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Écotourisme : à la rencontre de l'autre Par Sauveur Fernandez  

15 juillet 2001 - Révisé le 25 novembre 2002

Visuel articleL'écotourisme, c'est tout simplement l'art de voyager en ayant pour idée maîtresse la rencontre de l'autre, la compréhension et le respect de son mode de vie, avec le souci constant de perturber le moins possible l'écosystème social et économique local.
Tout le contraire du tourisme mondial actuel… Mais fort heureusement une prise de conscience se fait jour…

Imprimer l'article : éco-prospective, critique, prospective, anticipation, voir autrement, démocratie, attentats, éthique, 11 septembre 2001, non violence, non-violence, pacifisme Recommander l'article Commenter l'article :

Les conséquence d'un palmier pour tous
Je me souviens encore d'une heure de philosophie en classe de Terminale ou notre prof' nous avait fait discourir sur les vertus du tourisme pour rapprocher les peuples de manière pacifique.

À la même époque, l'Île de Malte en Méditerranée entamait un énorme chantier pour préparer le pays à la manne touristique. L'année dernière, (quelques vingt ans après…) nous nous y sommes rendus avec ma compagne… et j'ai été effrayé de constater à quel point l'adoption d'une industrie touristique de masse peut transformer une petite île en succursale ensoleillée de Lafarge, et grandement détériorer la personnalité d'un pays…

C'est un fait, la transformation du tourisme en produit de grande consommation à bouleversé quelque peu les vertus pacificatrices espérées (664 millions de touristes en 1999, 1 milliard attendu en 2010*, une des plus grosses industries mondiales…).

Le touriste occidental "Lambda", tout heureux à l'idée d'avoir son palmier, son bout de plage et sa "séance-photo-dans-un-village-authentique" n'a très souvent pas conscience que l'empreinte qu'il laisse, en particulier dans les pays du Sud, n'est pas seulement celle de ses pieds. Voyons brièvement les effets les plus directs :

Faibles retombées financières du pays concerné : 80 % de l'argent du Tourisme revient aux compagnies aériennes, agences de voyage, hotels et autres compagnies internationales… Les magasins artisanaux des grands hotels importent souvent des produits "artisanaux industriels" ne faisant ainsi pas vivre les entreprises locales…

Poids et influences négatives du tourisme par rapport aux autres activités économiques : à Djerba, dans le sud de la Tunisie, les constructions d'hotels ont rapidement fait reculer les terres agricoles et les jardins au point que l'île produit désormais moins de 10 % de ses besoins alimentaires (Source Alternative économiques juillet-Août 2001).

Impérialisme économique des pays riches : au Belize, 90 % de l'ensemble du développement côtier du Bélize est entre des mains étrangères.

Peu de transferts de compétences : l'industrie touristique se targue à juste titre de générer des emplois. Cependant les embauches locales sont réservées aux "petites mains", les cadres étrangers remplissant les fonctions les plus qualifiées…

Dégâts environnementaux locaux et mondiaux : en 2015, la moitié de la destruction annuelle de la couche d'ozone sera causée par les transports aériens… Un cours de golf moyen en Thaïlande à besoin d'une tonne et demie de fertilisants et produits chimiques de toutes sortes par an, et use autant d'eau que 60 000 habitants locaux… Aux Philippines et aux Maldives, le dynamitage des coraux pour la construction d'hôtels a gravement endommagé les barrières de corail et fragilisée l'industrie locale du poisson.

Perte de l'identité culturelle : à Hawaii, des lieux d'inhumation ont été détruits afin de construire des complexes touristiques (Imaginez cela en France…). En Afrique de l'Est, la tribu des Massai à été déplacée de son territoire d'origine pour favoriser les safaris touristiques… Sans parler de l'influence du style de vie Coca Cola et lunettes Ray-Ban…

Prostitution : nul n'ignore que la Thaïlande est devenue depuis longtemps la maison close de la planète, et que certains pays limitrophes (Viêt-nam…) rêvent d'en faire autant…

Devant ce constat, des volontés se sont élevées depuis quelques années pour proposer un tourisme différent. Ainsi est né l'écotourisme…

L'écotourisme c'est quoi ?
La notion d'écotourisme fut définie pour la première fois en 1983 par le Mexicain Héctor Ceballos-Lascuràin - actuel directeur de la commission écotourisme de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Ce fut d'abord un concept crée pour décrire un voyage de découverte dans une nature préservée, avec l'accent mis sur l'éducation et la sensibilisation au milieu.

L'énoncé évolua par la suite pour intégrer la minimisation des impacts sociaux et économiques du voyage sur le pays traversé.

L'écotourisme, dit avec le cœur, c'est l'art de voyager en ayant pour idée maîtresse la rencontre de l'autre, la compréhension et le respect de son mode de vie, avec le souci constant de perturber le moins possible l'écosystème social et économique local.

"Ne laisser derrière soi que des empreintes de pied…"

Comment ça marche ?
Paradoxalement, à cause de la richesse des situations, il n'est guère aisé de décrire précisément les mécanismes de fonctionnement (voyage culturel, de plaisance ou de découverte de la nature ? Partir dans le Lubéron ou au Sénégal ? Par ses propres moyens ou en voyage organisé ?…). Voici cependant les grandes directions :

Éducation des touristes : nécessité d'une sensibilisation avant de partir. Prise de conscience de la force d'intrusion du tourisme, cesser de considérer le pays à visiter comme une carte postale "grandeur nature", choix d'un tout opérateur offrant des garanties, règles élémentaires de savoir-vivre, économies des ressources naturelles (eau…), acheter et manger local, attention sincère à la culture et la vie du pays, ne laisser derrière soi que des "empreintes de pied"…

Formation des professionnels :
Sensibiliser les employés et intervenants, instaurer une culture environnementale et culturelle locale.
Établir une charte de bonne conduite.

Respect de l'environnement et des ressources naturelles : veiller à ne pas léser les habitants en ressources (eau, électricité, pétrole…), à ne pas polluer (déchets, eaux usées en excès), à proposer des loisirs "responsables" et adaptés, (pas de terrains de golf, promouvoir des activités artistiques ou de découvertes), à établir une juste répartition des bénéfices, à soutenir et utiliser l'économie et les ressources locales…

Y a-t-il des labels ou certifications ?
Il existe actuellement au niveau international deux "écochartes" :

La charte du tourisme durable. La plus exigeante. Publiée à Lanzarotte aux Canaries en 1995 à à l'initiative de grands organismes (OMT, Unesco, Pnue, etc), elle est une application directe des principes du développement durable.

Le code mondial d'éthique du Tourisme, adopté par L'Office mondial du Tourisme en 1999.

Créées pour les professionnels du tourisme, ces chartes sont très récentes d'une exigence moyenne et encore peu appliquées à la lettre, les contrôles étant difficiles…

Elles ont aussi imparfaites et généralistes car comme vu plus haut, elles englobent mal la diversité des cas… Mais elles constituent en soi un progrès notable

Cependant des propositions plus adaptée se font jour, qui proposent un système de niveau ou d'étoiles, un peu comme les hotels actuellement, et qui ont le mérite d'éviter de faire de ce concept un chapeau fourre-tout où chaque voyagiste et chaque touriste en tirent ce qu'ils veulent…

Quelques familles
On peut en attendant distinguer par ordre croissant d'exigence plusieurs familles adaptées aux motivations de chacun. Soulignons que les termes proposées ci-dessous sont ceux adoptés le plus communément et ne font pas encore l'objet de dénominations définitives :

Le tourisme"nature", tourisme "vert" : sensibilisation simple aux préceptes de base : la "charte du voyageur" du voyagiste Atalante est un bon exemple (Ne pas donner de pourboires aux enfants…)

Le tourisme éthique : les plages et les crèmes solaires ne sont plus l'objectif premier. La rencontre avec les réalités du pays fait aussi partie du voyage. Le voyagiste Vacances Bleues avec son programme "voyager autrement" propose par exemple au Sénégal des rencontres locales avec des instituteurs ou des ONG actives de la région.

Le tourisme solidaire ou équitable : celui vise explicitement à utiliser le tourisme pour soutenir des projets locaux de développement et de solidarité, sur le même modèle que le commerce équitable.

L'écotourisme, tourisme responsable : le stade ultime "idéal" non encore dans les chartes consisterait à passer une partie de ses vacances à s'engager personnellement sur le lieu de ses vacances dans des projets de développements locaux. Quelques initiatives intéressantes commencent à émerger qui vont dans ce sens. (1)

Les dangers d'un concept "Marketisable"
En France la publication d'un "Guide du voyageur citoyen" édité par la FNAC cet été et proposant des séjours "éthiques" est une initiative louable allant dans le bon sens. Cependant les nombreuses critiques formulées à son égard (2) montrent bien les dangers et contradictions de ce genre d'action :

- Les touristes "consommateurs" renoncent difficilement à leur terrain de golf et à leur confort d'occidental aisé…

- Le "business" du tourisme, comme tous les autres secteurs économiques est pris dans une spirale infernale de devoir de rentabilité excessive et de concurrence acharnée due à la mondialisation économique actuelle…

Conclusion : une norme d'avenir
Le concept d'écotourisme, sur les traces du développement durable est un grand pas en avant.

Souhaitons que l'industrie touristique puisse donner l'exemple en entamant progressivement une véritable révolution "silencieuse" sans devoir subir pour cela des crises douloureuses comme celles de l'ESB, ou de l'amiante pour les autres secteurs…

Notons aussi la grande responsabilité des hommes de communication et des journalistes dans un travail de formation et d'éducation sur le grand public, l'état et les industriels…

Soulignons pour finir que la véritable clé de la réussite viendra surtout de la prise de conscience du consommateur. Lui seul par le pouvoir de sa carte de crédit pourra réellement - à l'instar de l'agriculture biologique ou des médecines parallèles - transformer le tourisme de grande consommation en passion de la rencontre de l'autre.

- Sauveur Fernandez -

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Notes

(1) pour une projection prospectiviste sur le tourisme "idéal" lire L'écotourisme en 2025.

(2) Voir pour les exemples l'article du magazine 60 Millions de consommateurs "Le tourisme peut'il être éthique ?" n° 352 - Juillet-Août 2001, page 20.

En savoir plus

Liens choisis sur l'écotourisme (chiffres, exemples, chartes de conduite…). Vous y trouverez les adresses des organismes ou agences citées dans l'article

Une interview d'Élia Imberdis, l'invitée surprise

Un guide et deux revues de presse sur le sujet.

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