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Sea, sex, and pub
Octave
Parango est rédacteur publicitaire de luxe dans
une des plus prestigieuses agences de pub parisienne. Il conçoit
des scénarios de films publicitaires et des accroches pour
les affiches. Son talent, et surtout son salaire, 13 000 euros
par mois, font l'admiration et le respect de ses collègues
de travail.
Octave
est propriétaire d'un appartement de cinq pièces
à Saint-Germain-des-Prés (Paris), décoré
par Christian Liaigre, porte un costume Éric Bergère
et un caleçon Banana Republic. Il passe ses vacances à
Saint Barth', prend de la cocaïne à 100 euros le gramme,
et
a un faible pour le roadster BMW Z3 (6 cylindres en ligne et 321
chevaux). Bref, Octave est le rêve incarné,
l'idéal tant vanté par les publicitaires,
et tant désiré par des millions d'européens
moyens.
Heureusement
pour le lecteur avide de sensations, si tout le monde aime
Octave (et surtout sa réussite), celui-ci se déteste :
entre autres déboires sentimentaux, le
publicitaire hait son métier
et la pub, mais celle-ci ne le lui rend pas. Il n'en peut plus,
et cherche désespérément à se faire
virer, sans y parvenir ("Dans le hall de la Rosse, tu hurles,
mais personne ne t'écoute Virez-moi !").
Ses
arguments anti-pub se comptent à la pelle
Mais sont-ils vrais, ou n'est-ce qu'un roman de fiction ?
Roman-réalité
ou réalité romancée ?
Que reproche exactement ce malheureux concepteur,
à la main qui le nourrit ?
"Je suis le type
qui vous fait rêver
de ces choses que vous n'aurez jamais. Ciel toujours bleu, nanas
jamais moches, un bonheur parfait
Quand, à force
d'économies, vous réussissez à vous payer
la bagnole de vos rêves
je l'aurai déjà
démodée.
Je m'arrange toujours pour
que vous soyez frustré
Je vous drogue à
la nouveauté
il y a toujours une nouvelle nouveauté
pour faire vieillir la précédente
Vous faire
baver, tel est mon sacerdoce. Dans ma profession, personne
ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment
pas
"
Frédéric Beigbeder, l'auteur de ce
roman, à passé dix ans chez Young et Rubicam, filiale
française du plus grand groupe de publicité mondiale,
où il exerça le même métier que son
héros. Il sait donc donc de quoi il parle.
Pour la petite histoire, son employeur l'agence
Young et Rubicam le licencia pour faute grave, à
la lecture des épreuves du livre, avant même sa publication.
Et Beigbeder perdit son procès contre son ancien employeur,
en fin d'année 2001.
| «Les
messages délivrés par la pub ne sont pas sans
influence sur le cerveau des "mongoliens de moins de
50 ans
"» |
Les conséquences
du système pub sur la société
Avec dix-huit millions d'insertions publicitaires délivrées
par les médias, les messages délivrés par
ceux-ci ne peuvent être sans influence sur le cerveau des
"mongoliens de moins de cinquante ans".
Le romancier sait ainsi montrer du doigt certains
effets, encore méconnus, de l'abus de consommation
sur la société : perte de la biodiversité
des espèces végétales trois espèces
de pommes aujourd'hui, contre soixante auparavant 3 goûts
de camemberts normands, contre 10 auparavant, augmentation très
sensible des cancers de toutes sortes chez les jeunes adultes.
La société de l'information, tant vantée
(portables, Internet, fax, messageries
) prend le pas sur
celle de l'échange (parler à son voisin)
D'autres aberrations de l'idéologie
consommatrice sont pointées du doigt, au fil des pages
: la machine à laver incassable, et les bas qui ne filent
pas, existent, mais personne ne veut les commercialiser.
Nous vivons dans un système, qui, paradoxalement vend sciemment
de la mauvaise qualité pour assurer un taux de renouvellement
des marchandises, et assurer ainsi la croissance du fameux PIB
(Produit Intérieur Brut).
Les marchands bousculés
Sur les conseils des avocats de Grasset, certains noms
réels furent changés, afin de ne pas s'attirer
les foudres des entreprises les plus concernées (Danone
en Madone, Young et Rubicam en Rosserys & Witchcraft). Mais
la fermeture imposée par Danone à un site de contestation
Internet, en mai 2001 est une étape historique :
il devient désormais moins risqué en France d'insulter
un président de la république qu'un marchand. Démocratie
à deux vitesses ?
Conclusion
Ce roman, à l'écriture moderne, bourré d'humour,
est plaisant à lire, et fera passer de très bons
moments à ses lecteurs, tout en les instruisant sur un
milieu au sourire "Colgate". Seule la fin, porno-gore,
est sujette à caution.
"99 francs" vaut surtout pour sa description
carricaturée, mais réaliste du milieu
publicitaire, et son analyse pertinente de ses dégât
sur la société.
- Sauveur
Fernandez -

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