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Main basse
Lhistoire de lappropriation des Fleurs de Bach par une société anglaise est un excellent exemple de la manière abusive dont certaines personnes peuvent commercialement tirer parti de la valeur éthique dun produit. Le milieu de la bio et des alternatives nest pas à labri de telles récupérations. Plongée dans un cas école. Les biens conçus et produits de manière alternative au-delà de leurs qualités nutritives, de leurs bienfaits pour la santé, lenvironnement ou le social contiennent en eux une richesse issue de liens humains renforcés et d'un nouveau rapport entre lhomme et la nature. L'exploitation commerciale d'une telle éthique, sans être condamnable, peut facilement, sans règles fermes, conduire à des abus. Exemple avec la société Nelsons, fabricante de remèdes basés sur le principe des Fleurs de Bach. Introduction : les Fleurs de Bach Élaborées à partir de fleurs et de végétaux, et conservées dans du Cognac, ces préparations permettent de soigner des personnes souffrantes en fonction de leurs états émotionnels, de leurs humeurs, de leurs états dâme, et selon la manière dont ils considèrent la vie et leurs relations avec les autres. Ces remèdes, à l'instar de l'oméopathie, sont dénués d'effets secondaires. A lheure actuelle, les élixirs floraux, dune efficacité avérée, sont connus et utilisés dans le monde entier par des centaines de milliers de personnes. De nouvelles fleurs ont été étudiées et sont utilisées dans des préparations que fabricants et distributeurs, de petites structures pour la plupart, sachètent pour diversifier loffre et vendent dans des circuits spécialisés (diététique, pharmacie, alimentation biologique). Lidéal originel anti-commercial
du Dr Bach Son ouvrage « Les douze guérisseurs et autres remèdes » a été publié très vite, afin que le mode demploi des remèdes puisse être assimilé sans connaissances médicales spécifiques, et que ces remèdes puissent être utilisés à la maison. Il se réjouissait que « leur renommée sétend[e] à travers le monde » et que leur succès dépasse « les espérances et les attentes de ceux-là mêmes qui ont voué leur existence à cette cause : soulager les malades. » (Lettre du 22 octobre 1936 à son éditeur). Tel était lesprit dans lequel il légua ses remèdes à lhumanité. Mais lHistoire démentira ses propos. Quelques faits historiques 1. Transférer lactivité dans le domaine
commercial En 1958, Nora Weeks et Victor Bullen créent la Fondation Dr Edward Bach qui acquiert la propriété de la maison. En 1973, deux nouveaux associés, John Ramsell et sa sur, Nickie Murray, rejoignent la Fondation. A partir 1974, lactivité commerciale se fait au nom de « Centre du Dr Edward Bach ». En 1975, à la mort de Victor Bullen qui lègue ses parts du Centre à Nora Weeks, Nora Weeks, John Ramsell et Nickie Murray deviennent propriétaires à parts égales des actifs du Centre. A la mort de Nora Weeks en 1978, le frère et la sur poursuivent à deux les activités du Centre. Ici, les choses se gâtent. En 1983, les activités et les actifs du Centre du Dr Edward Bach sont transférés à une société de forme commerciale, Bach Flower Remedies Limited dont ils sont les deux seuls actionnaires. En 1989, une nouvelle société, BFR (Mount Vernon) Ltd, dont ils sont également les deux seuls actionnaires, est créée. Cette société acquiert toutes les parts puis reprend tous les actifs et le passif de Bach Flower Remedies Limited qui cesse alors son activité, mais ne disparaît pas (voir plus bas). En 1987, Nickie Murray quitte lAngleterre et vend ses parts de BFR (Mount Vernon) Ltd à son frère, qui reste seul propriétaire (avec sa fille ? sa compagne ? Le jugement ne le précise pas). Récapitulatif : Une première société est créée, qui reprend par transfert (le jugement ne mentionne pas sil y a eu achat monnayé) les actifs de la première structure devenue structure vitrine. Une deuxième société se créée, qui elle, achète (dans des conditions que ne précise pas le jugement) lactivité et les actifs de la précédente qui cesse aussitôt toute activité visible. Résultat : toute lactivité est entre les mains dune société commerciale détenue par une seule personne. 2. Revendre lexclusivité de la fabrication
et de la commercialisation Les pharmaciens achetaient les teintures mères au Centre Bach, préparaient les solutions appelées Remèdes, les embouteillaient et les vendaient dans leurs magasins. Lun deux cessa son activité en 1967. Quand au second, Nelsons, il resta seul à commercialiser les remèdes (en dehors du Centre Bach), sous contrat avec le Centre. Les teintures mères utilisées par Nelsons pour ses préparations sont toujours fabriquées au Centre Bach, qui appartient, on sen souvient, non pas à la Fondation Bach, qui nen possède que les murs, mais à la société BFR (Mount Vernon) Ltd, propriété de John Ramsell (et de sa famille ? Nous lignorons). Cette société accorde en 1991 à Nelsons lexclusivité mondiale pour la fabrication, lemballage, la commercialisation et la distribution des remèdes préparés à partir des teintures du Centre Bach BFR (Mount Vernon) Ltd sous les noms de « Bach » et « Bach Flower Remedies ». En 1993, Nelsons achète pour 4,3 millions de livres lactivité du Centre Bach détenue par BFR (Mount Vernon) Ltd (cette fois-ci ce nest pas gratuit) par lintermédiaire dune société dont elle est lunique actionnaire, Bach Centre Mount Vernon Limited. Récapitulatif : Un des pharmaciens, Nelsons, devient, par un concours de circonstances, seul distributeur des remèdes en dehors du Centre Bach. La société propriétaire des teintures préparées au Centre Bach confie lexclusivité mondiale de la fabrication et de la vente des remèdes à Nelsons qui achète ensuite très cher cette même société. La fabrication des teintures appartient donc actuellement à la société Bach Centre Mount Vernon Limited, elle même propriété de Nelsons ; la fabrication, lembouteillage, la commercialisation et la distribution des remèdes sont lexclusivité, elles de Nelsons. La boucle est bouclée.
Résultat : une même société sous diverses couleurs possède toutes les étapes de lexistence des remèdes, mais la structure vitrine existe toujours pour protéger lesprit du Dr Bach et entre temps, de largent a circulé 3. Monnayer la propriété intellectuelle Mais en 1993 réapparaît la société Bach Flowers Remedies Limited. Elle avait enregistré comme marques déposées les appellations « Bach Flower Remedies » dès 1979, « Bach » en 1989, puis le logo rond utilisé par le Centre et Nelsons, et la signature manuscrite du Dr Bach en 1989 et 1991. Lutilisation des marques est alors attribuée sous licence à la société Bach Centre Mount Vernon, la filiale de Nelsons. Aujourdhui, plus personne ne peut utiliser ces appellations. 4. Commercialiser la connaissance et sa transmission Nora Weeks précise également dans la Lettre du Centre que lexpression « praticiens Bach » sapplique à quiconque prépare ou prescrit les Remèdes, à la condition expresse que ceux-ci soient préparés dans le strict respect des recettes du Dr Bach. Il nest pas fait mention dune quelconque formation. A partir de 1991 cependant, le Centre Bach (dont lactivité appartient, rappelons-le, à Nelsons) se met à affirmer que seules les personnes formées au Centre peuvent prétendre à lappellation de praticien Bach. Il met en place un système de licence (agrément délivré par la Fondation Bach) et impose aux conseillers souhaitant lagrément de ne prescrire que les Remèdes approuvés par le Centre Bach. Il reviendra dailleurs sur cette clause dexclusivité quelques années plus tard. Petit détail, la fondation actuelle, « The Dr Edward Bach Healing Trust », porte le même nom que la fondation créée en 1958 par Nora Weeks et Victor Bullen, mais a été créée, elle, en 1989. Pourquoi une nouvelle fondation ? Les formations sont payantes, leur tarif est raisonnable, mais lenregistrement des conseillers auprès de la Fondation est annuel et payable annuellement. Nous ne savons pas avec certitude qui dispense les formations, qui en perçoit les frais ni qui rémunère les formateurs. Toujours est-il que le dossier dinscription à un salon parisien pour la présentation des formations du « Programme international denseignement Fleurs de Bach » a été déposé par la société Nelsons. Le dépliant français ne comporte aucun nom de société et dirige les demandes vers ladresse dun particulier, vraisemblablement salarié de Nelsons. Sur Internet, la recherche dinformations sur les formations aboutit en Angleterre à ladresse de Nelsons. 5. Vers un monopole européen La société Nelsons a récemment suggéré que les préparations puissent entrer dans le cadre dapplication de la nouvelle directive européenne MLX 283 sur les Médecines Herboristes Traditionnelles. Pour quelles raisons ? Cette démarche permettrait à Nelsons de sassurer durablement lautorisation de vendre ses Fleurs de Bach dans les pays de la communauté européenne dont les législations varient (elles relèvent jusquà présent du domaine « alimentaire » ou « compléments alimentaires » car elles ne contiennent que de leau et du Cognac) et de garantir la qualité sanitaire des préparations. Mais ces démarches officielles serviraient aussi à protéger les intérêts commerciaux de Nelsons, car la classification comme « médicaments » imposerait ainsi à tous les producteurs dobtenir une autorisation de mise en marché qui coûterait plusieurs centaines deuros par an et par produit. Or, hormis Nelsons et deux autres sociétés anglaises, les producteurs de teintures mères dans le monde sont de tout petits exploitants pour lesquels le coût de la licence serait prohibitif. Exit tout le monde, petits producteurs anglais, australiens, italiens, français Récapitulatif de la dernière étape
: 6. Rien ne va plus Cette radiation nest valable que pour le Royaume-Uni. En France et dans le reste du monde, les termes « Fleurs de Bach», « Bach Flower Remedies», etc. demeurent la propriété abusive de la société qui se les est appropriés comme marques déposées. Des procès longs et coûteux seront nécessaires dans chaque pays pour que les termes puissent retomber dans le domaine public. Quant à linscription au registre européen de la pharmacopée selon la directive MLX 283, elle est combattue et sera peut-être mise en échec par les associations de producteurs de Fleurs de Bach en Angleterre, soutenues entre autres par des Français. Quand tout ne devient plus
qu'une question d'image Mais nous nous trouvons devant un cas d' utilisation abusive de cette valeur ajoutée, puisque cette société revendique un droit exclusif sur ce produit et se réclame seul « vrai » producteur, tout en mettant en avant, pour des raisons d'image, le statut associatif en apparence du Centre Bach. Il s'agit de faire croire aux consommateurs que seuls ses produits sont « bons », « vrais » et bénéfiques pour la société entière. Les vrais buts buts sont manifestes freiner toute concurrence, exploiter exclusivement lorigine du produit, etc. Il y a tromperie envers lacheteur lorsquon lui vend comme signe de cette valeur (qui dépasse largement la simple qualité de fabrication d'un produit) un nom, une marque, une appellation, une approche « durable » du monde, alors que tout ceci nest plus quune façade qui ne correspond pas à la réalité des faits. La confiscation annoncée par une société commerciale des Fleurs de Bach anticipe la diminution de la variété délixirs disponibles, voire de leur qualité. Les bénéfices dune activité commerciale saine dynamisme, et innovation vont suivre la courbe décroissante des acteurs professionnels indépendants impliqués dans la filière. Le monopole commercial nincite pas non plus à une baisse future des prix. Conclusion : et léthique,
dans tout cela ? Ces comportements « modernes » engendrent dans tous les secteurs de multiples dégâts « collatéraux » : élimination de petites structures locales, confiscation de biens appartenant à des peuples ou à lhumanité entière, vente au prix fort de choses que la nature à toujours mis gracieusement à notre disposition depuis la nuit des temps, perte de biodiversité écologique et industrielle, et diminution de la qualité produit. (3) Au final, beaucoup de sociétés, tous domaines confondus, ont bien compris que le consommateur recherche aujourdhui de plus en plus un sens aux biens quil achète. Mais elles se contentent de leur offrir bien souvent une jolie pub, un argumentaire commercial bien léché et un superbe packaging (au prix fort) en lieu et place dun produit qui offre une authenticité bien comprise. (4) Tromper les gens sur léthique, y a-t-il plus grave ? Anne Andrault Pour aller plus loin : Notes – Site de la société Nelsons
: www.bachessences.com (1) Le mouvement « Open Source » code source en libre accès prône la libre diffusion du code source dun logiciel informatique en fait sa véritable valeur ajoutée afin que dautres programmeurs puissent laméliorer ou le modifier à leur convenance, rendant ainsi le programme gratuit ou très bon marché. Issu du milieu informatique, en pointe sur le plan
technique et commercial, mais aussi sur le plan politique et social, ce
concept basé sur la notion de don atteint
progressivement sous dautres formes et dautres noms d'autres
secteurs économiques. (3) Les grosses sociétés (et de plus en plus toutes les autres ) nont pas les moyens de développer des brevets sur tout ce qui existe plantes, gènes, par exemple ni de faire enregistrer toutes les semences disponibles ; elles limitent donc la variété des produits disponibles sur le marché, ralentissent la recherche par un centralisme exacerbé, en provoquant ainsi la disparition ou la rareté extrême de ce quelles ne commercialisent pas elles-mêmes. Elles tendent à jouer imprudemment avec la qualité de ce quelles vendent afin de réduire les coûts, à organiser la demande en fonction de ce quelles ont à offrir par le truchement de la publicité et dun matraquage généralisé sur linéluctabilité de leurs méthodes. Les plantes amazoniennes sur lesquelles des brevets ont été déposés, ou les semences pour lesquelles un enregistrement coûteux au catalogue officiel a été imposé, sont de bons exemples. (4) Sur les erreurs dinterprétations du marketing classique pour comprendre les nouvelles attentes de société, lire « Le consommateur, ce grand inconnu ».
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