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L'invité surprise

Grande distribution
et société : le divorce

Par Sauveur Fernandez1er mars 2002

Interview de Christian Jacquiau, Auteur

Portrait de Christian Jacquiau Christian Jacquiau, expert comptable et commissaire aux comptes, est l'auteur d'un livre reconnu "Les coulisses de la grande distribution"*, qui mène l'enquête sur les grandes surfaces françaises.
À la recherche permanente de modes de production économiques soutenables, il s'implique beaucoup dans diverses associations, et prépare une suite à son livre. En exclusivité pour l'éconovateur, Christian fait le point sur les conséquences socio-économiques des pratiques commerciales des grands de la distribution.
*
Éd. Albin Michel, 18 Euros, 366 pages, parution 8 mars 2000

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Christian, qu'est-ce qui te faisait rêver, enfant ?
Autant que je m'en souvienne, j'ai toujours eu l'esprit rebelle. Épris d'indépendance et de liberté, je ne prenais rien pour argent comptant : je contestais tout ! Bien qu'issu d'une famille modeste, et ayant perdu mon père à quinze ans, mon enfance à été heureuse, avec des parents adorables.

Un moment très fort de ma jeunesse : mes vacances passées chez mes cousins dans une petite ferme en Normandie, comme on n'en voit plus qu'au cinéma : les animaux faisaient vraiment parti de la famille. Le commerçant passait directement à la ferme avec sa camionnette. Il y avait toujours des invités à table…

Sinon, j'ai vécu le passage à une agriculture productiviste, le remembrement agricole, les premières primes à l'arrachage des pommiers…

Comment un commissaire au compte en vient-il à écrire un livre sur la grande distribution ?
Nous sommes en quelque sorte les médecins généralistes de l'entreprise. J'ai souvent eu à m'occuper de petits et moyens entrepreneurs de tous secteurs, fournisseurs des grandes surfaces. Là, j'ai constaté très vite que les pressions exercées par ces dernières sur les premiers ne manquaient pas… Je pensais au début que ces faits étaient connus du grand public. Je me trompais. Il m'a paru naturel d'en faire un livre.

Quelle est ta définition de la grande distribution ?
Pour moi, c'est d'abord mettre en rapport un consommateur avec un maximum de marchandises en un lieu donné, au prix théoriquement le plus bas possible.

En quoi son mode de fonctionnement est-il sujet à critique ?
Ils vendent avant tout du prix, du pouvoir d'achat. Véritable trait de génie commercial (qui peut résister à un tel argument ?), ce concept… se paie en fait très cher :

ils n'ont pas de relation humaine directe et véritable, pas de vrais services relationnels. L'abondance de choix est trompeuse : ils vendent d'abord du volume, privilégient les produits de masse à gros débit. La qualité des biens vendus est médiocre, pour cause de pression excessive sur les fournisseurs, etc.

Mais la plus grande critique reste le principe des marges arrières… Théoriquement, leur marge bénéficiaire brute est de 10 %. Mais par une multitude de "services optionnels" – référencement privilégié, offres discounts, délais de paiement… –, imposés en fait à leurs fournisseurs, la marge véritable peut aller d'un rapport de un à quatre… Ce système est spécifique à la grande distribution française.

L'ironie de l'histoire est que les grands distributeurs français sont nés justement au lendemain de la deuxième guerre mondiale pour combattre ce même abus de marges, dû à l'époque à la multitude de petits intermédiaires qui profitaient du marché noir… Seulement, aujourd'hui, le problème n'est toujours pas réglé, car ils en bénéficient directement.

Ils nous vendent aussi de la sécurité. Hors, rien n'est plus faux. La mondialisation économique actuelle fait que, par exemple, un plat préparé peut-être composé d'une multitude d'ingrédients qui proviennent des quatre coins du monde. Une traçabilité "usine à gaz", très coûteuse et nécessairement imparfaite, est actuellement mise en place. Mais seule l'hygiène microbienne est prise en compte : l'aspect toxicologique est quasiment ignoré (pesticides, métaux lourds, etc.). Par sa pression systématique sur ses fournisseurs, écrasés par les fameuses marges arrières, la grande distribution contribue beaucoup à maintenir cet état de fait.

"Même les prix bas, l'argument choc, sont aussi sujets à critique…" 

Même les prix bas, supposés être l'argument choc, sont aussi sujets à critique : par exemple, une étude parlementaire a montré que sur 140 000 prix constatés, 500 sont réellement "discount".

Ces prix "cassés" ont aussi leurs failles. Au prix d'achat initial, le consommateur doit rajouter, sans qu'il s'en rendre vraiment compte :

– les prélèvements sur impôts (aides agricoles, frais d'infrastructures routières…),

– les dégâts sociaux (chômage, dévitalisation des quartiers et zones rurales),

– l'atteinte à l'environnement (faire ses courses près de chez soi engendre quatr fois moins de pollution et de nuisances qu'acheter les mêmes provisions dans un hypermarché de périphérie),

– le gaspillage énergétique (la production locale n'étant pas privilégiée, faire venir des marchandises des quatre coins du monde est coûteux en énergie),

déresponsabilisation internationale (qui contrôle l'impact socio-économique des produits fabriqués dans les pays émergents ?), etc.

La liste est longue…

Quelle est la spécificité de la grande distribution française, par rapport à ses homologues américains ?
Aux États-Unis, ils restent très spécialisés, et surtout, n'ont pas de marges arrières cachées, comme les français : ils respectent en gros les 10 % de marge classique. Ils sont durs en affaires, mais justes.

Ton livre est sorti en mars 2000. Deux ans plus tard, y a t-il eu des changements significatifs ?
La concentration est de plus en plus forte, en particulier à l'international. Par exemple, Conad, la deuxième centrale italienne, vient de faire alliance avec le français Leclerc pour créer une centrale d'achat commune. Les distributeurs français sont désormais au cœur de ce pays. Les pays de l'Est (Pologne…), le Sud-est asiatique prennent le même chemin.

Les grandes entreprises, Coca-Cola ou Mc Donalds, par exemple, sont souvent accusés de "profiter" de la globalisation économique. Mais les médias, dans leur ensemble, ne voient pas que la grande distribution est beaucoup plus sujette à critiques.

En France, le maillage continue et s'oriente vers le non alimentaire : jardinerie (Jardiland, Truffaud), sport (GO Sport, Décathlon), automobile (Centre autos de distributeurs, Norauto…). Il tiennent déjà 95 % de l'alimentaire. Ils pourront vendre des voitures à partir de cette année. Leclerc est déjà le premier bijoutier de France, etc.

Au niveau des réglementations officielles, il n'y a pas d'améliorations notables, malgré certaines nouveautés, comme par exemple la loi NRE (Nouvelle Réglementation Économique) apparue en 2001, censée assainir les rapports entre centrales d'achats et fournisseurs.

Que penses-tu de leur communication publicitaire ?
Le prix est évidemment l'argument "massue" mis en avant. Cependant, le jour où la société réalisera l'immense tromperie qui se cache derrière ce concept, ils risquent de tout perdre.

Leur discours publicitaire est aussi de plus en plus basé sur la convivialité. Mais c'est un mensonge. Les caissières n'ont jamais été payées pour ça. De toute façon, elles vont elles aussi bientôt disparaître, remplacées par des machines.

"La grande distribution est en train de réussir là où le communisme à échoué…" 

Quelles sont tes craintes dans un futur immédiat ?
Leur puissance commerciale est énorme, et leur donne une influence excessive sur la société : au fond, ce sont surtout eux qui vont décider du devenir des OGM, de l'agriculture raisonnée…

Ils peuvent aussi tuer les grandes marques (ils sont d'ailleurs en train de le faire avec leurs produits génériques mis déloyalement en avant en magasin et par leurs publicités). Ils ont beaucoup d'argent grâce aux marges arrières. Ils ont les moyens de leurs ambitions.

En fait la grande distribution, année après année est en train de réussir là où le communisme à échoué : arriver à instaurer un système à guichet unique, où la concurrence sera morte : un large choix de marques appartenant à une poignée de distributeurs, entretiendra l'illusion du choix.

Il est très probable que d'ici quelques années seules deux centrales existeront dans le monde. Imaginez quelles seront alors leur puissance et leur influence…

Y a t-il un réveil de l'opinion publique sur cette question ?
Mon livre à servi de base à des enquêtes journalistiques qui ont contribué à alerter les populations (France-Soir, Marianne, l'Entreprise, Charlie-Hebdo, l'émission télévisée "Ciel mon mardi" avec Dechavanne, etc.).

Les mouvements citoyens, comme par exemple Attac, les amis du Monde Diplomatique, s'intéressent aussi de très près au sujet.

Cette prise de conscience est positive. Mais le pouvoir politique, acteur majeur, agit toujours avec un pion de retard, et subit de plus une pression très forte de la part de la grande distribution, notamment par le biais d'actions de lobbying.

Que faudrait-il faire en particulier, à ton avis ?
Il faut à terme supprimer ce principe de marges arrières, nuisible à la fois pour le fournisseur et le consommateur. Une relation loyale entre l'hypermarché et les industriels doit être rétablie. Mais à l'heure actuelle, seules les pratiques abusives sont prises en compte.

Il faudrait en fait instaurer le principe du prix fixé à l'avance par celui qui fabrique, comme cela se pratique actuellement en France pour le livre, les médicaments, ou les cigarettes. On éviterait ainsi que les hypermarchés ne facturent par exemple la mâche 2,90 Euros les 250 grammes, alors qu'ils peuvent l'acheter jusqu'à 0,16 Euros le kilo…

Pour finir, que conseilles-tu au consommateur averti ?
D'abord bien mesurer que consommer, c'est en quelque sorte voter pour un choix personnel de société.

Ensuite, des solutions existent pour consommer autrement au juste prix : privilégier les circuits courts de distribution, la vente directe, les points de vente indépendants, les petits commerçants, les marchés bios de plein air, les produits biologiques et locaux…

Et puis, de saines réflexions sur l'acte d'achat même peuvent êtres menées : il ne faut pas dissocier le consommateur du citoyen qui sommeille en nous.

Sauveur Fernandez

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Capitaclysme, le site personnel de Christian Jacquiau

 

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