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Communication

Critic com'

Dans la jungle
des cosmétiques
pseudo-naturels

Par 
Anne Andrault

Mai 2002 – Première partie 1/2
Révisé en Juin 2004

 

Visuel pub à deux visages

La publicité pour les produits cosmétiques nous assure que la nature veille désormais sur la beauté et la santé de notre corps, suggérant que chaque produit vanté saura nous apporter ces fameux éléments bienfaiteurs naturels. Qu’en est-il vraiment ?

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La lame de fond industrielle des « bienfaits » de la nature
Le marketing de la nature :
La forte tendance actuelle au retour à la nature, et à ses valeurs de bienfaits et de protection, a incité depuis quelques années les industriels à proposer des gammes cosmétiques prétendument composées d’ingrédients naturels. Ces produits réussissent souvent le tour de force remarquable de rassembler sous un même flambeau, « Bien-être et Beauté ! », sagesse de la tradition et avant-garde technologique. Bref, la fusion retrouvée avec la nature et l’idéalisme technologique de l’homme moderne.

Les fabricants utilisent 4 arguments principaux pour leurs produits de beauté dits naturels : le côté « nature », le côté « soin », le côté « artisanat et tradition », et le côté « technologie de pointe » :

– par « nature », on sous-entend que ces produits vous livrent la nature telle que, dans toute sa bonté et sa générosité de déesse mère ;

– par « soin », on affirme que des principes actifs vont soigner votre peau ou vos cheveux par définition malades et pouvant être soignés de l’extérieur ;

– par « artisanat et tradition », on prétend que les produits sont élaborés par des procédés traditionnels hérités de la sagesse populaire du passé ;

– par « technologie de pointe », enfin, on vous rassure, la nature étant domptée et sous bonne garde, on vous désigne comme récipiendaire privilégié(e) de ce qui se fait de mieux sur le moment.

Vérités et mensonges des efficacités présumées :
Contrairement à ce que vantent la plupart des publicités, la qualité d’un produit de beauté se trouve d’abord dans les matières de bases – excipient, base lavante – et non dans les principes actifs mis en valeur sur les étiquettes, et qui représentent généralement un pourcentage infime (parfois 1 pour mille : acide hyaluronique pour l’hydratation de la peau, vitamine H…).

En effet, les matières grasses végétales brutes et les cires naturelles utilisées comme excipient sont elles-mêmes une mine de principes actifs : elles aident la peau à reconstituer sa protection hydrolipidique en fixant l'humidité et facilitent l'absorption d'autres agents actifs. L'huile de paraffine est par contre l’exemple type d’un déchet de l’industrie du pétrole très couramment utilisé en cosmétique, purifié mais sans aucune action positive.

En outre, les principes actifs mis en avant sont rarement assimilés directement par la peau et n’ont d’efficacité très souvent que marketing : les molécules de collagène, par exemple, sont trop grosses pour pénétrer à l’intérieur du tissu conjonctif qu’elles sont sensées rajeunir, et n’ont qu’un effet hydratant (et encore…) ; la kératine des cheveux, elle, est une protéine morte qui ne peut absorber ni vitamines ni protéines ni acides de fruits, ni rien : les substances coiffantes ne font que colmater les brèches des cheveux abîmés sans les réparer en aucune manière.

Soulignons que les ingrédients ayant vraiment des actions thérapeutiques et ceux pouvant pénétrer dans le système veineux sont interdits dans les cosmétiques (sinon, ils deviendraient des médicaments).

En revanche, certains ingrédients très courants, tels que les PEG (polyéthylène glycols), pourraient être responsables de certains points noirs et acnés. Quantité d’autres ingrédients sont allergènes, et on ne sait quasiment rien de leur action lorsqu’ils sont combinés.

Qu’entend-on au juste par produit naturel ?
Avant d’aller plus loin, je voudrais préciser rapidement ce que nous entendons par « naturel » lorsqu’il s’agit de cosmétique. La cosmétique fait appel à la technologie et à la chimie à tous les niveaux, et ceci est quasi incontournable pour des raisons d’hygiène. Mais il y a technologie et technologie, chimie et chimie. On m’a déjà rétorqué que tout ce qui existe en cosmétique est naturel, puisque, si on remonte suffisamment loin dans la chaîne de production, tout, absolument tout vient de la nature. C’est vrai… mais seulement en apparence.

De nombreuses molécules utilisées en cosmétique n’existent pas en fait dans la nature – même si leurs composants évidemment en proviennent (molécules de synthèse). L’écosystème cellulaire ne « reconnaissant pas » ces molécules inventées de toutes pièces, des conséquences inattendues peuvent survenir (irritations, réactions d’intolérance, allergies…).

– Certaines de ces molécules de synthèse peuvent, en se dégradant, libérer des composés toxiques (formaldéhydes, dioxanne, par exemple) non assimilables, donc avec des risques de réactions indésirées (des molécules toxiques sont aussi produites par le métabolisme du corps, mais le corps met alors en œuvre ses propres mécanismes d’élimination et de régulation).

– Certaines peuvent endommager les cellules (formaldéhydes qui dénaturent les protéines) ou se fixer dans les tissus (sels d’aluminium).

– Certains procédés d’extraction des principes actifs peuvent également laisser des traces de toxiques qui gâchent le produit fini alors même que l’ingrédient de départ était de bonne qualité (chlorure de benzalkonium, nitrosamines, dioxine, par exemple).

« Les ingrédients naturels subissent peu de transformations, laissent peu de résidus, et sont recyclables et biodégradables »

Nous réserverons donc le qualificatif « naturel » qui, je le précise ici, n’a pas de définition légale, aux ingrédients et aux composés dont l’élaboration n’a pas nécessité l’intervention de manipulations chimiques ou technologiques lourdes, coûteuses en énergie, polluantes, et qui modifient abusivement ou totalement le composant d’origine. Les ingrédients « naturels » ont subi, eux, peu de transformations – principalement des transformations mécaniques et chimiques primaires, telles que la distillation, la cuisson ou le filtrage mécanique, la fermentation et l’oxydation – laissent peu de résidus et sont aisément recyclables et biodégradables. Les résidus de l’industrie pétrolière, même neutre sur le plan dermatologique, ne peuvent évidemment pas entrer dans cette catégorie.

Le point sur les réglementations officielles, et leurs lacunes
Les réglementations officielles :
Une décision de la Commission européenne de 1998 oblige les laboratoires à mentionner sur les emballages tous les ingrédients (ou presque) selon des règles précises de nomenclature, les ingrédients étant classés par ordre décroissant de concentration, comme dans l’étiquetage alimentaire, mais pour les premiers ingrédients seulement. Rien n’empêche ainsi de placer un extrait de fruit à 0,001 %, bien avant un conservateur toxique à 0,1 %…

Soulignons d’autres lacunes de ces formules INCI : elles ne donnent pas la concentration et ne précisent pas non plus les procédés de fabrication ni la partie de la plante utilisée. (1)

Les réglementations « bio » :
L’appellation bio n’est réglementée que pour les produits alimentaires. On peut encore l’utiliser en cosmétique sans que cela fasse référence à l’agriculture biologique. Mais des cahiers des charges existent (BDIH en Allemagne, Nature et Progrès, Cosmébio, Qualité France en France) qui interdisent ce genre d’appellations sans utilisation de produits biologiques.

Petit shopping Parisien
Rendons-nous maintenant dans des magasins de marque, un supermarché et une pharmacie d’un quartier à la mode de Paris, et étudions les étiquettes des gammes proposées : Body Shop, Yves Rocher, L’Occitane, Phyto, Garnier, le Petit Marseillais, Phocéenne de Cosmétique, Dove, Klorane, Palmolive, Cottage, Ushuaïa, Tahiti, P’tit Dop, L’Oréal Kids, Monsavon, Laura Ashley, et divers produits sans marque particulière.

Toutes les marques ci-dessus, à l’exception de la Phocéenne de cosmétiques pour ses savons, utilisent des composants chimiques de synthèse dont certains sont peu recommandables, et seuls Body Shop, Klorane, La Phocéenne de cosmétiques et L’Occitane utilisent réellement quelques ingrédients d’origine naturelle. Il est impossible cependant de classer ces marques parmi les marques naturelles ou bio. Quant à notre supermarché, qui se vante de préoccupations écologiques, il ne propose, à part des savons, aucun produit méritant l’appellation « naturel ».

Revenons-en aux étiquettes et étudions les cas où la différence entre le discours marketing et la réalité du produit est la plus flagrante, voire touche à la tromperie.

L’ARGUMENT NATURE

« Nature pour l’Homme », 93 % d’ingrédients naturels
Facile ! c’est de l’eau et de l’alcool ! Le reste par contre est 100 % chimique (colorants, parfums et conservateurs). Voici un cas type de produit banal bien présenté…

« Bio-cure » et « Bio-vitalia »
Rien de bio, ni d’ailleurs de bien naturel dans ces gammes.

Slogan : « Il y a dans la nature des ressources immenses pour la beauté des femmes »
C’est vrai, mais la marque qui affirme cela sur ses vitrines propose des produits dont la composition n’offre quasiment aucune de ces ressources et se contente d’ingrédients de synthèse bon marché. Il ne suffit pas d’ajouter un extrait de lavande ou de rose à de l’huile de paraffine pour créer un produit « naturel » relaxant ou calmant. Quant aux silicones utilisés, leur fabrication n’a strictement rien de naturel et sont à peu près 100 % non biodégradables.

Une « Eau de Cologne naturelle » vendue en supermarché contient :

– un anti-oxydant suspecté d’être cancérigène ;

– une substance épaississante (PEG, pour polyéthylène glycol) issue d’une chimie dangereuse, l’éthoxylation (utilisant l’oxyde d’éthylène toxique et hautement explosif), chimie des gaz de combats particulièrement réactifs et toxiques, neutralisés par divers procédés chimiques de purification ;

– un filtre protecteur contre la lumière, de synthèse et toxique ; et cinq colorants synthétiques, tous non recommandés, dont un est interdit aux USA dans la zone des yeux (on utilise souvent les eaux de Cologne en après-rasage, donc près des yeux), et deux qui ne devraient rester qu’en contact court avec la peau (or, on ne rince pas une eau de Cologne).

« Magic Garden »
Eau de toilette vendue par une marque de vêtements plutôt haut de gamme, connue pour ses motifs floraux. Bien sûr rien ne vient du jardin, et à un prix franchement excessif que seule la qualité de l’emballage peut justifier. Le « Natural Spray » de la même marque contient un anti-oxydant peut-être cancérigène et de plus inutile puisque le produit ne contient rien de naturel risquant de s’oxyder !

Quand aux couleurs vertes, aux petites feuilles et aux fleurs chatoyantes, elles envahissent les étiquettes mais ne sont que des alibi à des produits industriels classiques « relookés » nature.

L’ARGUMENT SOIN

« Douceur », « Extra doux »
Ces appellations fleurissent, principalement au rayon enfants, mais attention, elles peuvent cacher des formulations tout à fait corrosives et allergisantes. Certains produits donnent effectivement une impression de douceur, mais dans la plupart des cas il s’agit d’huiles minérales dérivées du pétrole qui empêchent les pores de respirer en déposant un film occlusif sur la peau, et ne devraient pas être utilisées quotidiennement. La principale douceur de ces huiles est pour le porte-monnaie du fabricant, car elles sont très bon marché, faciles à travailler et à conserver.

« Hypoallergénique »
On peut trouver même dans des produits portant ce qualificatif des bases irritantes ou allergisantes ainsi que des conservateurs dont certains sont même interdits aux USA.

Appellations « Aux fruits », « Aux plantes », « Aux huiles essentielles »
Les acides de fruits, les extraits de plantes et autres huiles essentielles peuvent effectivement apporter un plus aux cosmétiques. Encore faut-il qu’il y en ait réellement dedans, ce qui n’est pas toujours le cas. Là aussi on joue sur l’ambiguïté? :

– Un lait au pamplemousse contient de l’acide citrique et du parfum « pamplemousse ». Pas un milligramme de vrai pamplemousse là-dedans.

– Un produit « Douche aux huiles essentielles » fleur de passion, d’une marque assez « nature », n’indique aucune huile essentielle dans sa composition, et pour cause, cette huile essentielle n’existe pas. Il s’agit donc d’un parfum recrée, comme l’indique fort honnêtement le dos de l’étiquette. Alors pourquoi mettre en avant « aux huiles essentielles » ? Dans la même gamme, la douche Monoï contient 3 pour mille de vrai extrait de monoï, le reste étant « recréé » (dixit l’étiquette).

– Un shampooing très populaire pour enfants, « Fruits exotiques », contient 0 % de fruits. Il s’agit d’un parfum de synthèse : aucun principe actif de fruit n’est utilisé.
Les « Eaux de fruits » et l’Eau de Cologne à la mandarine ne contiennent pas non plus d’extraits naturels.

– Un savon « aux huiles essentielles et au miel » n’a pas d’huiles essentielles dans sa formule. Quant au parfum miel, il faut le savoir, il est toujours synthétique ; le miel, lorsqu’il est utilisé en cosmétique, ne conserve pas son odeur dans le produit fini.

– « Au pamplemousse et au thé vert dans de la crème »
Il y a bien des extraits de pamplemousse et de thé vert, connus pour leurs effets bénéfiques, mais où est la crème ? Dans un seul des cinq ou six produits se réclamant des bienfaits des produits lactés pour la peau, j’ai trouvé de l’acide lactique.

L’ARGUMENT ARTISANAT ET TRADITION

« Alun », « Pierre de cristal »
L’alun est un déodorant, antiseptique et cicatrisant de la peau utilisé après le rasage depuis très longtemps et vendu comme produit naturel traditionnel. Mais attention car il s’agit ici de sels d’aluminium, dont certains sont soupçonnés de forte toxicité (s’accumulent dans le cerveau) et qui risquent d’être bientôt interdits dans tout ce qui entre en contact avec la peau car, solubles, ils peuvent être assimilés lorsque la peau est humide. Tradition ne veut pas forcément dire innocuité. Les spécialistes ne sont pas tous d?faccord sur la toxicite?L potentielle des sels d?falun. Dans le doute, abstenons-nous !

« La quasi-totalité des parfums, fragrance et autres bonnes odeurs sont élaborés synthétiquement »

« Parfum de Grasse »
Il faut savoir que la quasi-totalité des parfums, fragrance et autres bonnes odeurs sont élaborés synthétiquement car les parfums naturels ne se conservent pas bien dans le temps et leur gamme est fort réduite. De plus, certains parfums, chèvrefeuille ou violette par exemple, n'existent pas en huiles essentielles, leurs absolus utilisés en parfumerie haut de gamme sont hors de prix. Ceux que vous trouvez dans les rayons sont donc des compositions, chimiques ou naturelles.

Sachons le : un parfum élaboré à Grasse, malgré la référence au passé artisanal de l’industrie du parfum, peut n’être ni naturel ni artisanal.

Savons « Nature et Tradition », 100 % végétal
Le hic pour ces savons, par ailleurs de bonne composition, c’est que l’emballage façon artisanale et la caution « Nature » apportée par le logo de l’ONF permettent de les vendre très cher, nettement plus cher que des savons équivalents vendus en magasin bio. Un bon coup marketing.

Une grande marque connue pour son image « artisanat et tradition » propose des produits de qualité très irrégulière :

– dans un savon très correct à la base, on ajoute un vilain chimique inutile qui donne cependant bonne allure au savon ;

– on utilise de la silicone et de la paraffine dans les laits, de la silicone pour adoucir un shampooing qui n’a rien de spécialement doux par ailleurs, la paraffine (très bon marché, très stable) côtoie un zeste de cire d’abeille dans les parfums solides et le maquillage ;

– certains produits ont une composition correcte, mais leur prix très élevé n’est justifié que par l’image artisanale qu’on se donne (2 à 3 fois plus cher que les deux marques naturelles les plus répandues).

Quant aux ingrédients labellisés « commerce équitable », ils ne représentent qu’une part somme toute minime de certaines gammes de la marque qui en fait la promotion. C’est toute l’enseigne qui bénéficie de l’aura « commerce équitable », alors que les produits contiennent malgré tout une majorité d’ingrédients industriels, dont des toxiques et des non-biodégradables, qu’il est dommage de trouver à côté de certaines matières premières de bonne qualité.

L’ARGUMENT TECHNOLOGIE DE POINTE

La recherche technologique en cosmétique est phénoménale (plus de 1000 chercheurs chez L’Oréal, avec des budgets énormes). Mais les résultats, sont-ils à la hauteur des investissements ?

– les fameux liposomes, par exemple, chargés de véhiculer les principes actifs jusqu’aux cellules, sont pour la plupart tout bonnement détruits à l’extérieur de la peau ;

– certains de ces liposomes peuvent déshydrater et renforcer des carences de la peau au lieu de l’hydrater ;

– une « nouveauté » vendue très cher s’avère n’être qu’un nouveau procédé de fabrication améliorant sans plus la durée d’efficacité hydratante du produit.

Les produits qui proposent une jeunesse retrouvée n’ont qu’une efficacité infime qui n’égalera jamais celle d’une orange bien juteuse ou d’une bonne nuit de sommeil.

Quant aux arguments du type « utilisation scientifique de la nature », s’ils peuvent rassurer quant à la bonne qualité hygiénique des produits, ils ne sont pas un gage de présence de bases (excipients) naturelles ni de principes naturels actifs.

Rappelons un point souvent ignoré des manipulations « high-tech » : des substances naturelles trop manipulées et isolées de leur environnement moléculaire peuvent devenir totalement inassimilables et inefficaces, dans les cosmétiques comme dans les médicaments. De plus, la plupart des chercheurs des grands groupes ont des paradigmes de recherches issus de la science classique : utilisation du pétrole et de ses dérivés comme matières à tout faire, manie de la création systématique de molécules nouvelles…

Concrètement, la palme de l’arnaque « high-tech » revient à une marque vendue en pharmacie, faisant référence à la phytothérapie, et qui contient quelques extraits de plantes… parmi beaucoup d’ingrédients chimiques ordinaires.

– L’originalité ici est d’avoir surligné en bleu ou en vert sur les étiquettes les ingrédients « d’origine végétale », pour les distinguer de ceux qui ne le sont pas, afin de montrer que ceux d’origine végétale se taillent la part du lion. Seulement voilà, les matières premières végétales sont traitées de telle manière qu’on ne peut pas considérer le résultat comme un ingrédient « naturel » selon la définition proposée plus haut. Et pour certains, l’appellation « origine végétale » est franchement abusive (PEG ou polyquaternium).

L’arnaque est flagrante parce qu’on annonce ici « phytothérapie », discipline confisquée par les pharmaciens, alors que les ingrédients sont issus de la chimie lourde, en contradiction flagrante avec la phytothérapie traditionnelle qui utilise des matières premières quasi brutes.

Quand au grand prix de la subtilité toutes catégories, je l’attribuerais à une marque qui milite pour la nature, « s’engage à n’utiliser que des matières premières renouvelables », dont « les chercheurs étudient les pouvoirs extraordinaires des plantes et des arômes du monde entier. [Ils] utilisent le meilleur de la technologie pour vous en apporter les bienfaits », et ne propose somme toute que des produits absolument classiques, sans aucune originalité technologique (2).

– On nous porte également à croire qu’il s’agit d’une équipe d’ethno-pharmacologues, aventuriers et scientifiques à la fois, qui crée pour nous des produits innovants issus des traditions millénaires : il n’en est rien car les parfums proposés sont très ordinaires : vanille, fruits exotiques, menthe… et on n’y trouve pas de principes actifs ni de procédés de fabrication originaux. Sans commentaire.

Prudence est mère de tous les bons achats
La publicité et le packaging des cosmétiques savent exploiter avec habileté le créneau « nature » si à la mode aujourd’hui. L’utilisation incantatoire de formules à fort effet marketing vient se substituer à bon compte à l’utilisation de matières premières réellement naturelles et de procédés de fabrication respectueux des consommateurs.

Derrière une pub qui « respecte la nature des femmes », se cachent bien souvent des produits synthétiques et standardisés, dont l’efficacité apparente est loin de provenir directement de la nature, utilisée surtout comme argument décisif de vente.

Suite de l'article : comment choisir et bien utiliser les produits cosmétiques naturels. Quelles sont les marques de confiance ?

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Notes

(1) Bien que la lecture de ces listes soit un réel défi pour un profane, il est dorénavant possible de se procurer un livre en français « La vérité sur les cosmétiques », de Rita Stein, auprès de Bleuvert (1156 ch. de la Sourdaine, 84140 Montfavet). Ce livre, véritable mine d’or, propose une liste d’environ 1200 composants couramment utilisés avec une grille de notation selon des critères de toxicité pour la santé et pour l’environnement, ainsi que d’efficacité.

Vous pourrez ainsi décrypter rapidement les étiquettes, et vérifier la présence potentielle de ces fameux « bienfaiteurs » de la nature !

(2) Ces produits contiennent :

– deux tensio-actifs et deux émulsifiants issus de la chimie lourde, toxique et explosive ;
– un solvant chimique pouvant déclencher des allergies de contact ;
– un agent formant un film sur la peau non bio-dégradable ;
– un conservateur pas terrible, interdit aux USA ;
deux démêlants anti-statiques chimiques de synthèse peu biodégradables et dont un est irritant.

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