormais PRI : Population Reference Intake) en les rapprochant des normes américaines (RDA : Recommended Dietary Allowances), ce qui tend à régler une hérésie qui aurait laissé entendre que des deux côtés de l’Atlantique la physiologie des individus serait différente ! (2)

Dans ce contexte, en France le CNA (Conseil National de l’Alimentation) a publié en 2001 les Apports Nutritionnels Conseillés pour la population (ANC, pour l’ensemble des nutriments et les calories). Nous allons donc inaugurer ces références toutes neuves pour comparer 3 types de petit-déjeuners, avec le cas type d’un jeune homme de son temps (que les dames et demoiselles nous excusent). Ses caractéristiques :

Âge : 24 ans
Taille : 1,75 m
Poids : 70 kg
Niveau d’activité physique : modéré
– Son indice de masse corporelle (IMC) (3)

Le calcul détaillé de ses besoins nutritionnels figure dans le Tableau 1 suivant :

Profil des apports nutritionnels conseillés d'un jeune homme

Précisons que les besoins nutritionnels journaliers dépendent de l’âge, du sexe, de la taille, du poids, des stades physiologiques et du niveau d’activité physique de chaque personne.

3 types de petit-déjeuners sur la sellette :
Voici l’analyse des 3 types de petits-déjeuners, auquel notre jeune homme va être confronté :

Analyse nutritionnelle de 3 cas types de petits-déjeuners

Le cas 1 représente le petit-déjeuner français type le plus couramment consommé. C’est hélas un mauvais exemple de petit déjeuner avec un déséquilibre évident au niveau des apports d’énergie : 44 % des calories sont d’origine lipidique contre 6 % et 21 % pour les cas 2 et 3. Un tel repas est lourd à digérer et n’est pas en mesure de fournir la « pèche » attendue.

Les 2 autres exemples correspondent à des modèles corrects de petits déjeuners, en terme d’équilibre alimentaire. Ils répondent aux attentes soulignées plus haut en ce qui concerne la composition : céréales, fibres alimentaires, fruits, source de calcium… Notons, qu’ils sont placés surtout à titre d’exemples recommandés, et que d’autres formulations sont possibles. Mais leurs descriptions sortiraient du cadre de cet article… Le but des figures présentées est surtout de faire prendre conscience de l’importance vitale du petit-déjeuner sur notre santé… et notre moral !

Comparaisons avec les normes nutritionnelles officielles
(cliquez sur l’exemple désiré)

 

Ceci est mis en évidence par le tableau ci-dessus pour l’ensemble des nutriments par rapport au profil de notre jeune homme. On notera les richesse en fibres, en minéraux et en vitamines des deux derniers cas. La valeur 100 % est l’optimum pour les ANC, à savoir que les objectifs des besoins journaliers sont atteints. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour les valeurs élevées en vitamines du groupe C ou B car l’organisme n’en stocke pas les excès.

Les exceptions alimentaires les plus courantes à ce type de repas :
Il faut signaler que ces exemples ne peuvent peut-être pas convenir à tout le monde, pour les raisons suivantes :

intolérance au sucre du lait de vache (lactose) et aux sucres du lait de soja (galactosides), dont les conséquences sont : flatulence intestinale avec production de gaz, ballonnement et diarhée ;

allergies alimentaires dues essentiellement aux protéines : le lait de vache, les œufs, le blé et le soja font partie du groupe de tête des produits les plus allergisants. On considère que dans l’Union européenne, près de 1 adulte sur 100 et de 1 enfant sur 10 ont une forme d’allergie alimentaire.

Pour toute personne se trouvant dans un des cas ci-dessus, il convient de consulter son médecin pour les conseils à suivre.

3 – En conclusion

Les habitudes de consommation contemporaines ignorent malheureusement le bon sens diététique le plus élémentaire, entraînant son cortège de désagrément : coups de pompes, fatigues chroniques, irritation au travail, prise de poids due à des repas déréglés, etc.

Dans ce contexte beaucoup reste à faire en terme de communication responsable de la part de l’Etat. Des campagnes alimentaires régulières aux heures de grande audience seraient par exemple les bienvenues au petit écran français. Pour qu’enfin la malbouffe et ses fléaux (obésité…) ne deviennent plus qu’un mauvais souvenir…

Nous avons aussi trop souvent oublié que le petit-déjeuner (comme tous les repas) est aussi un moment privilégié d’échange affectif et émotionnel entre tous les membres de la famille, et particulièrement les jeunes enfants. Prendre (ou reprendre) l’habitude de bien manger au matin, fait ainsi partie de ces bons réflexes de vie où chacun est responsable de sa santé mentale, physique et émotionnelle, et peut aussi prétendre naturellement à une forme physique exemplaire.

De même, chaque fois qu’on a le choix, il est bon de donner la préférence aux produits « Bio » qui préservent notre environnement et notre organisme des résidus de nombreuses molécules chimiques utilisées par l’agriculture moderne. Notre santé mérite bien quelques petites remises en cause.

Bakri Assoumani est consultant en sciences et techniques alimentaires. Spécialiste des compléments alimentaires et de la production naturelle et sans effets secondaires d’aliments transformés.

Crédit image : Freepik

Annexes

(1) Le Français consacre en moyenne 19 minutes au petit-déjeuner (chiffres 2002)  contre 10 minutes en 1980 et 5 minutes en 1965 !

– 62 % des Français prennent un petit-déjeuner traditionnel (tartines, café…).

– 14 % prennent un menu élargi avec des céréales, des laitages, des fruits ou des jus de fruits ; ce sont surtout des jeunes (34 % des 2-7 ans, 21 % des 8-14 ans, contre seulement 6 % des plus de 18 ans) (Sources : « tendances : les nouveaux consommateurs », Gérard Mermet, éditions Larousse).

– La consommation de céréales en France est de très loin en deça de la consommation outre-Manche : 7 kg par habitant contre 1,65 kg en France (« LSA », n°1733, 23 août 2001). Notons pour finir que 6 % des Français ne prennent pas de petit-déjeuner (Chiffres 2001 tirés de « Francoscopie » de Gérard Mermet, édition Larousse).

(2) Au fil des années, les études épidémiologiques, scientifiques et cliniques apportent des nouvelles connaissances. Des commissions multidisciplinaires sont donc organisées périodiquement par les instances compétentes pour la révision des normes nutritionnelles. Ces nouvelles normes sont la conjonction des meilleures connaissances officielles à ce jour.

(3) Appelé aussi Bone Mass Index (BMI) est de 22, ce qui le classe dans la catégorie des normaux (IMC allant de 18,5 à 24,9 pour la classification OMS).

 En savoir plus
Les 2 sites officiels pour la nouvelle politique nutritionnelle en France :

1 – Ministère des affaires sociales et de la santé

2 – Le Site de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail)

Toutes les missions de l'Éconovateur pour les entreprises et les organisations

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  • Conseils pour manger équilibré et varié

Ce que signifie vraiment manger équilibré et varié

11 mai 2016|0 Comments

Il est acquis désormais que manger équilibré et varié est vital pour l’obtention d’une bonne santé générale. Le problème est que ces deux termes sont souvent très mal compris. Conclusion, nous mangeons toujours aussi mal, mais avec bonne conscience. Le point sur le sujet avec des conseils pratiques sur comment manger sainement.

Mai 2016 – Paru intimement sur mon ancien site en 2002, cet article écrit à deux mains (Bakri Assoumani et Sauveur Fernandez), conserve toute son actualité en 2016 !

1 – L’aliment unique idéal n’existe pas

Est-il possible de disposer d’une source alimentaire unique, capable d’apporter tous les nutriments nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme ? Malheureusement (ou plutôt heureusement pour le plaisir de manger), la nature n’a pas enfanté une telle merveille.

Il est donc nécessaire lors d’un repas, de combiner judicieusement plusieurs catégories d’aliments afin d’obtenir énergie, bonne santé générale et plaisir de manger. Cet équilibre alimentaire, ainsi que la variété des aliments mis en jeux, sont la clé d’une nutrition bien comprise. Encore faut-il en comprendre les règles fondamentales.

2 – Les grandes catégories de nutriment dont notre corps a besoin

Un menu de base sain doit apporter quotidiennement à l’organisme les nutriments suivants :

Sources énergétiques. Notre corps a besoin, comme une machine, d’énergie pour fonctionner. Seuls les glucides et les lipides sont classés comme nutriments énergétiques.

Les protéines, qu’elles soient animales ou végétales servent à la constitution de nos muscles, de nos tissus et de notre système immunitaire. Elles contiennent 20 acides aminés dont 8 sont essentiels* pour l’homme.

Les lipides sont constitués d’acides gras dont certains sont essentiels (linoléique ou Omega-6, linolénique ou Omega-3…). Ils proviennent des huiles végétales (olive, colza, arachide, tournesol, maïs…) et des poissons gras (sardines, harengs, thons…). Ils constituent surtout une réserve énergétique pour notre corps (ce dont beaucoup d’hommes et de femmes se plaignent !) et jouent un rôle important pour la peau, les membranes, le cerveau, la production d’hormones. Les acides gras essentiels favorisent aussi le bon cholestérol, au détriment du mauvais**.

– Sources de fibres alimentaires. Contenues dans les légumes, les céréales, les légumineuses et les fruits, les fibres servent à réguler le transit intestinal et à nourrir la flore bactérienne utile, gardienne de notre système immunitaire dans le gros intestin (1).

– Les vitamines, minéraux et oligo-éléments. Indispensables au bon fonctionnement général de l’organisme, ils participent à de nombreuses fonctions : croissance, entretien, équilibres divers, régulation de différents mécanismes. Ils jouent un rôle clé pour les différents circuits du métabolisme***. Le calcium et le phosphore, par exemple, sont les garants d’une constitution robuste de la charpente osseuse. Sources de vitamines : principalement légumes et fruits, mais aussi poissons (foie).

Un point important : il existe des interrelations nutritionnelles étroites et complexes entre les différents nutriments au niveau de leurs effets physiologiques. C’est pourquoi tous les nutriments cités ci-dessus doivent être présents dans une alimentation saine, avec des proportions à respecter dans leurs apports communs.

3 – Manger équilibré : d’abord un concept global

La notion d’équilibre nutritionnelle, au-delà d’une simplicité apparente de compréhension, revêt plusieurs significations fondamentales méconnues du grand public : c’est d’abord la balance entre les besoins nutritionnels et la consommation moyenne journalière de nutriments (2).

Le mot équilibre implique aussi une référence avec les normes nutritionnelles officielles d’un pays. Ces normes évoluent dans le temps en fonction des connaissances scientifiques et des décisions politiques en relation avec les programmes de santé (3). Ainsi, dès 1997, les USA et le Canada ont harmonisé leurs normes nutritionnelles. Les nouvelles s’appellent DRI ou Dietary Reference Intakes = Apports nutritionnels de référence ou ANREF.

Mais l’équilibre d’un repas, c’est aussi et surtout respecter l’association de trois grandes familles d’aliments :

1 – Une céréale (complète ou semi-complète), ou des pommes de terres, qui fournissent l’essentiel de l’énergie et beaucoup de nutriments vus plus haut.

2 – Un aliment riche en protéines, qui complétera celles fournies par les céréales : nous pouvons choisir entre une légumineuse (lentilles, haricots, pois chiche, soja, etc.), un produit animal (viande, poisson, œuf, fromage…), ou comme font beaucoup de plats traditionnels, une combinaison des deux.

3 – Un ou plusieurs légumes qui apporteront outre des fibres, des vitamines A, C… et des substances protectrices.

Les dernières avancées en sciences alimentaires confirment la place prépondérante que jouent les végétaux et les céréales complètes ou semi-complètes dans une alimentation saine. Rappelons aussi que, au cours des âges, presque tous les peuples de la terre à partir du néolithique ont fait des céréales et des protéines végétales la base de leur alimentation dans un rapport remarquablement constant, par repas, de 300 à 400 grammes de céréales pour 50 grammes de protéines.

« Les protéines végétales devraient retrouver une place de choix dans notre alimentation… »

Un autre point important : les protéines végétales devraient retrouver une place de choix dans notre alimentation. L’adoption d’une alimentation dite flexitarienne permet déjà de diminuer sensiblement sa consommation de viande en faveur des protéines végétales sans aller jusqu’au régime végétarien ou végétalien. Ce n’est pas seulement pour mieux respecter la nature omnivore de l’homme, mais c’est aussi pour contribuer à maintenir l’équilibre environnemental et économique de la planète :

Il faut savoir en effet qu’en moyenne, la production de 1 kg de volaille, de porc et de bœuf, nécessite respectivement 2 kg, 4 kg et 7 kg de céréales. Actuellement, plus du tiers de la production mondiale de céréales est réservé à l’alimentation animale. Ce chiffre augmente régulièrement du fait de l’habitude qui est prise de plus en plus dans le monde de consommer de la viande à tous les repas.

En fait il est possible de nourrir entre 2 et 5 fois plus de gens en passant par les protéines végétales – c’est à dire les céréales, les légumineuses – que par la viande (4). La nécessité de maintenir un coût compétitif pour les produits carnés incite aussi à une industrialisation excessive de l’agriculture et de l’élevage dont les effets néfastes ne sont plus à prouver (notamment pour les nappes phréatiques). Les inégalités Nord-Sud et les déforestations (paturages pour le bétail, plantations de soja au Brésil pour nourrir les animaux de rente européens) sont aussi aggravées.

Enfin, la notion d’équilibre alimentaire n’est pas seulement physiologique, environnementale et économique : elle est aussi sociale et psychologique. Nous ne soulignerons jamais assez l’importance d’un bon équilibre relationnel lors du repas : il s’agit de considérer celui-ci comme un moment important, où le cerveau doit se détendre, de préférence à heure fixe, tout en prenant plaisir à discuter avec ses proches ou relations.

C’est l’un des rituels les plus anciens, les plus puissants, et les plus universels qui soient, et qui est malheureusement quelque peu malmené par notre civilisation « moderne », et ses mythes douteux (nomadisme…). Il va aussi de soi que la radio, la télé, la lecture, les jeux devraient être bannis de ce moment privilégié, et qu’un minimum de temps doit y être consacré ! Nous devenons sinon moins attentifs à ce que nous ingérons, et moins réceptifs au sentiment de satiété.

4 – Que signifie vraiment « manger varié » ?

Comme pour l’équilibre alimentaire, manger varier s’apprend. Là aussi les pièges sont nombreux. Il convient, pour une meilleure compréhension, de distinguer trois approches :

– l’approche quantitative : c’est ici que les erreurs nutritionnelles et confusions nutritionnelles sont les plus nombreuses. En effet beaucoup de gens, sous prétexte de manger « varié », mangent par exemple trop de viande (en pensant qu’il suffit de diversifier leur provenance : viande blanche, rouge, etc.), de matières grasses, de sucres, etc., en « oubliant » très souvent légumes et produits complets. Rappelons cette règle d’or : chaque repas devrait comprendre des céréales ou tubercules (en denrée principale), des protéines (végétales ou animales) et des légumes.

– L’approche culinaire : varier son alimentation c’est aussi jouer avec les modes de cuisson et de préparation. Cependant, la nature des nutriments et le mode de préparation des plats (cru, séché, fumé, fermenté et cuit soit bouilli, à la vapeur, au four, frits ou au micro-ondes) ont une incidence directe sur l’utilisation biologique des nutriments, une fois la digestion et l’absorption accomplies (concept de biodisponibilité). Il convient alors de s’enquérir du mode préparatoire idéal pour éviter des surprises désagréables.

En effet, n’oublions pas que la science ne sait pas tout de la composition des aliments, des effets de certains composants natifs ou générés par des cuissons prolongées (fritures, grillades, rôties…) ou par la conservation. De plus, le mode de préparation est d’autant plus important que la denrée alimentaire est importée. (5)

– l’approche locale et « tradition » : le succès de la nourriture « ethnique » est un facteur positif de rapprochement pacifique des peuples et nations : prendre plaisir à manger la nourriture de l’autre est un bon pas vers sa reconnaissance. Mais l’enfer étant parfois pavé de bonnes intentions, il convient de se méfier d’un abus de nourriture trop différente : les risques d’allergies y sont nombreux (cacahuète…), et nos intestins – un véritable petit écosystème biochimique en miniature – sont soumis à rude épreuve lorsque la nature fondamentale des ingrédients alimentaires ingurgités change trop souvent. (6)

Il faut aussi savoir prendre ses distances avec le soi-disant luxe de pouvoir manger du melon en hiver et des tomates en toute saison. Bref, n’importe quoi n’importe quand. Manger des aliments « lointains » ou simplement non régionaux implique une lourde facture énergétique et environnementale : par exemple, manger un kg d’asperges en juillet ne consomme que 0,5 litre de pétrole contre 5 litres si nous les consommons en décembre. Notre responsabilité envers les pays émergents est aussi engagée : certains légumes consommés en hiver (haricots…) proviennent d’Afrique ; or ces cultures maraîchères appauvrissent des terres à l’écosystème précaire. (7)

Cela signifie-t-il qu’il faille se condamner à manger la même chose ? Bien au contraire. Le respect des saisons dans son alimentation quotidienne est l’occasion de découvrir ou redécouvrir par exemple en hiver les denrées locales : noix, châtaignes, marrons, navets, céleris, choux, betteraves, poireaux…

Pour toutes les raisons édictées plus haut nous proposons une définition simple du « manger varié » : il s’agit d’abord de consommer principalement des aliments de saisons issus du terroir local et de VARIER les recettes plutôt que les ingrédients. Qui connaît le gratin de choux aux marrons, un plat pourtant facile à préparer ?… (8)

5 – Le point de vue de la presse populaire et du marketing

L‘agence Entropy a mené en France une enquête entre janvier 1997 et juin 2000 sur le thème de l’alimentation et de la santé. Conclusion : le discours des médias en terme d’équilibre alimentaire n’est guère plus élevé que celui du grand public (9). Les journalistes, par exemple, conseillent souvent de manger du pain en le présentant comme un « distributeur » bénéfique de sucres lents. Seul petit problème : ils précisent rarement que ce pain devrait être complet, et de préférence biologique. (10) Ils incitent à manger le plus de légumes possible, en n’insistant pas assez sur les produits de terroir et de saison. Ils conseillent aussi à juste titre de manger moins de viande, mais en « oubliant » l’alternative des légumineuses.

Quand à l’industrie agroalimentaire, la quête d’une alimentation variée et équilibrée passe surtout par la promotion de produits dits de santé, minceur, allégés à forte valeur ajoutée économique (11) : il convient par exemple de ne pas tomber dans le piège des produits dits « allégés » en lipides ! L’organisme a besoin des lipides, mais des bons lipides comme indiqué plus haut, de préférence avec les salades ou en cuisson légère et moins en fritures.

De plus les aliments dits « allégés » sont des produits raffinés souvent concentrés en calories d’origine glucidiques et pauvres en fibres alimentaires. En accordant plus de place à des plats préparés maison avec des produits frais (légumes, légumineuses, fruits, poissons, viandes maigres…) on peut à la fois minimiser l’apport d’un excès de calories et maximiser l’apport des bons nutriments.

6 – En conclusion :

Il fut un temps pas si lointain où les occidentaux n’avaient pas à se préoccuper d’équilibre alimentaire : les traditions alimentaires et les rites sociaux (souvent perçus actuellement comme « ringards » et dépassés) s’en chargeaient pour eux : tout au long des générations, des recettes locales merveilleusement adaptées aux spécificités géographiques se chargeaient de fournir, dans une ambiance soudée, le juste équilibre entre céréales ou tubercules, légumes et protéines végétales ou animales.

Nous vivons aujourd’hui sous le règne de la fausse variété. Si les étals des supermarchés croulent en permanence de fruits et légumes de toutes saisons, il ne faut pas oublier que les recherches de performances productives ont beaucoup réduit la diversité des espèces domestiques et cultivées : 30 races bovines en 1950, 3 pour 98 % du cheptel aujourd’hui ; 90 % des mais européens proviennent d’une seule souche ; une seule variété de pomme (golden) fait les 3/4 de l’offre marchande, etc.

De plus au sein de cette « abondance » ce sont, hormis les plats ethniques, très peu de variétés qui nous sont proposées : qui aujourd’hui se souvent du Cardou (ancêtre de l’artichaut), de la Vitelotte (pomme de terre), du Romanesco (ressemble au chou-fleur), de la Poirée (ressemble à la Bette) ? La salade de tomate en hiver est devenue la règle pour beaucoup d’Européens…

Une consommation suffisante, régulière et équilibrée de produits non transformés ou peu, à base de céréales, légumes, légumineuses, fruits et produits laitiers ou lacto-fermentés est à même d’apporter tous les nutriments nécessaires au bon fonctionnement de notre organisme et ainsi de prévenir beaucoup de maladies.

L’accent devrait donc être mis au niveau des institutions sur une véritable éducation nutritionnelle avec des moyens conséquents, afin de mieux informer le consommateur, et cela depuis l’enfance. Une telle politique ne peut que contribuer positivement à donner à notre qualité de vie un équilibre véritable.

Bakri Assoumani est consultant en sciences et techniques alimentaires. Spécialiste des compléments alimentaires et de la production naturelle et sans effets secondaires d’aliments transformés.

Références 

– Livre : « Clefs pour la diététique ». Jean ADRIAN. Collection “Clefs” SEGHERS. 1984.

– Article : « Comparison of international food guide pictorial representations ». J.Painter, Jee-Hyun Rah and Teon-Kyoung Lee. Journal of the American Dietetic Association. 2002; 102(4) : 483-489

– EUFIC – Nos publications & Food Today – « Les origines du mais » :

– En savoir plus sur le bateau alimentaire

Compléments 

(*) Acides aminés essentiels : isoleucine, leucine, lysine, méthionine, thréonine, tryptophane, valine. L’organisme est incapable de les fabriquer, ce qui implique que seule l’alimentation peut les fournir. Cependant il existe une différence entre les sources animales et végétales dans leur teneur en lysine, méthionine, isoleucine, thréonine voire d’autres acides aminés essentiels : les protéines animales sont mieux équilibrées en a.a. comparativement aux végétales. À l’inverse, les protéines végétales sont dépourvues de cholestérol et de matières grasses saturées. Elles sont aussi très économiques.

(**) On distingue les lipoprotéines de haute densité (HDL=bon cholestérol) et les lipoprotéines de faible densité (LDL=mauvais cholestérol).

(***) Ces circuits métaboliques s’apparentent à des « mini usines biologiques » très sophistiquées, capables de mener à 37°C les réactions, alors que les usines chimiques crées par l’homme se font à des températures supérieures à 100°C. Elles sont aussi très spécialisées :

– gestion de l’énergie
– gestion des hormones
– gestion des déchets sanguins via les voies urinaire, cutanée et pulmonaire.

Les « outils biologiques » incontournables pour la digestion et pour les différentes étapes du métabolisme, sont les enzymes dont la majorité ne fonctionne efficacement qu’en présence de certains minéraux et oligo-éléments, voire de certaines vitamines.

 En savoir plus

(1) Sur les fibres alimentaires et les végétaux : « Végétaux et bactéries : l’alliance rompue ».

(2) Pour juger si l’alimentation d’un individu donné est équilibrée, on procède à :

2/a – Une évaluation de consommation sur 7 jours :
ceci se passe par un relevé journalier de toutes les consommations (solides et liquides). Ainsi on détermine la consommation moyenne journalière en nutriments et on peut y apporter les correctifs appropriés selon les besoins nutritionnels.
Cependant, on imagine mal procéder ainsi sur une grande échelle ! Le bon sens fait qu’à partir d’un certain nombre de cas d’études, on peut – par recoupement avec les habitudes alimentaires locales et traditions alimentaires de chaque pays – dégager les grandes lignes des recommandations ou indications alimentaires.

2/b – L’établissement du profil nutritionnel :
pour un exemple précis de profil nutritionnel, voir : « À la recherche du petit-déjeuner idéal ».

(3) L’OMS et la FAO, ainsi que les instances de santé publique de tous les pays industrialisés ont édité des Recommandations visant à aider le consommateur à mieux comprendre la manière de varier l’alimentation. Pour chaque pays, il existe plusieurs variables : disponibilités et habitudes alimentaires locales, héritage culturel, statut nutritionnel de la population, standards nutritionnels locaux, etc.

On peut distinguer plusieurs types de guides officiels dont certains comme celui des USA ont été choisis suite à un sondage national comparant plusieurs modèles alimentaire :

– cercle : Allemagne, Portugal et Suède.
– plat : Royaume Uni et Mexique
– pyramide : USA et Philippines
– pagode : Chine et Corée du Sud
– arc en ciel : Canada
– bateau : France

Ces différents modèles donnent les grandes lignes de consommation pour les proportions et la fréquence de prise des différents groupes alimentaires (5 à 7 selon les pays) : céréales, légumes et légumineuses, fruits, viandes et poissons, laits et produits laitiers, matières grasses et sucre, boissons.

Globalement, il existerait un consensus international au niveau recommandation :

– consommer des grandes quantités de céréales, légumes, légumineuses et fruits ;
– consommer modérément des protéines animales, lait et produits laitiers.

Dans ce cadre, l’Allemagne donne des recommandations quantitatives journalières. Ainsi les protéines animales devraient être de 150 à 300g de poisson/semaine ou 300 à 600g de viande/semaine ou 3 œufs par semaine. Autant dire que sur le terrain on constate très vite que les réalités sont bien au-delà de ces recommandations. Ces quantités seraient plutôt proches des consommations journalières !

(4) Ce rapport est volontairement une moyenne, car le calcul dépend du mode de consommation des animaux, du type d’animal, du pays concerné, etc.

(5) L’exemple type de l’importance du mode culinaire de préparation est le maïs, avec le problème de la pellagre ou maladie des « trois D » : dermatite, diarrhée et démence. Cette maladie est due à une double carence en vitamine B3 ou niacine et en tryptophane, un des 8 acides aminés essentiels pour l’homme.

Cette maladie a prévalu fortement dans le Sud de l’Europe et des USA avec des centaines de milliers de morts entre les 2 grandes guerres. Elle touchait essentiellement les couches pauvres de la population qui consommaient le maïs comme plat de base et, très rarement des protéines animales (viandes, poissons…).

Paradoxalement, au Mexique, pays de prédilection de la consommation du maïs, cette maladie était presque inconnue ! L’explication se trouvait dans l’héritage de ce pays des traditions alimentaires Aztèques et Mayas, notamment dans la préparation du mais :

Celle-ci démarre par un trempage nocturne dans de l’eau chaulée, suivie de séchage et broyage. Cette opération permet de libérer et rendre biodisponible la niacine (vitamine PP) et le tryptophane qui se trouvaient sous une forme non utilisable par l’organisme. En l’absence de niacine, le tryptophane peut être converti en cette vitamine (équivalent niacine ou précurseur de la niacine). Il faut savoir que la vitamine PP provient dans la plupart des aliments du tryptophane; d’où l’importance de disposer des besoins protéiques adéquats dans les pays pauvres. Ses sources sont : foie, levure, arachide, assises protéiques de céréales, boisson de café.

(6) Au sujet de l’écosystème microbien et de la flore intestinale, lire : « microbes : amis ou ennemis ? » et « Végétaux et bactéries : l’alliance rompue ».

(7) « Alimentation biologique et équilibre nutritionnel », page 655 – Docteur Le Goff, édition Roger Jollois, 1997.

(8) Pour des recettes de plats uniques équilibrés, délicieux, économiques et adaptés aux saisons, lire : « Le plat unique, les recettes des 4 saisons », édition Terre Vivante, 1998.

(9) Source stratégie n°1158 du 8 septembre 2000.

(10) Pour en savoir plus sur les vrais-faux pains de qualité, lire « Baguette « tradition » clonée ou pain unique issu de l’artisan ? ».

(11) Pour en savoir plus sur les produits dit diététiques, de régime, sains, de santé, etc. lire « Histoire d’un mythe des temps modernes : les calories ».

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  • Critique des eaux minérales : faut-il en boire ?

Eaux minérales, quand le mieux est l’ennemi du bien !

10 mai 2016|8 Comments

Les eaux minérales sont à consommer avec discernement. En faveur depuis la Haute Antiquité pour ses vertus diverses, l’eau minérale est aujourd’hui un produit de consommation de masse. Jouissons de ces vertus, mais sachons choisir les eaux que nous pouvons boire sans restriction.

Mai 2016 – Version condensée d’un article paru initialement dans le magazine Effervesciences, n° 20, octobre novembre décembre 2001 et écrit par Maurice Engalenc. Les informations contenues sont toujours d’actualité en 2016 !

Qu’est-ce qu’une eau minérale ? Toutes les eaux sont minérales, seule l’eau distillée est pure. Une eau est dite « minérale naturelle », si elle est d’origine souterraine naturellement pure (sans polluant) sans avoir subit de traitement, si sa composition physico-chimique est constante ainsi que l’ensemble des critères de qualité tels la température, l’aspect visuel, le goût, le débit, si ses qualités thérapeutiques ont été reconnues par l’Académie Nationale de Médecine et si l’administration au public a été autorisée par le Ministère chargé de la Santé.

Ce n’est pas la teneur totale en sels minéraux, ni la température qui confère à une eau le titre « d’Eau Minérale ». Par exemple l’eau de Volvic n’a que 102 mg/l de sels minéraux alors que l’eau du robinet peut en contenir jusqu’à 1 500 mg/l.

1 – Quelles différences y a t-il entre une eau minérale, l’eau du robinet et une eau de source ?

La quasi-totalité des eaux minérales a une origine météorique (2) : l’eau de pluie s’infiltre dans le sol, emprunte des fissures et s’enfonce profondément sous terre. Elle chemine très lentement et revient vers la surface pour émerger.

Avant d’émerger, l’eau d’Évian est restée sous terre 14 ans, 50 ans pour l’eau de Contrexéville et 1 400 à 5 000 ans pour les eaux des Pyrénées (Cauterets Luchon). Au cours de ce long périple souterrain, l’eau dissout les terrains traversés et se charge en minéraux. Il a fallu jusqu’à 5 000 ans, pour que la nature élabore une eau minérale.

« Il a fallu jusqu’à 5 000 ans pour que la nature élabore une eau minérale… »

3 – Les composants des eaux minérales

Toutes les eaux contiennent trois éléments de base : les bicarbonates, les sulfates et les chlorures. Mais il existe un grand nombre d’éléments mineurs qui font la particularité de chaque eau : Brome, Iode, Fluor, Lithium, Strontium, Baryum, Silicium… et des éléments sous forme de traces (oligo-éléments) : Fer, Manganèse, Cuivre, Vanadium, Arsenic, Molybdène, Sélénium et des éléments radioactifs.

Tous ces éléments secondaires jouent un rôle capital dans le cycle des réactions biochimiques de l’organisme humain.

4 – Sur la pureté des eaux minérales

De par leur origine profonde et la température élevée à ces profondeurs, les eaux minérales sont à l’abri de la pollution. Les risques existent en surface, dans les zones d’émergences qui sont souvent localisées en fond de vallée. Par la suite, l’eau captée peut être un mélange difficile à protéger.

Les grandes sources protègent leur environnement en définissant un vaste périmètre de protection en concertation avec les institutions locales et régionales.

4 – La qualité d’une eau minérale se retrouve-t-elle chez le consommateur ?

Comme pour toute denrée alimentaire, il faut respecter des règles, en évitant de secouer le produit, de cogner les emballages qui se fissurent et deviennent perméables, en conservant les bouteilles à l’abri de la lumière, de la chaleur, du soleil, en ne mettant pas les flacons dans le coffre ni sur la plage arrière de la voiture.

Les eaux doivent être stockées dans un endroit propre, sec et frais, loin de toute odeur. Éviter la congélation qui fragilise le PVC et déforme les bouchons favorisant des fuites et des entrées microbiennes.

La bouteille une fois ouverte, conserver l’eau dans le réfrigérateur et la boire dans les 48 heures. Ne pas boire au goulot et refermer la bouteille. Il faut éviter de faire bouillir une eau minérale, qui se dénature, perd ses qualités avec concentration des éléments indésirables.

5 – Les eaux minérales : à boire avec discernement

Les eaux de source embouteillées peuvent-être bues sans restriction d’une façon permanente.

Si l’on applique les directives du décret officiel aux eaux minérales, à quelques exceptions près, ces eaux ne sont pas destinées à une consommation permanente.

L’abus de ces eaux peut être presque dangereux pour la santé. Citons quelques eaux connues, qui répondent aux normes du décret et qui peuvent êtres bues d’une façon permanente. Aix, Alet, Évian, Luchon, Perrier, Salvetat, Thonon, Valvert, Volvic (Perrier et Salvetat ont toutefois un pH trop faible).

Ces eaux font essentiellement partie du grand groupe des eaux minérales bicarbonatées calciques faiblement minéralisées et dont le rôle est «d’éliminer les toxines de l’organisme ». Ce sont des eaux très proches des eaux de source et du robinet.

6 – Que risque-t-on si on boit régulièrement, d’une façon permanente certaines eaux minérales ?

Peu d’eaux minérales sont de potabilité permanente. Leur consommation devrait être faite en connaissance de cause, après lecture des étiquettes ou renseignement près d’un pharmacien ou d’un médecin. Donnons quelques exemples d’effets indésirables :

– Le fluor en excès fait apparaître des taches brunes sur l’émail des dents et favorise les maladies osseuses.
– Le silicium provoque la silicose.
– Le sodium favorise les oedèmes, l’hydropisie et l’hypertension artérielle.
– Le potassium en excès a des effets néfastes sur le système neuromusculaire, les contractions cardiaques.
– L’absorption du calcium est inhibée par les ions sulfate.

D’une façon générale, les eaux minérales sont… trop minéralisées ! Il serait désastreux de faire boire Vichy Célestin (3.378 mg/l) ou St Yorre (4.647 mg/l) à un bébé !
Comme tout produit ayant des propriétés thérapeutiques, les eaux minérales peuvent avoir une contre-indication.

7 – Est-il conseillé de varier les marques des eaux minérales ?

C’est un moindre mal, à condition de changer de type d’eau. Un amateur d’eau gazeuse risque de ne boire que des eaux bicarbonatées sodiques fortement minéralisées et riches en sodium. Mêmes inconvénients pour les buveurs recherchant les eaux « goûteuses » car salées. (Arvie, Badois, Quezac, St Yorre, Vichy Célestins, Vals…).

De toute façon, les eaux minérales qui ne respectent pas les normes de potabilité permanente, ne devrait pas être consommées régulièrement, même en alternance de marques.

8 – Le BOOM des eaux minérales

Comment peut-on expliquer le formidable engouement pour les eaux minérales ? Par l’incroyable adaptation d’un produit médicinal, à usage limité, qui se retrouve comme produit de consommation de masse. Les eaux embouteillées envahissent les rayons des grandes surfaces après une antériorité glorieuse durant laquelle les Grands de ce monde « allaient aux eaux» et fréquentaient les stations de cure.
La publicité massive, joue sur le Naturel d’un produit non traité, non pollué, sur les bulles du champagne des eaux de table, le calcium qui fortifie, sur la taille fine, le dynamisme, le fluor qui donne de belles dents, le magnésium qui déconstipe. Inutile d’aller à Évian, Vichy, Vittel… on peut faire sa petite cure chez soi, en passant par le supermarché.

Les étiquettes (et la publicité) mettent en avant les éléments chocs mais relativisent le côté médical : l’eau minérale n’est plus un remède, elle est banalisée. On peut la vendre à tout le monde, sans retenue, sans précaution ni avertissement affiché. Si vous voulez être informé sur le produit, essayez de traduire l’étiquette !

L’eau minérale ne se vend plus en pharmacie depuis 1950, sauf l’Hydroxydase. Les médecins ne les prescrivent plus sauf en cure. Alors que l’eau minérale dénature le palais avec sa minéralisation excessive, l’eau de source ou du robinet, sans saveur, est devenue « plate », fade et pour peu qu’elle ait des relents de chlore, elle n’est pas « bonne ».

9 – Quel est l’enjeu économique des eaux minérales ?

La France produit 5,5 milliards de litres d’eaux minérales par an, (valeur 1998) contre 30 millions en 1938. Les Français buvaient 27 l/an/habitant en 1963, mais près de 100 l/an actuellement (un peu moins que les Allemands et les Italiens). Les eaux sont embouteillées dans 49 usines et représentent une valeur de 2 milliards d’euros (environ).

L’enjeu économique pour un produit donné par la Nature, qu’il est interdit de traiter, aiguise les appétits des Grandes Sociétés : Danone prend la plus grande part du gâteau (Évian, Badoit, Arvie, Hépar, Salvetat, Talians, Volvic…), Nestle se contente de Perrier, Contrex et Vittel, et Castel garde Vichy et St Yorre. (Le jeu des ventes ou des regroupements d’entreprises peut modifier cette répartition). La France exporte 25 % de la production d’eaux minérales.

10 – En conclusion, quels conseils pour les buveurs d’eau ?

Les eaux minérales ont des vertus thérapeutiques indéniables, leur usage aurait dû rester sur avis et sous surveillance médicale comme cela se pratique en cure dans les stations thermales.

Pour la consommation permanente d’eau qui répond aux besoins humains, utilisons en toute simplicité, l’eau du robinet. Si elle a un goût de chlore, buvons la fraîche entre 10° et 16° (jamais à plus de 20°). Suivant où l’on habite, on peut avoir 1 000 l d’eau du robinet pour le prix d’un pack de 6 bouteilles d’eau minérale. On peut se rabattre sur « l’eau de source » qui coûte 2 à 4 fois moins cher que l’eau minérale.

Mais rien n’empêche de jouir des vertus des eaux minérales, en sachant les choisir parmi celles qui sont de potabilité permanente. Les écarts sont permis, mais à consommer avec modération !

Annexe 

(1) Appétence : qui éveille l’appétit, le désir.

(2) Météorique : eau d’origine atmosphérique (pluie-neige).

En savoir plus

Eaux minérales, les apports de la bio-électronique
Le magazine Effervesciences à évoqué dans ses numéros 11 et 19 l’importance des caractéristiques électroniques (pH, 2H2 et résistivité) des substances biologiques, sur la santé humaine.

Lors de la prise régulière d’eau minérale, il est intéressant de suivre l’évolution des caractéristiques bio-électroniques de l’eau, en fonction du temps, et après capture de l’eau au griffon et sa mise en bouteille.

Il ne saurait ici être question de contester les propriétés curatives d’une eau thermale prise à la source ; en revanche, la qualité de cette même eau, soumise à l’embouteillage et livrée à la consommation, apparaît fort discutable, et, dans bien des cas sans doute, ne justifie pas les publicités faites à ce sujet. Texte de Jeanne Rousseau, extrait du même article.

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Bio-sociétal

  • Bio et grands enjeux sociétaux - 3e partie : en route vers le bio-sociétal (3/3)

En route vers le Bio-sociétal – 3e partie : nouveaux enjeux, nouvelles missions

24 août 2016|0 Comments


3e partie :
 les notions de développement durable et de RSE commencent à influencer sérieusement les collectivités et les entreprises conventionnelles. Il est temps maintenant de s’interroger sur le secteur bio : ses valeurs sont-elles compatibles avec ces notions ? Est-il en avance ou en retard ? Et sur quels sujets ? Voici les réponses pour tendre vers l’entreprise responsable du XXI° siècle °.

Lire ou relire la deuxième partie : la RSE

 – EN ROUTE VERS LE BIO SOCIÉTAL :

● L’économie, le sociétal et l’environnement, dans l’ADN du bio depuis toujours : si celui-ci est surtout perçu aujourd’hui comme lié à la promotion d’une agriculture plus saine et à la protection de la santé et de l’environnement, ses ambitions étaient encore plus étendues et visionnaires dès le début de son histoire.

Née dans les années 1920 en Europe de plusieurs pères fondateurs (1) l’agriculture biologique s’insérait dans un combat social global déjà vieux d’un siècle pour une distribution éthique des biens de consommation et des conditions de travail moins rudes, le tout influencé par une vision sauvage de la nature issue notamment du romantisme allemand du XIX° siècle. Ces facteurs croisés d’influence étaient nés pour contrer les effets collatéraux désastreux de l’industrialisation à pas forcée des sociétés occidentales l’œuvre depuis le milieu du XVIII° siècle (lire ou relire L’assommoir de Zola). L’agriculture biologique, restée fidèle à une approche militante et sociale, apporte quand à elle, fait nouveau, l’environnement et la santé du consommateur dans sa lutte, et encadrés par des réflexions sociales originales.

Un de ses fondateurs, Rudolf Steiner, était un philosophe, occultiste et penseur social autrichien atypique. Son œuvre majeure, l’Anthroposophie, est une pensée holistique originale qui, bien avant l’heure accorde une grande importance à une nature perçue comme complexe, vivante et sensible, et milite pour une économie sociale qui lie intimement vie économique, vie du droit et vie spirituelle (vue ici dans un sens laïque qui comprend le climat social de l’entreprise et la façon dont elle gère en interne le pouvoir).

Cette articulation visionnaire entre économie, vie sociale et rôle vital de l’environnement, longuement réfléchie et développée dans plusieurs livres et cycles de conférences, ressemble étonnamment aux 3 piliers du développement durable.

C’est dans ce contexte nourricier fécond que naquit durant les années 1920 l’agriculture biodynamique. À contrario d’une agriculture industrielle en plein envol et uniquement soucieuse de rentabilité économique, l’agriculture biodynamique considère la ferme comme un organisme vivant complexe indissociable de son environnement : il ne s’agit pas seulement de produire des denrées comestibles de qualité, mais aussi d’assumer la responsabilité de préserver l’environnement large de la ferme (haies, bocages, flore, faune sauvage), en prenant aussi en charge les modalités économiques comme la distribution des denrées produites. C’est ainsi que dès 1927, en Allemagne, se créée une coopérative économique agricole de transformation dans le but de promouvoir et vendre les produits biodynamiques. En 1930 près de 1 000 fermes écoulent leur production, soutenue, déjà, par une marque (Demeter), et un cahier des charges, bien avant l’avènement du label AB en 1985 !

Les autres pères fondateurs du bio (1) sont eux aussi lucides sur les dégâts écologiques et sociaux provoqués à long terme de l’agriculture chimique. Chacun développa, à sa manière, une vision plus équilibrée de l’agriculture et de sa finalité ultime : alimenter sainement l’homme. Citons l’Anglais Albert Howard (1873-1947). Militant pour une solidarité sociale avec les travailleurs de la terre, cet agronome et botaniste insista particulièrement sur le danger que courait la santé humaine en confiant l’agriculture nourricière aux seuls intérêts financiers des entreprises, beaucoup plus soucieuses de rentabilité économique que du maintien de la qualité des récoltes ou des élevages. Inutile de préciser que la Politique Agricole Commune (PAC) telle qu’elle est pratiquée en Europe en ces début de XXI° siècle ignore toujours ces avertissements…

Les décennies 1950 et 1960 voient surtout le développement structurel de la bio sur fond de dénonciation de l’agriculture intensive qui s’implante alors massivement. Agriculteurs et consommateurs font alors, de manière innovante front commun avec, notamment, le premier congrès de l’ANDSAC (Association nationale pour la défense de la santé du consommateur) tenu en 1964, très inquiet de savoir ce que l’on mange et comment l’aliment est cultivé ou préparé, inventant avec près de trente ans d’avance le concept moderne de traçabilité.

La critique sociale pure et dure commence cependant à prendre une voie différente avec l’ouverture en 1969, aux Pays-Bas et en Angleterre, des premiers magasins de commerce équitable, le bio se concentrant quant à lui majoritairement sur l’aspect environnemental, avec, comme point d’orgue la création du label AB d’agriculture biologique en 1985. L’engagement direct de l’alterconsommateur resta cependant vivace jusque dans les années 1980, stimulé par les mouvements « écolo » et « new age » des décennies 1970 et 1980 : beaucoup d’associations engagées montent à cette époque un peu partout en France des magasins bio collaboratifs indépendants ou l‘adhérent consom’acteur bénéficie d’avantages substantiels en échange de sa participation active à la vie de la coopérative.

De nos jours les magasins coopératifs nouvelle génération comme la Louve à Paris, reprennent le flambeau… Du côté des enseignes spécialisées Biocoop, seul grand réseau français à structure coopérative multi-professionnelle du paysage français, est né à la fin des années 70 de l’engagement innovant de consommateurs et de producteurs réunis en coopératives de consommateurs. Cependant sa structure coopérative, bien que vivace et influente reste classique dans le sens ou le consom’acteur “lambda” ne participe plus directement à la vie du magasin, comme à ses débuts.

● Biosociétal, retour aux sources et nouvelle ère : où en est-on aujourd’hui ? Après des années 1990 et 2000 consacrées principalement à faire face à l’arrivée imprévue de nouveaux consommateurs attirés par le bio, en réaction aux peurs alimentaires provoquées par la crise historique de la vache folle, le secteur bio renoue avec ses racines sociétales : en témoignent le nombre croissant de colloques ou articles sur le sujet et l’intérêt actuel pour de nouveaux concepts typiquement RSE tel que par exemple celui de « l’entreprise libérée » (Les salariés sont encouragés à prendre des initiatives).

Voici maintenant une série de remarques et constats qui montre les atouts et points d’amélioration du bio pour rentrer définitivement dans l’ère du bio sociétal :

Des années d’avance sur la création de produits bons pour l’homme et bons pour la planète : la mise au point et la distribution d’écoproduits et écoservices est considérée habituellement par les entreprises conventionnelles comme l’aboutissement d’une démarche RSE de longue haleine alors que le secteur bio porta directement ses efforts sur cette évidence : la mission fondamentale d’une entreprise est d’abord de fournir des produits sains…

> Des penseurs holistiques « bio » d’envergure inititieurs de nouveaux paradigmes : les penseurs de la première heure ont fait place à une nouvelle génération critique de qualité : citons l’agriculteur écrivain Pierre Rabhi, auteur de la « Vers la sobriété heureuse », ou encore, dans un autre registre, le livre américain Conscious Capitalism, (capitalisme conscient), co-écrit par John Mackey le PDG de Whole Foods Market, le plus grand épicier bio spécialisé de la planète. Une de ses convictions est de placer la responsabilité sociétale au coeur de l’entreprise et de chaque collaborateur, supprimant ainsi la nécessité de créer un service RSE dédié.

> Des avancées pionnières en économie durable avec le commerce équitable, et le commerce équitable Nord-Nord, mais une faible réactivité sur les nouveaux modèles économiques durables (économie collaborative, louer, vente de produits occasions), certains comportements de fond (gaspillage alimentaire), ou encore l’éco-conception (dont les packaging cf Biolineaires 65 p19), et les nouvelles tendances industrielles durables comme l’écologie circulaire.

> L’agriculture bio est très bénéfique pour le climat mais… La Conférence de Paris de fin 2015 sur le climat (COP21), à démontrée le rôle majeur que l’agriculture bio peut jouer contre le déréglement climatique… à condition d’augmenter en magasin la proportion de produits bio ET locaux afin d’éviter les pollutions dues aux transports lointains, et de supprimer par la même occasion l’excès d’emballages. En savoir plus sur la diffusion de produits locaux, plus complexe qu’il n’y parait.

> Le label bio officiel UE intègre pour l’instant peu le volet sociétal de la RSE : la future réglementation bio Européenne 2017 reste pour l’instant peu sensible aux critères multiples de certification RSE (Conditions de travail, gouvernance, etc.). Des labels alternatifs comme Biocohérence ou Nature & Progrès vont bien plus loin dans la démarche mais restent encore assez confidentiels.

Des méthodologies RSE adaptées au bio mais encore peu connues : corollaire du constat précédent (faiblesses RSE des labels bio officiels), la démarche Bioentreprisedurable® du Synabio, lancée en 2009, permet aux entreprises de l’aval du secteur biologique, et en particulier aux TPE et aux PME – qui constituent la majorité du tissu industriel bio – de découvrir, formaliser et déployer une stratégie RSE sur mesure. Si cette initiative, structurée autour des questions centrales de la norme ISO 26000 ne peut être que saluée et trace la voie, 6 transformateurs bio seulement ont été évalués à ce jour; aoisni que l’enseigne La Vie Claire, qui marque l’entrée des distributeurs dans la démarche.

. Cette démarche gagnerait à être mieux connue dans le secteur, beaucoup d’entreprises bio faisant de la RSE sans le savoir.

Version enrichie d’un article paru initialement dans le revue professionnelle Biolinéaires n°65 Mai-juin 2016

Fin de la 3e partie d’introduction : relire la 1ère partie : le développement durable

Prochainement : l’entreprise libérée est-elle la réponse idéale à un meilleur épanouissement dans son travail ?

Annexe :

– (1) Pères fondateurs du bio : lire à ce sujet le passionnant et copieux livre de Yvan Besson: Les fondateurs de l’agriculture biologique, Sang de la Terre, 2011.

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  • Bio et grands enjeux sociétaux - 2e partie : la RSE, définition, enjeux (2/3)

En route vers le Bio-sociétal – 2e partie : la RSE

16 août 2016|0 Comments

 


2e partie :
 le temps est venu pour les entreprises, quelle que soit leur taille, d’inclure les valeurs du développement durable en conciliant performance économique, progrès social et préservation des ressources naturelles sans polluer, grâce à la notion de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). S’il y a loin de la coupe aux lèvres (seuls à peu près 5 % des produits vendus sont majoritairement respectueux de ses grands principes), le pli est cependant pris et la direction est donnée. Détaillons maintenant l’essentiel à savoir.

Lire ou relire la première partie : le développement durable

B – UNE DÉFINITION DE LA RSE

Fruit d’une longue histoire, la RSE est la prise en compte par les entreprises des enjeux sociaux, environnementaux et économiques dans leur stratégie, leur production et leurs reporting de gestion. Formulé de façon plus simple, la RSE incorpore dans son fonctionnement et dans sa production les valeurs développement durable.

La RSE (Responsabilité sociétale des entreprises), est le développement durable appliqué à l’entreprise : celle-ci s’engage de façon volontaire à aller beaucoup plus loin que les obligations légales sur les champs sociaux et environnementaux – Crédit image : Fotolia

Cette démarche industrielle de développement durable se veut opérationnelle, mesurable et “visible” avec tout un ensemble de dispositifs de management, de conduite du changement, de méthodes de pilotage & évaluation et de labels ou normes.

Notons que la RSE n’est à l’heure actuelle pas une obligation légale. Sa mise en place s’effectue sur une base volontaire et concerne tous les secteurs industriels et de services : l’agriculture, l’habitation, le BTP, les services (assureurs, tourisme…), et, bien sûr le secteur bio.

● Une notion clé, les parties prenantes (ou Stakeholders) : ce concept, qui est, nous l’avons vu, une des cinq valeurs clés du développement durable (principe de gouvernance), vise à responsabiliser l’entreprise vis-à-vis de ses parties prenantes (l’ensemble des individus ou des organisations concernés par son activité), y compris le consommateur). En clair, l’entreprise doit non seulement rendre des comptes, mais cherche aussi à satisfaire les objectifs de ses interlocuteurs.

Les parties prenantes sont un aspect phare de la RSE en obligeant l’entreprise à dialoguer avec la société civile, en vue notamment de limiter l’influence des actionnaires et des marchés financiers.

Qui sont les parties prenantes ? Elles peuvent être internes ou externes, publiques ou privées comme : les salariés, les actionnaires, les clients, les fournisseurs et sous-traitants, les syndicats, les ONG, les institutions, les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les associations de consommateurs, civils (associations)… et même la concurrence !

Cette notion de partie prenante, qui va au-delà d’un simple devoir d’information et de transparence,  est en fait à l’origine même du concept de RSE, bien avant les préoccupations environnementales. La RSE est née officiellement en 1953 sous la plume de l’économiste Howard R. Bowen, dans un ouvrage fondateur, Social Responsability and Businessman. Ce livre – qui est, pour la petite histoire, une commande des églises protestantes et orthodoxes, qui marque les sources religieuses de la RSE – craignait le pouvoir hégémonique latent des multinationales, et suggérait en réponse de limiter l’influence des actionnaires et des marchés financiers en plaçant en contrepoint les acteurs de la société civile en vue d’établir un équilibre salvateur d’influences,

Ce concept de partie prenante est d’ailleurs plus que jamais d’actualité, car en phase avec une société post-moderne avide de transparence (Wikileaks) et d’échanges participatifs (réseaux sociaux, avis clients sur Internet…).

● La RSE, pour quelle entreprise ? Cette approche a longtemps concerné uniquement les grands groupes, mais son application s’accélère depuis les années 2000, suite aux critiques altermondialsites et au renforcement juridique (loi sur les Nouvelles Régulations Economiques, loi Grenelle 2, loi Warsmann 4…).

Une conséquence positive à été la pression des grandes entreprises sur les PME sous-traitantes pour les amener à adopter eux aussi une démarche RSE, élargissant ainsi l’emprise du concept. La RSE est malgré tout encore souvent perçue aujourd’hui par les PME comme une charge supplémentaire sans rentabilité tangible. Près du tiers n’ont pas encore pris d’initiatives en la matière tandis qu’une minorité (50 000 à peu près) à mis en œuvre un cadre important de la RSE (par exemple une certification ISO 14001).

Malgré tout, le processus de démocratisation est en marche : les entreprises courent en effet de plus en plus le risque de perdre des marchés au profit des plus engagées, car les cahiers des charges des donneurs d’ordre, dont ceux du marché public, intègrent de plus en plus la RSE.

Les grandes entreprises rentrent de plus en plus dans une logique rassurante de partenariat à long terme avec leurs fournisseurs, sur un mode collaboratif fondé sur le codéveloppement et la co-innovation, qui amoindrit les freins classiques d’adoption de la RSE (prise de risque, surcoût des normes, non-réciprocité de la démarche dans le commerce mondial…).

● Le financement responsable au secours de la RSE : les investisseurs français privilégient là aussi de plus en plus les entreprises motivées. Déjà près de 2/3 de l’encours d’investissement serait le fait de l’Investissement Socialement Responsable), au 1er rang en Europe. Des études récentes (Michael Barnett 2012), montrent en effet que la mise en place d’une démarche RSE par l’entreprise est rentable dans le temps. La RSE permettrait un gain de performance de l’ordre de 13%, en moyenne, par rapport aux entreprises non engagées (Étude 2016 France Stratégie,).

● Les bons samaritains de la RSE : un maillage de plus en plus conséquent de clubs et d’associations se donne pour mission de faciliter le passage à la RSE des PME, notamment par l’innovation, le partage d’expérience, l‘aide technique, le financement, et la co-création. Citons parmi les plus significatifs :

  • Entrepreneurs d’Avenir ;
  • APM (L’Association pour le progrès du management fort de 67000 adhérents francophones) ;
  • Ashoka (réseau mondial d’entrepreneurs sociaux présent dans 80 pays) ;
  • CG-SCOP (confédération générale des Scop) ;
  • le CJD (Plus de 80 000 entrepreneurs formés) ;
  • Club génération responsable (dédié au commerce organisé et aux franchises avec 37 000 points de vente concernés en France et un label Enseigne responsable) ;
  • Mouves (impliqué dans l’insertion et le retour à l’emploi.

● Les 6 grandes tendances et évolutions actuelles de la RSE (baromètre 2016 Malakoff Mederic-ORSE) :

  1. Une intégration étendue aux grands rouages de l’entreprise : les 200 directions DD et RSE en France ne sont plus seulement rattachées à la présidence/direction générale, mais peuvent aussi se retrouver intégrées avec des directions opérationnelles, prouvant que la RSE devient un élément décisif de la bonne marche de l’entreprise.
  2. Objectif impact social et local : les sondages démontrent que les Français attendent désormais des entreprises qu’elles participent aussi au développement économique à une échelle locale, grâce à une sensibilité nouvelle aux questions sociales (emploi, etc.), et au Made in France.
  3. La communication, enjeu N°1 : la communication RSE traditionnellement centrée sur la charité, le mécénat ou les fondations évolue vers une communication grand public qui décrit ses actions concrètes à destination de consommateurs-citoyens désormais sensibilisés à ces enjeux. Notons l’importance de plus en plus forte des réseaux sociaux dans la communication responsable des entreprises avec la recherche d’un véritable dialogue avec le consommateur plutôt que des publicités institutionnelles classiques.
  4. Se différencier sur son marché, en innovant dans ses process et son offre produit pour renforcer ses avantages concurrentiels.
  5. L’année du reporting RSE : si la réalisation de rapports annuels RSE est devenue obligatoire pour les entreprises d’une certaine taille, de plus en plus se rallient volontairement à cet exercice par conviction et pour faire valoir leur démarche.
  6. Le bien-être au travail : cet enjeu est aujourd’hui n°1 selon les salariés avec le stress au travail, le burnout, le télétravail abusif, et, depuis peu, le présentéisme (excès d’heures de travail), qui font depuis quelques années la une des médias et sont pris au sérieux par l’entreprise.

● L’État français champion de la RSE : notre pays est l’un des plus performants en matière de responsabilité sociale des entreprises grâce à la mise en place progressive depuis le début des années 2000 d’un dispositif juridique conséquent pour inciter les entreprises à franchir le pas. Voici les plus significatifs :

  • 2001 – La loi NRE : avec la loi sur les Nouvelles Régulations Economiques les sociétés françaises cotées doivent obligatoirement ajouter  dans leur rapport annuel des données sur les conséquences environnementales et sociales de leurs activités. La loi Grenelle de 2010 complétée par la loi Warsmann 4  de 2012 va plus loin encore en s’élargissant aux entreprises de plus de 500 salariés, avec des sanctions et des contrôles.
  • 2006 – La Directive ROHS restreint l’utilisation de certaines substances dangereuses dans les équipements électriques et électroniques.
  • 2006 – La Directive REACH : ce règlement modernise la législation européenne en matière de substances chimiques en améliorant la protection de la santé humaine et de l’environnement. Le but est d’inciter les entreprises concernées à adopter une chimie plus verte.
  • 2008 – La Charte de l’environnement durable des entreprises publiques pousse les entreprises à inscrire cette priorité dans leur stratégie.

La France se distingue aussi par des dispositifs et actions variés qui ont comme originalité d’être à la fois soutenus par l’Etat et ses territoires  : citons les lois Grenelle 1 et 2, la plateforme RSE (2013), l’Ademe… Ces dispositifs s’adressent aux entreprises, mais également aux acteurs financiers, aux salariés et aux consommateurs, classant notre pays parmi les bons élèves internationaux.

● Les démarches volontaires, normes et labels : 

Dossier bio-sociétal 2/3 : les démarches volontaires, normes et labels de la RSE

Il n’existe pas à l’heure actuelle de certification ou de label RSE unique qui fait consensus, mais plutôt ce que les Anglo-saxons appellent la soft law, un riche ensemble composé de principes internationaux, de normes, de labels, et d’organismes d’accompagnement, le tout relevant de la démarche volontaire et conçue pour aller au-delà du respect de la loi dans les pays où les entreprises opèrent..

De nombreux outils internes complètent ces dispositifs (chartes éthiques, codes éthiques des affaires, motivation des salariés, etc.), en sensibilisant notamment les salariés à la mise en place d’une politique RSE.

Notons que la richesse et le nombre de ces normes et outils ne facilitent pas leur adoption, ce qui nécessite, au moins au départ, un accompagnement

Voici cependant les référentiels (outils, normes, et labels) les plus importants de la RSE :

● Les normes spécialisées :
> SA8000 la 1re norme de responsabilité sociale : elle concerne uniquement le volet social de la RSE. Les entreprises certifiées s’engagent sur leurs sites de production en propre et par rapport à leurs fournisseurs et sous-traitants dans les domaines suivants : les conditions de travail, l’interdiction du travail des enfants, les libertés syndicales, la discrimination, etc.

> ISO 14001 pour des usines non polluantes : cette norme certifiable  vise à mesurer l’impact environnemental de l’activité des unités de production. Elle prend en compte les émissions dans l’air, les rejets dans l’eau, la contamination des sols, la gestion des déchets, l’utilisation des matières premières et des ressources naturelles. Cependant, elle garantie seulement que l’entreprise à mis en place un ensemble de processus pour mieux gérer ses impacts environnementaux en production, et ne garantit pas l’impact positif global sur l’environnement de l’entreprise. L’usine peut aussi continuer de fabriquer n’importe quel type de produit, même les plus polluants. Pour le consommateur, la certification n’est donc nullement une garantie que l’entreprise fournit un produit ou un service « bon pour la planète » ou « bon pour la société ». Il existe cependant une corrélation positive entre la performance environnementale des entreprises et la certification ISO14001.

● Les normes globales :
> Le Global Compact (Pacte mondial) : lancé en 2000 sous l’égide de l’ONU, est une démarche volontaire qui propose aux entreprises d’adhérer à dix grands principes dans les domaines des droits de la personne, du travail, de l’environnement et de la lutte contre la corruption. Il regroupe plus de 10 000 entreprises dans le monde qui s’engagent à progresser chaque année dans chacun des 4 thèmes du Pacte mondial et doivent remettre un rapport annuel appelé COP (Communication sur le Progrès), détaillant les progrès réalisés.

> ISO 26000 le référentiel ultime ? – Publiée en 2010 la norme ISO 26000 est le nouveau texte mondial de référence en matière de RSE. Regroupant pour la première fois toutes les facettes des pratiques sociales et environnementales, elle incite à agir simultanément sur les 3 piliers de la RSE, pour une démarche de progrés globale et équilibrée. Ce n’est pas un label, mais une démarche, un référentiel, dont la mise en œuvre peut-être évaluée par des organismes indépendants comme le Label Lucie. L’ISO 26000 vise les entreprises, mais aussi les organisations de tous types, quelle que soit leur activité, leur taille ou leur localisation. Elle ne fixe pas de niveaux de performance à atteindre, mais des lignes directrices à adapter en fonction des spécificités de chaque organisation.

–Les  7 grands principes, ou questions centrales de l’ISO 26000 :

Dossier bio-sociétal 2/3 : les 7 questions centrales de l'ISO 26000

● Les labels :
Contrairement aux normes ISO, les labels demandent à ce que les entreprises aient non seulement mis en place un processus de gestion, mais également qu’elles aient une performance environnementale et sociale positive mesurable. L’autre avantage des labels est leur potentiel de communication qui permet à l’entreprise de communiquer sur ces engagements. Énumérons les plus représentatifs :
> LUCIE le label RSE de référence –  Créé en 2008 il est aligné sur la norme ISO 26000, ce qui en fait une démarche RSE complète puisqu’il garantit à la fois l’évaluation et le progrès de la démarche RSE. C’est aussi une communauté d’entreprises engagées. La labellisation LUCIE permet aussi à une organisation de valoriser ses engagements auprès de ses parties prenantes.
> B-CORPS le nouveau venu  Né en 2006 aux États-Unis, ce nouveau label, qui compte parmi les 1.200 entreprises certifiées des références écologiques comme Patagonia, Ben & Jerry’s et de plus en plus de marques bio ou naturelles, commence à se développer en Europe, et en France avec Nature & Découvertes, Camif, BlaBlaCar, La Ruche qui Dit Oui, microDON, Sidièse (Agence de communication responsable). Son processus de labélisation, valable deux ans, fonctionne assez sur le modèle des labels du commerce équitabl), ou du label bio. Ses critères sont à la fois sociaux et environnementaux. Le label B-Corps à aussi pour vocation d’être plus « communicant » que les autres labellisations et moins complexe à mettre en place que les normes ISO.
> ENVOL le label environnement dédié aux PME – Développé par CCI France, il permet aux TPE et PME de mettre en œuvre une démarche environnementale (mais pas sociale) de façon simple, dans une logique de progrès et avec une reconnaissance nationale. Inspiré de la démarche ISO 14001 un plan d’action environnement est mis à jour chaque année avec un reporting régulier.

– LES ECOLABELS CONSOMMATEURS (label bio UE, Cosmebio, NF Environnement, Label Rouge, Biocohérence, etc.) – Bien qu’ils ne soient pas liés spécifiquement à une démarche RSE, les écolabels en sont souvent le point d’orgue. En effet, les entreprises conventionnelles qui se lancent dans ce cercle vertueux commencent très souvent par améliorer en premier lieu leur fonctionnement interne (optimisation énergétique, normes ISO 14OO1, etc.), avant de se lancer dans ce qui peut être considéré comme un des grands buts de la RSE : la production de biens et services « verts » (écoproduits) bons pour la planète et sains pour le consommateur, ce que garantissent les écolabels.

● Le bio et la RSE : le génie conceptuel du bio a été dès ses débuts durant les années 1920 d’avoir su lier développement économique de produits sains et vertus sociales et écologiques. A l’heure actuelle, les entreprises du secteur bio sont surtout performantes dans la partie environnementale. Pour en savoir plus :

Suite et fin (3e partie) : les atouts avancées et points faibles du secteur bio en matière de développement durable et de RSE.

Version enrichie d’un article paru initialement dans le revue professionnelle Biolinéaires n°65 Mai-juin 2016

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  • Bio et grands enjeux sociétaux - 1re partie : le développement durable, définition, enjeux (1/3)

En route vers le Bio-sociétal – 1re partie : nouveaux défis, le développement durable

5 juin 2016|0 Comments


1re partie :
 longtemps resté seul dans ses combats pour la défense de l’environnement et la promotion d’une économie pourvoyeuse de sens et de produits sains, le marché bio et l’agriculture biologique se voient rejoindre aujourd’hui, et même stimulés par des entreprises et organisations de tout bord adeptes de nouveaux concepts éthiques. Citons pour les principaux le développement durable et la RSE qui visent ni plus ni moins qu’à transformer l’économie actuelle et à contenir ces excès. Ce dossier en 3 parties détaille ces nouveaux paradigmes et décrit en conclusion les apports, les initiatives et les évolutions nécessaires du secteur bio pour que celui-ci reste le premier élève de la classe. Commençons par les défis écologiques et sociaux du nouveau siècle avec la définition d’un concept phare : le développement durable.

À – Introduction : le temps d’une remise en cause profonde de l’économie dite capitaliste et libérale

Avant de critiquer et de revisiter le système économique mondial actuel, il est bon de rappeler, pour être exhaustif et ne pas jeter le bébé avec le bain usé, que ses fondamentaux de base (respect de la propriété privée, libre concurrence, valorisation de l’entrepreneuriat), ont permis, pour la première fois de l’histoire humaine l’accès pour tous au confort matériel, en contribuant à diminuer les inégalités sociales flagrantes et à favoriser l’apparition d’une nouvelle classe moyenne. Cependant, trois constats de fond sérieux obligent à revoir en profondeur le fonctionnement économique actuel et en particulier celui des entreprises.

● Plus de 50 ans de catastrophes écologiques : Printemps silencieux (Silent Spring) le livre précurseur : publié aux États-Unis en 1962, l’ouvrage, écrit par une femme biologiste, fit sensation à l’époque en dévoilant pour la première fois au grand public les effets désastreux à long terme du DDT (pesticide) sur l’environnement et la santé humaine, le DDT passant directement dans l’organisme des oiseaux et jusqu’à celui des humains en infiltrant toute la chaîne alimentaire. Ses analyses pointaient du doigt l’industrie chimique, rejoignant l’opinion des leaders bio européens de l’époque, depuis longtemps au fait des effets négatifs des intrants de synthèse. 

Bien entendu les industriels contre attaquèrent, Monsanto en tête (déjà lui !), niant l’évidence et accusant la biologiste en retour en prédisant un désastre planétaire si l’industrie du pesticide cessait toute activité…Les arguments avancés par Carson convainquirent cependant progressivement l’Occident d’intirde l’usage de ce pesticide, avec comme effet pervers d’avoir par contrecoup accru son utilisation dans les pays en voie de développement au nom de la fameuse révolution verte des années 1960…

Le fait que ce livre soit paru aux USA contribua cependant puissamment à lancer le mouvement écologiste dans le monde occidental.

La responsabilité des entreprises dans la dégradation de l’environnement s’accentua au cours des décennies suivantes avec des pollutions majeures : Seveso* (1976), Amoco Cadiz (1978), Bhopal (1984), Tchernobyl (1985), Erika (1999), Fukushima (2011), etc.

Ces accidents historiques, corrélés à des crises alimentaires sanitaires récurrentes (vache folle…), et à la dénonciation de modes de fabrication souvent très polluants (le cadmium contenu dans une batterie de téléphone portable, peut polluer le tiers d’une piscine olympique), ont fortement contribué à obliger les entreprises à réagir pour mieux protéger l’environnement.

Menaces sur le progrès social : les acquis sociaux dont bénéficie notre époque (nombres d’heures travaillées, congés payés…), sont réels, mais furent obtenus majoritairement avec des luttes longues et difficiles entre le travailleur et son entreprise tout au long des XIX° et XX° siècles. À de très rares exceptions, l’économie dite moderne ne fut jamais très proactive en ce domaine… De nos jours le phénomène se répète :

Beaucoup d’économistes reconnus s’accordent à penser que, depuis les années 1970, ces acquis sociaux durement gagnés sont, sous prétexte de compétitivité, passablement écornés par la montée lente, mais inéluctable du chômage  et la dégradation sensible des conditions de travail qui fragilisent la classe moyenne, et malmènent la société dans son ensemble en générant des peurs sourdes qui entraînent une civilisation de la méfiance, et profitent aux partis occidentaux d’extrême droite.

C’est ainsi que les protestations écologiques se doublent depuis les années 2000 d’une nouvelle montée en force de la société civile (un terme qui remplace celui de “peuple”) par le biais de mouvements altermondialistes divers, très critiques sur la mondialisation.

Vers de nouveaux paradigmes économiques : face à ces constats inquiétants de nouveaux concepts clés émergent qui fournissent aux entreprises et aux collectivités de nouvelles voies conceptuelles pour remplir leurs missions tout en évitant les dérives environnementales et sociales constatées plus haut.

B – Le développement durable, le principe fondateur

●Une vision radicalement nouvelle du développement des sociétés humaines : ce terme, désormais connu de tous, mais peu compris au fond, défend la nécessité d’une interdépendance étroite entre 3 composantes majeures (appelées aussi piliers). Citons :

1 – Économie : des activités économiques pour maintenir le bien-être matériel.

2 – Environnement  : préserver et valoriser les ressources naturelles.

3 – Social : favoriser une société heureuse avec l’entraide, le lien social, l’insertion et la santé. Contenir la violence, le chômage, l’exclusion et le fanatisme. Lutter contre la pauvreté et la faim dans le monde.

En clair, les organismes, collectivités et les entreprises doivent œuvrer pour que leurs initiatives englobent simultanément ces 3 piliers, en ne négligeant aucune d’entre elles.

Une entreprise par exemple ne peut baisser le coût de sa production au détriment de la dégradation de l’environnement (fabrication économique, mais polluante) ou du contexte social (“dégraisser” pour maintenir ses  bénéfices en créant du chômage…).

Le graphique suivant donne la définition officielle du développement durable et détaille ses 3 piliers fondateurs :

les 3 piliers du développement durable forment la matrice conceptuelle des nouveaux systèmes économiques « durables » et de la RSE. Le bio, bien avant l’heure les a intégrés dès les années 1920, comme nous le verrons plus loin !

● Une définition compréhensible par tous : le développement durable, c’est le génie conceptuel d’avoir su lier 3 domaines sociétaux à priori sans liens directs et apparents entre eux, et de les avoir rendus simples et abordables Voici la définition officielle : “Un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.”

Les 5 valeurs clés qui sous-tendent le développement durable : 

  1. Le principe de limite : notre environnement ne peut satisfaire une croissance matérielle sans fin, malgré nos technologies.
  2. Le principe de responsabilité : le pollueur est le payeur.
  3. Le principe de solidarité : l’entreprise prend sous sa responsabilité les impacts environnementaux et sociaux de son activité.
  4. Le principe de gouvernance – «Tous décideurs» : l’entreprise ou l’organisation doivent prouver qu’elles sont transparentes avec la mise en place d’organes de gouvernance permettant à tout en chacun de dénoncer toute atteinte à l’éthique des affaires (En savoir plus, voir plus loin).
  5. Le principe de précaution – «Pour un progrès raisonnable» : cet axiome, délicat à mettre en oeuvre, postule que toute avancée scientifique doit être mesurée dans ses risques ou dérives potentiels à long terme (1).

Les recherches OGM (par exemple Monsanto), telles qu’elles sont pratiquées et appliquées actuellement sont un cas typique de non-respect simultané de ces 5 valeurs clés : sous prétexte de vouloir nourrir une planète en surpopulation leur objectif soutient un principe de croissance sans fin de la production agricole. Les impacts environnementaux et les pollutions actuelles sont largement sous-estimés. Les recherches scientifiques et leur effet négatif éventuel y sont très opaques rendant caduc le principe de précaution.

● Une véritable révolution conceptuelle… Très peu appliquée : le développement durable représente une véritable rupture de paradigme qui va radicalement à l’encontre des pratiques économiques actuelles vieilles de plus de 2 siècles.

La métaphore libérale de la «main invisible du marché» de l’économiste Adam Smith – soutien par exemple que les marchés conduisent automatiquement au bienfait social par le simple jeu de règles économiques (offres et demandes, etc.). Ce qui n’a nullement empêché le chômage d’augmenter lentement mas surement et l’insécurité de gagner des points.

L’économiste Milton Friedman affirmait quand à lui en 1950 que la performance sociale et la performance financière étaient antinomiques, et que la seule responsabilité sociable de l’entreprise était de dégager du profit  pour les actionnaires

Cependant, les principes du développement durable, bien que reconnus par tous sont dans les faits encore très peu appliqués par les entreprises conventionnelles.

Le bio est-il synonyme de développement durable ? Il est intéressant de constater que le développement durable est né officiellement en 1987, deux ans après le label AB de l’agriculture biologique apparu quant à lui en 1985. Cette certification officielle marquait le virage du bio vers une dimension majoritairement environnementale, notamment au travers de la protection des sols et du respect des équilibres naturels.

Le combat social fit pourtant partie de son ADN dès sa naissance dans les années 1920 et se poursuivit longtemps, faisant en quelque sorte du bio un précurseur authentique des 3 piliers du développement durable. Citons par exemple le premier congrès de l’ANDSAC pour la défense de la santé du consommateur) tenu en 1964.

La composante sociale fut cependant délaissée progressivement et prit une voie indépendante avec l’ouverture en 1969, aux Pays-Bas et en Angleterre, des premiers magasins de commerce équitable.

● Le développement durable est-il un concept parfait ? Le terme anglais étant “sustainable development”, les premières traductions françaises, littérales, parlaient de «développement soutenable” suggérant avec justesse un développement économique mesuré pouvant être supporté par des ressources naturelles de facto limitées. Hors, avec le temps,  l’expression française «développement durable» prévalut dans le langage courant, suggérant une croissance économique pouvant se développer avec plus de liberté et moins de contraintes.

Ces différences de terminologies, loin d’être futiles ont encouragées plusieurs penseurs alternatifs à proposer d’autres modes de développement comme L’après-développement de Ivan Ilitch, la décroissance de Serge Latouche, la simplicité volontaire de Serge Mongeau, ou encore la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, ce dernier étant plus connu dans les milieux bio. Ces auteurs ont tous comme point commun de reprocher au concept de développement durable de donner encore trop d’importance à la notion de croissance matérielle et donc de «bonheur par l’objet» au détriment d’une vie plus simple centrée sur des valeurs d’épanouissement telles que le mieux vivre ensemble.

Notons que ces promesses de «moins» plutôt que «plus», considérées comme radicales il y encore peu sont de plus en plus appréciées d’une frange importante des jeunes générations Y et Z, ce qui devrait fortement inspirer le milieu bio.

Beaucoup pointent aussi du doigt la pratique du Greenwashing par les entreprises (publicités écologiques non crédibles), qui est le fait de communiquer à outrance sur le développement durable au détriment d’actes concrets. En témoigne le Prix Pinochio qui épingle chaque année les entreprises les moins vertueuses.

Malgré ces critiques ou réserves, le développement durable est un concept révolutionnaire qui donne les clés fondamentales pour changer en profondeur l’économie actuelle.

● À qui se destine le développement durable ? C’est avant tout un paradigme macro-économique et macrosocial global qui inspire une nouvelle famille de concepts économiques responsables : citons l’économie positive, l’économie de communion, l’entrepreneuriat social, l’investissement socialement responsable, l’économie collaborative…

Énumérons aussi le commerce équitable, l’économie sociale et solidaire, et le capitalisme conscient (Conscious Capitalism), en vogue actuellement dans les milieux « bio ».

Cependant, les 3 piliers du développement durable peuvent aussi aider à la transformation effective de grands secteurs économiques ou collectifs grâce à ses déclinaisons opérationnelles. Citons par exemple l’Agenda 21, dédié aux collectivités territoriales et aux villes, ou encore la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises), destinée aux entreprises et que nous abordons en deuxième partie.

Un rapide survol des grands événements internationaux liés au développement durable montre que, si celui-ci est à ses débuts conceptuel et implique uniquement le monde scientifique, le souci d’applications pratiques apparaît cependant rapidement pour concerner les territoires et les villes en 1992, puis les entreprises et les consommateurs au tournant des années 2000 – Crédit graphique: AFNOR

 

Suite du dossier (2e partie) : la RSE, le développement durable des entreprises qui se veulent plus responsables

Version enrichie d’un article paru initialement dans le revue professionnelle Biolinéaires n°65 Mai-juin 2016

Annexe

(1) Principe de précaution : né en Allemagne durant les années 1970 sous le vocable de Vorsorgeprinzip (« principe de prévoyance » ou « principe de souci »). Il fut popularisé par le philosophe Hans Jonas dans Le Principe de responsabilité (1979). Avec la multiplication des risques technologiques, l’homme doit veiller à prohiber toute action dont les effets nuiraient à la vie humaine sur terre aujourd’hui et dans le futur.

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