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Une prise de conscience
salutaire
1992, la Convention de Rio signe avec l'Agenda
21 (1), un ensemble de recommandations concrètes pour le
21ème siècle, qui incite notamment à une
meilleure protection et éducation à
l'environnement.
Cette reconnaissance internationale
de la détérioration implicite de la nature par l'homme,
et de l'importance de sa sauvegarde, reste 10 ans plus tard et
malgré quelques réussites, marquée
de beaucoup de déceptions
et d'ambiguïtés.
Par exemple, la France, pays pourtant réputée
pour être un des plus soucieux de la protection de son environnement,
est le troisième état au monde pour sa consommation
de pesticides (responsables de la pollution de 94 %
des cours deaux nationaux). Au sud, la réserve naturelle
de Camargue, endroit le mieux protégé, voit pourtant
500 hectares disparaître chaque année
au profit de lagriculture, du tourisme, des infrastructures.
À l'heure où de lourdes menaces pèsent
sur notre environnement et ou les certitudes scientifiques
s'accumulent, il semble que l'homme soit incapable de protéger
son bien le plus précieux : sa planète. Qu'elle
en est la raison profonde ?
Bloquée
par une peur ancestrale
Au-delà des causes économiques, politiques,
culturelles, sociales, qui rendent ardue la protection de la nature,
il en est une, beaucoup plus cachée, insaisissable et
sourde qui prévaut sur toutes les autres : l'homme
occidental, maître économique actuel de la planète,
a peur de la nature
et de sa part d'animalité.
Le livre de François Terrasson met remarquablement
en lumière ce triste constat, responsable majeur
de nos problèmes. Il nous entraîne à la découverte
de nous même, sur un chemin humide et obscur, nimbé
de brouillard, semblant mener nulle part, accompagné par
des bruits assourdis et mystérieux
La conscience
abdique. Qui sommes-nous vraiment ?
Qu'est ce que la nature ?
S'il est difficile de donner une définition de la
nature qui satisfasse tout le monde, il reste un constat
: ce mot, abstrait entre tous existe dans néanmoins toutes
les langues ! Pour l'auteur, la nature, c'est ce qui existe
en dehors de toute action de la part de l'homme, et qui ne dépend
pas de sa volonté
La nature à ses propres lois et murs :
la mort est d'abord le processus d'une transformation,
la vie grouille, même sous une simple pierre.
Mais l'homme moderne ne comprend plus ces
forces mystérieuses, leur interaction : la mort est
devenue tragédie, la vie organique menaçante
(les insecticides, anti-bactériens, sont là pour
en témoigner).
Rupture
Dans le passé, en Europe, le berger était
un personnage à part. À la fois craint et respecté, il pouvait passer des semaines entières en solitaire
dans la nature avec son troupeau : n'était-il pas
un peu sorcier avec sa connaissances des simples et d'onguents
à usages troubles
Les sorcières, accusées
de forniquer avec le diable, étaient poursuivies impitoyablement.
Ce même diable, qui, comme par hasard, est pourvu dans l'imagination
populaire d'une queue et de cornes, comme un animal.
Il vit sous terre, dans les flammes. Un parfait symbole de notre
émotivité inconsciente, et refoulée
| « Nos
créations célèbrent par leur artificialité,
le reniement de la nature, et sa domination » |
Aujourd'hui, ces craintes se manifestent autrement.
Nous constatons ainsi au fil des pages que nos créations
champs agricoles dénudés s'étendant
fièrement à l'infini, autoroutes en ligne droite,
grands immeubles de verre et de métal s'élevant
dignement dans le ciel ont toutes un point commun
: elles célèbrent, par leur artificialité,
le reniement de la nature, et sa domination, le
rejet de la courbe, de l'organique.
Cette séparation radicale d'avec nos
origines a introduit une vision particulière de
l'existence : le ciel n'est pas la terre, l'émotif n'est
pas le rationnel, la nature et la culture sont deux choses bien
différentes. Idem le féminin et le masculin. Qui
l'emporte à chaque fois aujourd'hui ?
Pour ne pas comprendre et accepter
cette part indéniable d'animalité qui est aussi
en nous, génératrice d'émotions fortes
et de pulsions mal refoulées, beaucoup se retrouvent couchés
sur le divan du psychanalyste
Détruire ou maîtriser
De nos jours nous vivons apparemment un grand progrès
: la nature est dorénavant protégée,
nous dit-on. Vraiment ?
La création des parcs nationaux, par exemple,
n'est pas exempt d'un comportement trouble : au delà
de leur protection, c'est l'apartheid de la nature qui
est célébré ; qui dit réserve
dit non-réserve, ces vastes espaces quotidiens où
nous vivons, noyés sous le béton et le métal.
À l'intérieur des parcs mêmes,
le surbalisage de certains sentiers démontre aussi
que ce n'est pas le risque réel de se perdre qui est traité,
mais seulement celui de quitter les repères sociaux
et d'entrer alors dans le domaine de la pensée instinctive.
L'homme moderne ne se relâche jamais vraiment
Les « passeurs »
déchus
Mais posons-nous la question : ce rapport avec la nature
est il naturel, ou entretenu socialement au sein
d'une société ? Dans les sociétés
traditionnelles, le shaman, personnage clé de la
communauté, a la charge vitale d'établir et maintenir
un passage, un contact avec « l'autre coté »
: c'est lui qui décide véritablement à l'aide
de rites, de traditions, de la place de l'homme dans son
environnement.
En Occident, les druides, sorciers, guérisseurs,
bergers, pasteurs, ont su tenir un temps ce rôle, avant
d'être balayés par la modernité.
Il est dommage que le livre ne s'attarde pas plus
sur cet aspect essentiel de la culture occidentale : une
des caractéristiques premières de la modernité
est la notion de suprématie de l'homme sur la nature,
ainsi désacralisée. Ces convictions typiquement
occidentales, sont le fruit d'une longue évolution,
entamée dans l'antiquité grecque, poursuivie par
la religion chrétienne, accélérée
au siècle des lumières pour finalement donner le
jour à la révolution industrielle du siècle
dernier, et aux crises environnementales d'aujourd'hui. (2)
Conclusion : des
certitudes et émotions ambivalentes
L'homme moderne n'en est plus à une contradiction
près : il pense être le chef-d'uvre
de la nature, mais refuse d'être perçu comme lié
à elle. Il a fait Dieu à son image, et veut créer
de la vie sur Mars, alors qu'il la détruit chez lui.
En se détachant de la nature, en déniant
sa part d'animalité, la civilisation moderne a pris le
risque de ne plus la comprendre : les dysfonctionnement de
la science (pollution, vache folle), révèlent à
leur manière cette profonde rupture.
Partez à la découverte de votre
part de nature, et osez parcourir ce livre comme un chemin pouvant
mener bien plus loin que vous ne pensez
- Sauveur
Fernandez -

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