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Sur le gril'
L'invité surprise Novembre
2001
Dans les coulisses du salon
bio français Marjolaine : la sélection des exposants
Texte réactualisé par Anne Andrault
le 28 avril 2003
Interview
de Anne Andrault, responsable de sélection
Anne Andrault, 43 ans est spécialiste en produits domestiques naturels
et
éthiques (alimentaires, cosmétiques, d'entretien, textiles
),
et responsable
du comité de sélection des exposants (1) du Salon Marjolaine
à Paris, le plus
grand salon biologique de France.
En exclusivité, Anne nous conte l'étape primordiale que
représente l'admission d'un exposant, où l'éthique
joue un grand rôle.
Anne, qu'est-ce qui te faisait rêver,
enfant ?
Mon enfance à été heureuse, bien
qu'ayant eu une éducation rigide et une famille assez fermée.
Les grandes aventures, les mondes imaginaires, la nature, la forêt,
et les livres illustrés me transportaient et me fascinaient. Nous
voyagions beaucoup en France et en Europe.
Cet imaginaire très développé,
tourné vers la nature, m'a posé quelques difficultés
de compréhension de la réalité, une fois adulte,
mais m'a aussi permis de croire en certaines utopies, et donné
l'envie d'agir pour leur concrétisation.
En quoi consiste ta fonction de responsable
de sélection au sein de Marjolaine ?
Marjolaine est de plus en plus stricte dans le choix de
ses exposants. Il y va de sa crédibilité. Leur admission
repose sur une multitude de critères : étude des sociétés
ou artisans, (statut, taille, localisation, relations commerciales avec
leurs fournisseurs
), des produits (composition, fonction, lieu et
modes de fabrication
), et de leur communication publique (crédibilité
des messages et méthodes de commercialisation).
Je suis chargée de l'évaluation et de l'acceptation
des dossiers.
Quels sont les critères
les plus importants et les nouveautés ?
Je gère 7 grandes catégories :
- L'alimentaire : les produits doivent tous être issus
obligatoirement de l'agriculture biologique (certification européenne),
de Nature et Progrès, ou d'associations reconnues (par exemple,
Label Demeter pour l'agriculture biodynamique, ou "Les Simples"
pour les plantes médicinales).
- Les cosmétiques : nous sélectionnons les produits
les plus proches du cahier des charges de Nature et Progrès,
et, depuis 2003, du cahier des charges français Écobio
(deux nouveaux logos sont attribués par Écobio :
"cosmétiques écologiques" et "cosmétiques
biologiques").
Nous exigeons principalement l'absence d'ingrédients issus de
la chimie lourde (pétrole
), de conservateurs de synthèse,
de métaux lourds. Nous nous appuyons principalement sur des documentations
et des tests allemands, pays le plus avancé en ce domaine.
- Artisanat (vêtements, objets) : absence de fibres synthétiques,
promotion maximale des produits écologiques (coton, lin, chanvre
)
issus si possible de l'agriculture biologique. Teintures sans métaux
lourds.
- Produits de confort et de santé (sièges, appareils
de massage, aimants, lampes) : ce domaine est le plus délicat,
car la plupart des produits sont basés sur certaines théories
(points d'énergie du corps, champs électromagnétiques
)
difficiles à prouver et sujettes à controverses scientifiques.
En conséquence, nous éliminons les produits douteux, et
surveillons étroitement les risques d'abus du public.
- Habitat sain : ce secteur est en forte expansion. Nous privilégions
l'éco-construction, les habitats bioclimatiques et les énergies
renouvelables.
- Tourisme responsable : nous lançons cette année
une charte basée sur le tourisme responsable, élaborée
par Croq-Nature (2) et moi-même pour Nature et Progrès.
Au-delà des critères du tourisme éthique et durable,
nous privilégions les structures qui créent leurs propres
voyages…
- Presse, édition : nous favorisons les parutions sur
les grands principes fondateurs des nouvelles alternatives (énergies
renouvelables, liens sociaux, vie et économie locale) et supprimons
progressivement les éditions trop ésotériques (tarot,
cabale
).
D'autres critères généraux entrent
en ligne de compte : promotion du commerce équitable et des circuits
économiques courts, priorité aux fabricants par rapport
aux revendeurs
Ce n'est pas simple à gérer.
Quel est le taux de dossiers
rejetés ?
10 à 15% de dossiers sont rejetés. Nous donnons cependant
leur chance à certains de ces exposants pour l'année suivante.
Beaucoup tiennent d'ailleurs compte de nos remarques. Certains, acceptés
sous réserve d'évolution des produits, savent qu'ils seront
refusés l'année suivante s'ils n'ont pas effectué
les changements nécessaires.
"Les exposants
les plus intègres sont presque toujours ceux qui ne savent
pas se mettre en avant
"
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Les exposants sont-ils selon
toi, sincères dans leur conviction ?
La grande majorité est convaincue. Cependant, dans les compléments
alimentaires, les cosmétiques, et les produits de confort et santé,
nous rencontrons des opportunistes. Les conflits existent, et certains
commerçants sont refusés quand ils font preuve de
mauvaise volonté.
Comment juges-tu la communication de ces exposants
envers le public ?
J'ai constaté que les commerçants ou
sociétés les plus intègres et les plus innovants
sont presque toujours ceux qui ne savent pas mettre en avant leurs méthodes
de travail et l'originalité de leur produit.
Cela peut s'expliquer par le fait qu'une méfiance
spontanée existe encore à l'égard des techniques
publicitaires. Les exposants les plus opportunistes sont souvent ceux
qui les maîtrisent le mieux
Ce manque général de communication publicitaire
doit être amélioré, notamment au niveau du
message fondamental : la bio, ce n'est pas un produit, mais d'abord un
travail et un projet de société qui protège
et transmet des valeurs sociales et environnementales.
Cependant, le plus important me parait préservé
: la relation client-exposant durant le salon est excellente et passe
par le contact direct entre le fabricant et le consommateur. Du vrai marketing
"one to one" en quelque sorte
Il serait aussi bénéfique qu'existe une charte
de bonnes pratiques publicitaires, adaptée à ces produits.
Quelles sont les évolutions
prévues par Marjolaine pour mieux répondre aux attentes
des visiteurs ?
Nous travaillons sur trois axes principaux :
- La validation de technologies novatrices
(appareils thérapeutiques, chauffage, mobilier de confort
).
Il ne faut pas oublier que la Bio se fonde sur des théories très
innovantes qui doivent subir une période de maturation pour pouvoir
être pleinement acceptées.
- Privilégier les circuits courts et le lien
direct producteur-consommateur. Le but est de promouvoir une société
basée sur la proximité, le lien social et le développement
durable. Nous encourageons le contact direct entre fabricants-producteurs
et consommateurs. Ce dernier connaît mieux l'origine des produits,
le fabricant s'engageant personnellement. Le commerce, c'est aussi le
contact et l'échange relationnel.
- Renforcer la communication et la pédagogie
vers le consommateur. Les visiteurs du salon ont des profils très
diversifiés, et leurs attentes sont très différentes.
Nous renforçons progressivement la convivialité (signalétique,
panneaux d'informations) et insistons de plus en plus particulièrement
sur la dimension "projet de société" des produits
biologiques et écoproduits.
Les nouvelles alternatives sont-elles
promises à un développement majeur ?
Elles gagnent progressivement du terrain, mais je pense
qu'elles resteront minoritaires face aux fausses alternatives, comme l'agriculture
raisonnée par exemple. Les lobbies en place actuellement (nucléaire,
firmes pharmaceutiques
) restent très puissants. Seules des
catastrophes ou des crises majeures similaires à l'ESB pourraient,
à mon sens, renverser ces tendances.
C'est un triste constat, car une société
vraiment civilisée se caractérise par une volonté
de changement positif et progressif, et la certitude que le seul
véritable progrès qui vaille la peine d'être défendu
est le mieux-être de tous les hommes.
Au sein de Nature et Progrès nous
en sommes convaincus.
- Sauveur
Fernandez -
Depuis septembre 2002,
Anne Andrault participe à l'éconovateur en tant que spécialiste
conseil en écoproduits domestiques (alimentaire, cosmétique,
entretien, textile
). Travaille sur la valeur sociale des biens de
consommations.

Annexe
(1) Cette sélection est la responsabilité
de Nature et Progrès (Association de consommateurs et de producteurs
pour la promotion de l'agriculture biologique, à l'origine du mouvement
en France)
(2) Lien vers le site Croq-Nature
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