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Low-tech, la deuxième voie technologique Par Sauveur Fernandez 

Novembre 2003 – Quatrième partie (4/5)

Visuel low-techUne deuxième voie existe, qui peut nous éviter de choisir entre retour à l'âge des cavernes et face sombre du high-tech (pollution, gaspillage des ressources…) : le low-tech

Suite de l'article sur la quête d'une utilisation bénéfique et sûre des pouvoirs technologiques de l'homme.

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La troisième partie s'est attardée sur les 4 principes fondamentaux du low-tech.

4 – LES 3 OBSTACLES À L'AVÉNEMENT DE LA CIVILISATION LOW-TECH

1 – « Il est plus aisé pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille que pour une société de changer de comportement » (paraphrase d'un texte de l'évangile)
Le low-tech avant d'être une discipline scientifique est d'abord une vision du monde, en fait bien plus rationnelle et de bon sens que les technologies high-tech classiques, car elle intègre dès le départ à toute recherche scientifique les composantes sociales et environnementales citées précédemment.

C'est en soi une très bonne nouvelle, car on réalise ainsi que les grands défis de la planète n'ont pas à attendre une technologie miracle providentielle (pillules anti-obésité, énergie libre, biotechnologies) et sans effets secondaires imprévus (ce qui n'est pas encore arrivé…) pour être résolus. Il suffit simplement de changer sa façon de « penser » les choses, et de « revisiter » des techniques actuelles ou anciennes.

Cependant, ce grand atout du low-tech est aussi paradoxalement son handicap le plus fort. Les spécialistes en psychologie humaine et sociale savent bien qu'il n'y a rien de plus difficile pour l'individu, comme pour le corps social, que de modifier ses façons de se comporter et d'agir dans le monde. Il faudra beaucoup encore de temps et de patience avant que la société ne perde quelques réflexes compulsifs culturels qui l'empêche d'innover réellement.

– La vague de très forte chaleur qui à submergée la France durant l'été 2003, révèle surtout un manque d'attention humaine donnée aux personnes âgées, et une faillite de nos constructions modernes, nuisibles lors d'écarts excessifs de températures (à l'inverse de l'architecture bioclimatique qui agit comme une sorte de climatiseur naturel).

Au lieu de s'interroger sur la place des seniors dans la société, et de veiller à une nouvelle orientation du bâtiment publique (principe d'innovation sociale), il est quasi-certain que l'année 2004 verra l'explosion des climatiseurs artificiels très nocifs pour l'effet de serre, ainsi qu'une privatisation accrue du marché du soin aux seniors, considérés non pas comme des citoyens à part entière, mais surtout comme un « marché » à prendre…

2 – Des structures de société mal adaptées à des innovations en profondeur
Les structures actuelles de la société, basées sur une confrontation excessive entre les institutions publiques (l'État et les collectivités), citoyennes (vous et moi) et économiques (les entreprises), se prêtent actuellement très mal à des innovations dites transversales, typique de la méthodologie low-tech (incompréhension manifestée notamment par les grèves, le boycott, le refus de vote, etc.).

2/a – L'exemple de la voiture : celle-ci est une des grandes responsables de l'augmentation de l'effet de serre, et provoque par exemple chaque année en France plus de 320 000 crises d'asthme. Cependant les innovations technologiques réelles dont elle bénéfice pour abaisser ses nuisances environnementales et sanitaires ne suffisent pas du tout à compenser son utilisation croissante sur la planète.

L'usine Ford de Sonora, au Mexique, est une usine pilote qui permet de développer des pratiques et des méthodes d'exploitation durable qui préservent les ressources d'environnement. Mais cela ne résoud pas pour autant le problème de l'utilisation croissante des véhicules, de leur recyclage, etc.

La véritable solution réside dans une approche transversale systémique, avec une collaboration active entre les 3 secteurs de la société basée sur un mélange judicieux d'innovations sociales et techniques :

– Par exemple, les pouvoirs publiques peuvent instaurer des incitations fiscales à prendre le train, veiller à minimiser les distances entre lieu de travail et lieu d'habitation par une politique territoriale adéquate…

– L'usager quand à lui peut s'habituer de passer d'une notion de possession à une notion d'usage « à la demande », sous réserve que son accession à une auto reste aisée s'il en éprouve le besoin : on peut imaginer ainsi un système d'autos à partager garées n'importe où en ville et disponibles à tout moment pour chacun avec une carte de paiement (imaginée par l'industrie) : celle-ci enregistrerait l'usage réel de l'auto et procéderait à un état des lieux électronique du véhicule afin de responsabiliser l'utilisateur. Ce dernier pourrait valider automatiquement l'abandon du véhicule et le laisser où il le désire, jusqu'à ce qu'il soit utilisé par une autre personne.

2/b – L'exemple de l'agriculture biologique :
dans l'idéal, ce type d'agriculture est d'abord un projet de société avant dêtre un ensemble de techniques saines de production. Elle prétend au statut envié de science low-tech, parce qu'au-delà d'une alimentation et d'un soin donnés aux plantes exempts d'effets secondaires (pollution minimale, sensibilité plus faible aux maladies), c'est aussi la lutte contre la désertification des campagnes, l'établissement d'une économie locale à taille humaine, le maintien de l'emploi, et la préservation de la biodiversité des plants, de l'élevages, et des cultures gastronomiques locales qui sont visés.

Mais, actuellement, si la société reconnait de plus en plus ce type de pratique, elle ne peut peut s'empêcher d'appliquer ses vieux réflexes compulsifs : une usine « biologique » peut aussi fabriquer au coût le plus serré, et en très grande quantité une sauce tomate « terroir » qui va se retrouver sur tous les étals commerçants d'Europe.

Les qualités alimentaires biologiques restent, mais le sens de sa fabrication passe alors à la trappe : produit fabriqué à la chaîne avec des ingrédients standardisés de toutes origines, perte d'une origine locale, usine délocalisée, pollution accrue due aux transports, etc.). Dans ce cas, l'agriculture reste biologique, mais elle devient alors simplement industrielle, en ignorant le volet « projet de société ». En savoir plus sur l'agriculture biologique.

« L'innovation low-tech suppose de passer d'une logique de confrontation à une logique de collaboration… »

Signalons à ce propos des « signaux faibles » encourageants qui montrent un début positif d'évolution collaborative : par exemple, de plus en plus d'associations passent d'une logique de confrontation (Greenpeace) à une logique de collaboration avec les grandes entreprises (WWW avec Lafarge, l'association École et Nature avec Suez…). La Banque Mondiale a initié des relations avec certaines ONG. Les multinationales élaborent de plus en plus des partenariats avec des organismes publiques pour résoudre des problématiques socio-environnementales particulières (Collaboration du Crédit Suisse avec l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)). Certaines associations citoyennes militantes comme Attac ont une tendance actuelle à s'institutionnaliser, marquant de ce fait une certaine intégration avec les pouvoirs publiques.

Si les chausses-trappes face à ce type de collaboration avec des industriels encore très puissants sont inévitables, elles n'en marquent pas moins à notre sens un progrès réel de collaboration intelligente entre les acteurs majeurs de la société.

3 – Les entreprises, stars excessives de nos sociétés
Les entreprises ont un rôle important particulier dans la société qu'elles peinent à assumer pour plusieurs raisons :

3/aExcès de responsabilités :
conséquence d'une société à l'économie hypertrophiée, les entreprises, symboles même de la dite-économie, vendent de plus en plus non seulement des biens matériels mais aussi un sens à la vie (manifesté par l'omniprésence des marques dans nos vies).

Cette importance excessive (que les entreprises entretiennent à tort (1)), induit une tendance forte de la société à exiger d'elles de fournir une réponse matérielle exclusive aux problèmes collectifs : par exemple la voiture à hydrogène pour lutter contre la pollution routière, des techniques de chirurgie esthétique plus élaborées pour rendre les gens plus heureux, construire des prisons adaptées pour y loger toujours plus de délinquants, etc.

3/bElles reproduisent en interne les mêmes défauts que la société :
Les entreprises subissent à l'intérieur même de leur structure tous les travers rencontrés dans la société : culte excessif de la nouveauté, manque d'approche transversale, fascination pour les technologies high-tech, etc. Pour en savoir plus sur le sujet, lire « innover n'est pas briser ».

Afin d'éviter ces deux travers, toute société responsable devrait assumer son rôle crucial dans la société d'aujourd'hui en ne proposant que des produits allant dans le sens de l'utilité publique, et procéder à des approches innovantes réellement transversales par des partenariats intelligents entres les publiques la société civile, y compris le consommateur.

Les petites entreprises d'éco-produits (alimentation biologique, cosmétique naturelle, vêtement écologique) méritent à bien des égards le statut envié de sociétés low-tech pionnières, dont beaucoup de multinationales pourraient s'inspirer. Pour en savoir plus sur ce sujet, lire : « Radiographie des entreprises vertes à taille humaine »

Suite et fin du dossier (5/5)  Low-tech versus high-tech, vivre et penser low-tech dès aujourd'hui.

Sauveur Fernandez

Sauveur Fernandez, 44 ans, est consultant en communication et innovation responsables. Fondateur de l'écoprospective, une méthodologie prospectiviste pour imaginer et inciter à un futur plus solidaire. En savoir plus

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Annexe

Tous les liens sur le low-tech.

– (1) Quand les pouvoirs publics pensent à instaurer une loi d'utilité publique, qui pourrait soulager la responsabilité des entreprises envers la société, ces dernières, par le biais d'actions de lobbying, font souvent tout pour la supprimer, ou tout au moins la réduire à sa portion congrue.

Citons par exemple le manque actuel d'une loi française limitant la quantité de sels dans les aliments industriels, la dite loi étant bloquée par les lobby de l'industrie agroalimentaire qui n'ignorent pas que manger salé fait boire, stimule l'appétit et permet de masquer un goût initial souvent médiocre (Marriane, fin 2003, « Ces lobby qui grignotent la république », n°340, page 60).

Tous les articles sur les sciences et technologies
par ordre de lecture recommandé

La tentation de l'inceste de civilisation : notre époque, amoureuse d'elle-même et de sa technologie, ignore superbement les autres formes de vie : nous vivons un inceste de civilisation.

High-tech : bienvenue en technotopie (1re partie) : le progrès technologique, au-delà de ses bienfaits indéniables, provoque aussi des crises multi-sectorielles dangereuses…

High-tech : bienvenue en technotopie (2me partie et fin) : la face sombre de la technocroyance, et ses conséquences.

Low-tech : la deuxième technologique (1re partie) : une autre voie technologique existe, qui peut nous éviter de choisir entre confort de vie et société du risque. Historique des sciences et technologies low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (2me partie) : définition et exemples.

Low-tech : la deuxième technologique (3me partie) : les 4 points fondamentaux du low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (4me partie) : les obstacles au low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (5me partie et fin) : low-tech versus high-tech, vivre et penser low-tech dès aujourd'hui.

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