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Éthique com' La communication responsable sur internet Par Franck Garnier Octobre 2002- Révisé
le 24 octobre 2002
Sommaire Introduction Introduction : le principe de responsabilité appliqué à la communication en ligne Le décollage laborieux de léconomie numérique peut, en partie, sexpliquer par une erreur dappréciation de lenvironnement Web commise par de nombreux professionnels du marketing et de la communication. En effet, nayant voulu voir dans Internet quun nouveau médium où il suffisait de transposer des méthodes éprouvées pour vendre encore et toujours plus, ces derniers ont négligé de prendre en considération des attentes pourtant déjà clairement exprimées par ceux sans qui ils ne pouvaient espérer atteindre leurs objectifs, les internautes. On sait que la population internaute a généralement un haut niveau déducation. Cette particularité la rend naturellement désireuse de faire lobjet de certains égards. Elle est aussi porteuse de valeurs très affirmées où dominent liberté dexpression, respect de lindividu, interaction, et transparence. Des valeurs qui en quelque sorte constituent la conscience du cyberespace, et dont les racines sont à chercher notamment dans les idéaux libertaires de la fin des années 60. Or, justement, lorsque les professionnels ont investi les lieux, ils ont tenté, et tentent encore, dimposer un ordre diamétralement opposé à ces valeurs. Un ordre opaque et basé sur la surveillance des moindres faits et gestes des individus et sur cette communication en sens unique quest le harcèlement publicitaire. Seulement voilà, grâce aux outils mis à leur disposition (sites, forums, listes de diffusion), les internautes nont pas tardé à sorganiser pour dénoncer ces méthodes mettant en péril non seulement leurs valeurs, mais aussi certains droits fondamentaux, au premier rang desquels le droit au respect de la vie privée. Résultat : une méfiance généralisée envers le commerce électronique s'est installée, qui en bride le développement et rend incertain son avenir proche (1). Doù la nécessité de créer un langage adapté, afin de répondre correctement aux attentes des internautes. Cet objectif, ambitieux, est celui que se fixe la communication responsable – et l'Éconovateur. Il intègre la notion de responsabilité dans toutes les actions de communication sur Internet. Pour les professionnels, cela implique de prendre des mesures concrètes dans 5 domaines :
Avertissement : ces 5 points constituent un guide pratique de la communication responsable sur Internet. Cependant, chaque entreprise ou organisation ayant ses propres spécificités, seuls les grands axes sont tracés : il importera toujours de personnaliser la démarche, pour une efficacité maximale. Nous consulter pour cela. I Respect de la vie privée
des internautes Depuis longtemps, l’obsession des spécialistes du marketing et de la communication publicitaire est de parvenir à une influence maximale sur les comportements afin d’inciter à la consommation. Par une observation attentive et assidue de nos sociétés, et des investissements importants dans la création de messages adaptés, ils ont obtenu de nombreux succès. Or, l’émergence d’Internet a fait apparaître une nouvelle obsession. Celle de passer définitivement (2) d’une communication en direction de segments de population, à une communication personnalisée (marketing one to one). Affichage dynamique de contenu et de bannières publicitaires, campagnes d’e-mail marketing, voilà que désormais miroite la possibilité d’adapter son message à chaque individu en fonction de son profil de consommateur. Mais pour cela, il existe un préalable incontournable et évident : le connaître. D’où la prolifération actuelle de méga-bases de données comportementales et de fichiers nominatifs. Pour le moment, l’exploitation commerciale des données personnelles a surtout eu pour conséquence l’engorgement des boîtes aux lettres électroniques des utilisateurs par des mails commerciaux émanant de sociétés avec lesquelles ils n’ont jamais eu le moindre contact. Les merveilles promises semblent encore bien loin. La situation actuelle est donc bloquée, car les internautes ne veulent pas consommer en ligne par manque de confiance, et les professionnels refusent de remettre en question leur stratégie. Pour sortir de cette impasse, la communication responsable propose de commencer par appliquer trois règles : l’autorisation préalable à toute collecte et utilisation de données personnelles, l’affichage et le respect des engagements pris en matière de protection de la vie privée des internautes. I/A– L’autorisation préalable
I/B– L’affichage des engagements Cette charte doit être facilement accessible, par le biais d’un lien se trouvant sur la page d’accueil. Elle doit être exhaustive, et rédigée dans un langage clair et compréhensible par tous. De plus, toute modification des termes de la charte doit être accompagnée d’un avertissement préalable auprès des personnes concernées, visant à leur offrir la possibilité de supprimer ou de modifier les données détenues par l’entreprise si elles estiment que les nouvelles dispositions ne protègent plus suffisamment leur vie privée. I/C– Le respect des engagements La charte de confidentialité ne devient un outil de communication efficace pour l'entreprise que lorsque celle-ci en respecte totalement les termes, et qu'elle peut faire valoir des actions significatives et concrètes en faveur du respect de la vie privée des consommateurs. II
Transparence Rédiger une charte de confidentialité pour informer sans détour de sa politique de protection et de respect des données c’est faire acte de transparence. Mais être vraiment transparent, cela consiste aussi à offrir un accès simple et rapide vers les mentions informant sur le nom de l'éditeur et des responsables du site, ainsi que sur ses actionnaires éventuels, pour évaluer leur degré d'indépendance. Enfin, c'est informer clairement sur la finalité du site. Cette considération est rarement prise en compte, pourtant elle est importante car les internautes sont régulièrement trompés par des sites à la finalité peu claire, ou cachée. Le « miracle » de la gratuité a tendance à les éloigner de cette réalité : la plupart des sites qui proposent du contenu ou des services gratuits ont quelque chose à vendre. Mais que vendent-ils ? Il peut s’agir de prestations de services, comme c’est, par exemple, le cas du site Econovateur.com, dont le contenu offert en libre accès vise à convaincre des compétences de ses consultants, et à acquérir une certaine « visibilité » : nous avons estimé qu’il était préférable, pour nous faire connaître, d’investir dans un site d’information, plutôt que dans des publicités classiques. Nous nous sommes donc efforcés de rendre cet objectif clair sur ce site (ce qui est de toute façon vital pour notre activité). Il peut aussi s’agir de vendre une audience à des annonceurs. Là, les régies qui sont chargées de gérer l’espace publicitaire d’un site doivent qualifier le plus finement possible les internautes afin de cibler leurs campagnes, et d’assurer la qualité de leurs services auprès des annonceurs. Pour y parvenir, la méthode la plus courante consiste à déposer un cookie (2) dans la machine de l’utilisateur au moment où s’affichent les bannières. Si le caractère anonyme de ce procédé garantit une certaine confidentialité des informations récoltées, il est tout de même souhaitable de commenter ce processus dans sa charte de confidentialité, et d’informer les internautes sur la façon dont ils peuvent configurer leur navigateur pour refuser ou supprimer les cookies. Mais surtout, l’unique finalité d’un site peut être la constitution d’un fichier d’internautes. Le cas le plus connu est celui des jeux gratuits et autres loteries en ligne, mais c’est aussi celui de nombreux services gratuits (e-mail, accès Internet…). Ici, l’objectif, qui n’est quasiment jamais exposé à l’internaute au moment où il s’inscrit, est de récolter des données personnelles. Ces informations vont ensuite alimenter une base de données qui sera revendue à d’autre sites. L’internaute voit ainsi ses données disséminées sans que lui soient offerts de véritables moyens de contrôle. Pour de tels sites, il convient donc de dédier une page expliquant clairement leur finalité, et de mettre en application les principes posés dans le point précédent.
III
Accessibilité L’Éconovateur se montre très préoccupé par le fait que les interactions médiatisées par ordinateur ont un caractère d’opacité difficile à rompre, et peuvent être à terme un facteur de délitement du lien social. Cette notion de lien social est très importante car il s’agit de s’interroger sur ce que serait un monde où toutes les transactions et démarches commerciales (achats, ventes…) ou publiques (paiement des impôts, vote…) se feraient par le biais d’un écran. Les seules personnes avec qui nous aurions alors un vrai contact seraient un cercle restreint : notre famille, nos collègues de travail (et encore si l’on ne vit pas du télétravail) et amis. Or, le lien social doit exister aussi, ne l’oublions pas, au niveau du collectif : dans la vie courante, entre un vendeur et ses clients, entre l’administration et les citoyens… Il s’agira donc de mettre en place des procédures qui réduisent cette distance entre les internautes et les membres du site, et facilite la mise en relation directe, c'est-à-dire physique des personnes. III/A– La relation entre les internautes et
les membres du site III/B– L’expression personnelle des
internautes et leur mise en relation réciproque De telles procédures ne concernent pas uniquement les entreprises. Elles sont aussi valables pour les sites des organismes publics. En effet, combien parmi eux n’offrent aucune possibilité de dialoguer avec un interlocuteur désigné pour cela ? Situation que l’on doit juger préoccupante à l’heure des grands projets d’administration électronique, car elle laisse entrevoir une disparition toujours plus accentuée de l’administration de l’espace public, une distanciation toujours plus grande entre ses agents et les citoyens. Là encore les promesses d’efficacité et de diminution des coûts à court terme qu’apportent les médias électroniques semblent privilégiées, mais sans qu’une réflexion ne semble engagée en parallèle sur les risques de destruction du lien social qu’elles sont susceptibles d’engendrer. IV Publicités sur le site IV/A– Choix des formats Les formats à éviter en priorité sont :
Ceux à manier avec précaution sont :
Et on préférera :
IV/B– Pas de publicité pour Big Brother IV/C– Pas de publicité avec Big Brother V
Séparation des contenus Ce dernier point est très important : il s’agit de respecter la capacité de jugement de chacun, en précisant toujours la nature de la communication fournie (commerciale, institutionnelle…) (5). Si la publicité intrusive vue plus haut a au moins le mérite d’apparaître clairement comme une publicité, il n’en est pas de même de certaines techniques appelées « hors-média » (publireportage, "buzz"…). (6) Pour cela un moyen simple peut être employé : un encadré, ou une mention, qui indiquent la nature de chaque texte : information, promotion, publicité… C’est, par exemple, ce que le journal Libération a fait sur son site. On peut d’ailleurs imaginer adapter cette technique aux autres médias afin d’atténuer le flou artistique engendré par le « hors-média ». Mentionnons qu’il n’est pas illégitime à priori que les entreprises entretiennent des accords commerciaux entre elles (affiliation commerciale, synergie entre entreprises différentes mais appartenant au même groupe) : ceux-ci doivent seulement être clairement mentionnés. La voie de la communication responsable n’est pas celle des « anti-pub ». Elle ne milite pas non plus en faveur d’une vision « non-marchande » de l’Internet. Elle prétend par contre contribuer au développement sain et durable du commerce électronique en recherchant en priorité des solutions respectueuses de l’environnement Web et des valeurs et droits des internautes. Pour cela, il est indispensable que les professionnels soient mieux formés aux particularités des usages du Réseau, et soient conscients de leur responsabilité sociale (à l’ère des Enron et Worldcom il n’est pas inutile de le rappeler). Ils seront ainsi plus aptes à répondre aux attentes des internautes par rapport à cet outil. Ils doivent avoir aussi pour ambition de concourir au développement harmonieux d’Internet au sein des sociétés humaines. Vaste programme en apparence, dont les termes peuvent se résumer dans cette alternative : faire le choix de se servir d’Internet pour imposer des besoins, ou pour répondre à des besoins.
Avertissement : ce dossier nintégre pas volontairement un aspect fondamental de la communication responsable, et qui concerne tous les supports de communication : la valeur éthique du bien de consommation (produits et services). Le produit ou service proposé au client doit faire aussi lobjet dune réflexion approfondie, qui doit être menée parallèlement à la façon dont celui-ci est vendu. En savoir plus. – Franck Garnier – Franck Garnier, 31 ans, est spécialiste de la protection des données personnelles sur Internet, et consultant en déontologie de la communication et du marketing online. Il étudie aussi les rapports sociaux dans le cyberespace, et les nouveaux enjeux de lidentité à lère des réseaux numériques.
(1) En 2002, seulement 19 % des internautes français consomment en ligne (d’après l’enquête de Taylor Nelson Sofres, « Global e-commerce Report 2002 »). – (2) Avant l’ère Internet, certaines très grandes entreprises (banques, vente par correspondance…), possédaient déjà des fichiers très élaborés (jusqu'à plusieurs centaines de critères) sur chacun de leurs clients. Le Web a surtout démocratisé les outils « one to one ». – (3) Le cookie est un petit fichier texte qui est déposé par un serveur (site ou régie) dans la machine de l'internaute. Il permet ainsi d'identifier cette machine à chaque visite, de connaître les pages et les bannières vues. – (4) Par exemple, une étude du Journal du Net datant du mois d’avril 2002 montre que les pop-up sont jugés gênants, voir très gênants par 93% des internautes. Sur le caractère intrusif du pop-up, on lira aussi l’article de bigben-pub.com. Enfin, on rappellera que le fournisseur d’accès Earthlink (numéro trois aux Etats-Unis) vient de proposer à ses abonnés de naviguer sur le Web sans pop-up (un article sur le sujet) , et que le site iVillage vient lui aussi d’abandonner ce format (un article sur le sujet). – (5) Une étude datant d’avril 2002, réalisée par Princeton Survey Research Associates pour le compte de Consumer WebWatch, indique que 68% des internautes veulent pouvoir identifier précisément les sources des informations présentes sur le site et 65 % savoir qui est derrière ce même site. (6) Le hors-média est l'art de « communiquer » avec le consommateur en dehors des espaces médias alloués classiquement et clairement à la publicité, (radio, TV, presse, affichage etc.), et sans que celui-ci ne s'aperçoive vraiment de la nature commerciale du contact. Pour en savoir plus lire « Hors-média, quand la pub avance masquée ». Toutes les prestations
professionnelles de l'éconovateur.
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