| Ne
pas confondre violence et conflit
Apprendre
à vivre ensemble, c'est aussi, à certains moments
de la vie accepter les conflits. L'individu, le groupe, les
sociétés, les nations sont tous, bon gré mal
gré, agresseurs ou agressés, impliqués
dans des conflits de toutes natures.
Si,
malheureusement, depuis la nuit des temps, et à de bien rares
exceptions, la violence individuelle ou sociale est restée
un moyen d'expression courant pour régler les antagonismes,
celle-ci était cependant fortement tempérée
dans les sociétés anciennes par des rites et traditions
qui en limitait leur létalité. Plus
tard, l'invention de la loi et de la justice ont pris le relais
dans les sociétés dites « civilisées »,
cependant que les guerres, grâce au progrès technologique
et des conceptions occidentales guerrières radicalements
différentes des autres grandes civilisations, gagnaient
en puissance meurtrière (1).
Le
vingtième siècle a vu ainsi, conjointement aux guerres
mondiales, de saines tentatives internationales d'arbitrages
de conflits entre nations (peu couronnées de succès
pour l'instant).
Il
restait néanmoins à définir et formaliser
clairement une méthode pacifique moderne d'apaisement
des conflits, adaptée à nos sociétés,
et rejetant volontairement toute forme de violence :
la Non-violence active. Il revient au vingtième siècle
le mérite de l'avoir inventée, et au livre de Olivier
maurel de l'expliquer clairement.
Comment la Non-violence
active agit-elle ?
Si tous les hommes ne sont pas bons (tant s'en faut), ils restent
complexes dans leurs attitudes. Même les société
les plus totalitaires recèlent des failles psychologiques,
venant en grande partie de la partie de la population « molle »
qui subit la dictature, sans vraiment l'accepter.
| « Tout
l'art de la non-violence consiste à s'adresser au meilleur
de l'individu
» |
Tout l'art de la non-violence consiste à
s'adresser au meilleur de l'individu, et à amener
ainsi les citoyens les plus sensibles à participer au renversement
des pouvoirs violents.
La Non-violence active
est-elle efficace ?
Pour beaucoup d'entre nous, la Non-violence reste attachée
à Gandhi, et nous paraît très difficilement
applicable hors du contexte de l'Inde de l'époque.
Le grand mérite de ce livre, très pédagogique,
est de nous convaincre que, si l'ancien leader indien à
effectivement « inventé » la Non-violence
active, ses méthodes sont largement applicables à
tous les individus et nations, et donnent d'excellents résultats.
Nous découvrons ainsi, au fil des pages,
que les associations et ONG telles que Greenpeace à l'international,
ou Attac en France fondent toutes leurs actions sur ces principes
: boycotts citoyens des multinationales, arrachages de plants OGM,
etc.
L'auteur prévient honnêtement
que cet ensemble d'outils de résolution de conflits, peut
aussi échouer. Mais, souligne-t-il, beaucoup de guerres
s'enlisent, coûtent énormément en vie humaines,
et ont toujours au moins un perdant (le vainqueur restant lui même
très souvent exsangue).
Le renversement sans violence du dictateur guatémaltèque
Ubico en 1944, la résistance des dissidents russes pendant
les années 70, le renversement de Didier Ratsiraka à
Madagascar en 1991, sont quelques réussites peu connues
d'actions non-violentes collectives.
Aux sources mêmes de
la violence
La violence n'est pas le propre de l'homme. L'auteur, Olivier Maurel,
souligne fort justement que l'éducation violente des
enfants est la principale cause de son maintien dans l'inconscient
collectif : pour 90 % de enfants du monde, le premier contact
avec la violence s'effectue sous les coups de leur parents. Elle
devient ensuite pour eux, par le principe de « l'empreinte »,
le moyen normal de résoudre les conflits.
Ce livre préconise une éducation
à la non-violence dans les écoles. Déjà,
dans le monde et en France, des élèves sont formés
à la résolution de conflits dans les cours d'écoles.
Un ensemble très
riche de moyens d'action et de modes d'interventions
Pour parvenir à ses fins, la non-violence utilise une panoplie
très riches de méthodes qui ont largement fait leurs
preuves, et toutes fondées sur le respect des personnes :
communication non-violente, médiation, droit, information
de l'opinion, non coopération légale, obstruction
civile, programme constructif
Le livre décrit surtout les luttes d'actions
collectives. Il se contente, par manque de place et c'est
le seul regret que nous formulerons à son égard
de décrire succinctement les autres possibilités
d'intervention : agression individuelle au coin d'une rue, dispute
de couple, bagarre de jeunes enfants dans la cour de récréation
Conclusion
La non-violence active est encore peu connue, et « traîne »
une réputation injustifiée de méthode naïve
et non-efficace. C'est d'abord une manière de penser le
monde, et de voir dans le pacifisme et le respect de « l'autre »,
la clé d'une civilisation avancée.
Elle nous incite aussi à considérer
la violence comme une maladie dont il faut nous défaire,
notamment par un travail personnel et l'éducation
des jeunes générations.
Tout le mérite de ce livre, très agréable
à lire, est de nous en convaincre.
- Sauveur
Fernandez -

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