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Low-tech, la deuxième voie technologique Par Sauveur Fernandez 

Novembre 2003 – Cinquième partie et fin (5/5)

Visuel low-techUne deuxième voie existe, qui peut nous éviter de choisir entre retour à l'âge des cavernes et face sombre du high-tech (pollution, gaspillage des ressources…) : le low-tech

Suite et fin de l'article sur la quête d'une utilisation bénéfique et sûre des pouvoirs technologiques de l'homme.

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La quatrième partie à présenté les 3 obstacles principaux à l'avènement de la civilisation low-tech.

5 – LOW-TECH VERSUS HIGH-TECH
Voici pour conclure ce dossier, et sous forme de question et réponse, les principales différences entre les technologies high-tech et low-tech, qui résument et enrichissent les réflexions précédentes.

High-tech
Low-tech
La technologie la plus sophistiquée ?

Le high-tech se veut une science de pointe fondée sur la complexité.

Mais ses paradigmes de départ sont dans les faits singulièrement pauvres, car axés sur une notion tronquée de performance, et un réductionnisme de vue excessif : par exemple, l'agriculture intensive nourrit directement la plante avec de l'engrais et un complexe nutritif, et la soigne avec des molécules de synthèse.

L'énorme avantage, une productivité immédiate accrue, est cependant annulé dans le temps par des pollutions « imprévues » de toutes sortes, et la mort des sols.


 

 

Le low-tech est souvent perçu comme les sciences et technologies du pauvre.

Son apparence de simplicité (basée en partie sur une préférence pour des solutions simples et éprouvées) est trompeuse.

C'est en réalité une science systèmique ultramoderne qui intègre de façon bien plus intelligente la notion de complexité : les formes d'agriculture durable naturelles se soucient à la fois de performance économique de bien être animal, et du respect de l'environnement.

 

Science pour l'élite ou science populaire ?

Le high-tech exige très souvent un savoir très pointu quasiment inaccessible à Monsieur tout le monde. Avec quelles conséquences ? Une incompréhension progressive s'instaure entre les scientifiques et les citoyens (y compris les élites publiques !), qui comprennent de moins en moins le sens de certaines recherches de pointe.

 

   

Les connaissances low-tech sont beaucoup plus accessibles à quiconque : une maison bioclimatique, un jardin potager sont réalisables avec des connaissances bien plus abordables que celles nécessitant la création d'une maison « domotisée », ou les technologies OGM.
-

Science du risque ou science de l'harmonie ?

Le high-tech est fasciné par la nouveauté à tout prix, le désir inconscient de ne pas imiter la nature, et la vision naïve que seule la technologie fera le bonheur de l'homme.

Il nous a aussi habitué à considérer le risque comme un moteur de l'innovation. Pour quels résultats ? Chaque année 1000 nouveaux produits de synthèse sont lancés sur le marché mondial. Une fraction négligeable - 100, 200 peut-être - est testée avant la mise sur le marché, et seulement pour une partie de leurs effets possibles… (1)

En attendant, les allergies sont en train de devenir un des problèmes sanitaires majeurs de notre époque.

 

Le low-tech intègre dans ses gènes conceptuels le fameux principe de précaution : comme la nature, il utilise des « briques » éprouvées pour construire de nouvelles applications : par exemple, combinaison de molécules naturelles végétales pour imaginer de nouveaux parfums…

L'écosystème « nature » ayant appris à reconnaître ces molécules de base, le risque de nuisance sanitaire ou environnementale est beaucoup moindre…
-

2 sciences opposées ?

High-tech et low-tech, au-delà de leurs différences profondes, ont aussi des richesses communes à partager :

Selon nous, le plus grand apport du high-tech (et de la société dite « moderne » en général), réside surtout dans son audace conceptuelle, et le respect de l'individualité créative : elle est le reflet d'une humanité qui sort de l'enfance, et apprend son indépendance par la création de ses propres lois. Ce grand projet d'espèce, certainement voulu (« programmé » diront certains) par Dame Nature elle-même, ne doit pas faire oublier une loi cosmique universelle : puissance de création égale aussi responsabilité… (2)

Cette prise de conscience des conséquences profondes de ses actes est une des grandes qualité du low-tech : sa vision systèmique, respectueuse d'une vision plus complexe de la vie, incite à la création de technologies saines qui empêchent que la société humaine ne soit détruite à plus ou moins longue échéance par ses propres créations technologiques.

Mais cette science ne doit pas non plus enfermer l'homme dans des règles de vies immuables : avoir le pouvoir de vivre la nuit grâce à l'électricité (une création high-tech !) est, dans ce sens, non pas un rejet des lois de la nature, mais plutôt une utilisation intelligente du pouvoir créatif de l'espèce humaine, qui voit ainsi ses champs d'expression s'élargir, sans pour autant (lorsque l'énergie utilisée pour cela est « propre ») pénaliser le droit à l'existence des autres formes de vies..

Le low-tech peut aussi puiser dans certaines découvertes high-tech, comme les biotechnologies, pour résoudre des problèmes insolubles autrement (par exemple, remplacer les circuits électroniques, extrêmement polluants, par des « biochips »). Dans ce cas là il s'attachera à ne pas produire des formes de vies artificielles esclaves de l'homme (le grand danger actuellement, comme les « chimères » OGM) mais plutôt des matières organiques inertes cultivées le plus naturellement possible.

 

 

VIVRE ET PENSER LOW-TECH DÈS AUJOURD'HUI

Le low-tech est d'abord une autre relation au monde et à nous-même. Il s'attarde en priorité à comprendre cette forme de vie complexe qu'est l'espèce humaine. Il utilise positivement les facultés technologiques de l'homme au service d'une intelligence globale de la vie qui inclue la raison, l'émotion et l'éthique. Il cherche non pas à opposer l'homme et la nature mais à préserver et renforcer les liens d'harmonies qui les lient. Préoccupé par le sens d'une création plutôt que par sa concrétisation matérielle, il privilégie l'innovation sociale à l'innovation tehnologique ; il s'inspire en priorité de réalisation anciennes mais éprouvées.

Cette révolution conceptuelle est d'autant plus passionnante qu'elle n'est pas réservée à une élite scientiste. Chacun de nous peut participer à cette nouvelle approche, en étant soi-même un outil et un acteur de sa propre liberté..

Vous privilégiez l'escalier par rapport à l'ascenseur ? La révolution low-tech n"attend que vous.

Fin du dossier

Sauveur Fernandez

Sauveur Fernandez, 44 ans, est consultant en communication et innovation responsables. Fondateur de l'écoprospective, une méthodologie prospectiviste pour imaginer et inciter à un futur plus solidaire. En savoir plus



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Annexe

Tous les liens sur le low-tech.

– (1) Extrait du journal Politis « Bombes à retardement », jeudi 26 novembre 2000, page 29.

– (2) Cette conviction d'une humanité qui apprend à devenir adulte en établissant ses propres lois est celle de penseurs français contemporains tels que Edgar Morin, Marcel Gauchet, etc.

Tous les articles sur les sciences et technologies
par ordre de lecture recommandé

La tentation de l'inceste de civilisation : notre époque, amoureuse d'elle-même et de sa technologie, ignore superbement les autres formes de vie : nous vivons un inceste de civilisation.

High-tech : bienvenue en technotopie (1re partie) : le progrès technologique, au-delà de ses bienfaits indéniables, provoque aussi des crises multi-sectorielles dangereuses…

High-tech : bienvenue en technotopie (2me partie et fin) : la face sombre de la technocroyance, et ses conséquences.

Low-tech : la deuxième technologique (1re partie) : une autre voie technologique existe, qui peut nous éviter de choisir entre confort de vie et société du risque. Historique des sciences et technologies low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (2me partie) : définition et exemples.

Low-tech : la deuxième technologique (3me partie) : les 4 points fondamentaux du low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (4me partie) : les obstacles au low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (5me partie et fin) : low-tech versus high-tech, vivre et penser low-tech dès aujourd'hui.

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