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High-tech : bienvenue
en technotopie
Par Sauveur Fernandez  

1 décembre 2001 - Première partie
Révisé le 16 février 2003


Visuel robot, technologie, technologique, high-tech, progrèsDepuis toujours, l’Occident a rêvé de se libérer de lourds fardeaux et de pouvoir contrôler son environnement.
Bonne nouvelle : nous vivons actuellement cette utopie grâce à la technologie. Mauvaise nouvelle : la technotopie peut se casser comme un jouet et exploser comme une bombe.

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La prise de conscience
Il est probable que les historiens du futur retiendront surtout des attentats américains du 11 septembre 2001 le début de la prise de conscience définitive des dangers structurels de la civilisation "high-tech" : un simple grain de sable bien placé (ici en l'occurrence un cutter) suffit à enrayer la machine.

À un autre niveau, l'explosion accidentelle et spectaculaire à Toulouse (France) le 21 septembre 2001 d'une usine d'engrais chimiques, a aussi fait réaliser aux populations que le danger n'est pas seulement d'ordre intentionnel et terroriste : la France est en fait quadrillée de bombes à retardement potentielles (372 sites à risques classés SEVESO), qui n'ont besoin de personne pour éclater… (1). Tous les pays riches sont dans la même situation (et de plus en plus les pays en voie de "développement" avec, malheureusement, très souvent beaucoup moins de mesures de sécurité).

Les mauvaises réponses
Ce traumatisme légitime entraîne… des réactions épidermiques sur le plan de la défense de nos sociétés face à ces nouveaux risques (nous ne parlerons pas ici de la guerre des États-Unis avec l'Afghanistan) :

  • En France, les moyens sont concentrés dans la recherche d'éventuels responsables et sur la problématique de la proximité des sites industriels à risques avec les zones urbaines.

  • Aux États-Unis, nombreux sont les investisseurs qui pensent que les "business plans" (projet de création d'entreprise) apportant des réponses technologiques dans le domaine de la sécurité vont se multiplier très rapidement : biométrie, reconnaissance par l'iris de l'œil et les empreintes digitales, scanner par ondes millimétriques, les projets "high-tech" ne manquent pas.

Les vrais questions
Ces réactions, à priori légitimes et logiques occultent en fait les vraies interrogations : peut-on renforcer le "high-tech" par… toujours plus de "high-tech" ? Suffit-il de séparer les zones à risques des zones civiles, de renforcer les réglements de surveillance ?

Et surtout : notre technosociété abrite t-elle des failles cachées ? Mais d'abord, quelle est la place réelle que la technologie occupe dans nos vie ?

Technophiles jusque dans nos rêves
Nous nous déplaçons en voiture, travaillons sur un ordinateur, mangeons des plats préparés industriels. Toutes ces activités quotidiennes ont un point commun : nous avons besoin des machines pour les exécuter.

Les domaines de la communication et de la culture ne sont pas non plus épargnés : les plus branchés communiquent avec un portable, voyagent avec Internet, se relaxent avec la techno-musique, et lisent Technikart (revue culturelle française). Quand aux plus "classiques", ils passent une partie de leur vie devant la télévision, l'objet communiquant techno de base avec la radio et le téléphone.

Les échanges entre nations sont désormais sous la coupe des lois économiques. Celles-ci, empruntant leur logique aux ordinateurs, ne sont plus qu'indicateurs mathématiques et pulsions électroniques régissant la planète grâce une armée d'ordinateurs. Les rapports internationaux sont désormais quantifiés et virtualisés. Des notions inclassables telles que la tendresse, la compassion, le don, sont ignorées.

La création et la naissance d'un petit humain est de moins en moins dans les sociétés riches un acte naturel : fécondations in vitro, césariennes, péridurales, médicaments pour les fausses couches, aliments de substitution de l'allaitement au sein. Là aussi les machines tendent à remplacer un processus inné.

La complexité psycho-sociologique d'un humain adulte est, elle, de plus plus en plus réduite à des mécanismes biologiques : les laboratoires pharmaceutiques excellent actuellement à nous faire croire que les problèmes sexuels d'impuissance des deux sexes peuvent se régler simplement à coup de médicaments « réponse à tout », alors que nos difficutés en ce domaine résultent surtout de rapports relationnels à revoir, avec nous-mêmes, ou avec le conjoint.

Le vivant animal et végétal est, quand à lui, déjà considéré comme une mécanique sophistiquée : insiménation artificielle, nourriture de synthèse ou contre nature, et bientôt clonage, manipulations génétiques, chimères… Seule une éthique commune, sans cesse amoindrie, empêche encore l'application civile des recherches les plus folles.

Quand à notre imaginaire et notre vision du futur, ils sont jalonnés de concepts tels que : cyber réseau, cyber organismes, cybervision, cyber punk. Le rêve ultime de beaucoup de ces techno-épopées est de tranformer profondément l'homme en décuplant ses sens grâce à la haute technologie. Ces technovisions sont supposées se concrétiser grâce aux rejetons de la technoscience : biotechnologies, nanotechnologies, cybernétique, intelligence artificielle… La nature dans son ensemble est toujours absente de ces grands destins.

Ces visions ont déjà porté leurs fruits, puisque la technologie est devenue… haute-technologie (hig-tech), celle-ci s'immiscant toujours plus profondément dans la matière et dans nos vies.

C'est un fait : les machines sont partout autour de nous. Elles sont déja sur nous (portables, walkman), en nous (prothèses), et gouvernent discrètement notre imaginaire. (2)

L'alliance homme-machine : l'ère du doute
Année deux-mille : une révolution silencieuse s'opère : il est prouvé scientifiquement que l'homme est bien responsable du réchauffement climatique, généré par ses machines.

Cette preuve vient en quelque sorte confirmer que les multiples crises environnementales, sanitaires, alimentaires - et même de sociétés - observées depuis la dernière décennie sont issues de technologies mal maîtrisées, ou mal utilisées.

Même les faiseurs de tendances les plus convaincus, accros à la moindre nouveauté technologique témoignent récemment d'une certaine lassitude (3) :

- le succès de l'ordinateur iMac d'Apple "humanisé" grâce au design témoigne d'une tentative de donner un supplément d'âme à de simples objets.

- Internet voit ses sites commerciaux délaissés, au bénéfice de ses fonctions ludiques (jeux communautaires online) ou communicationnelles (courriers, forums, chats).

- Les journées planétaires sans portable, la semaine mondiale sans télé, la journée internationale sans achat, impensables il y a seulement quelques années, sont en fait des tentatives de minimiser un système où l'homme n'est plus qu'une machine à désirs matériels.

"Oui ou non,
la technologie apporte-t-elle plus d'inconvénients
que d'avantages ?"

Mais des convictions très fortes nous empêchent viscéralement de juger avec lucidité les puissants rapports que nous entretenons avec les machines.

Nous leur devons tout, pensons-nous : elles nous ont tiré des cavernes, nous ont protégé des animaux prédateurs. Grâce à elles nous n'avons plus froid en hiver, nous pouvons vivre la nuit, manger à notre faim, nous déplacer où bon nous semble, et vivre beaucoup plus vieux.

La question essentielle doit malgré tout être posée : oui ou non, en dépit de ses réussites, la technologie - moyen d'expression actuel de l'homme sur son environnement - apporte t-elle plus d'inconvénients que d'avantages ?

Derrière la technologie, un imaginaire et des croyances
Il faut tout d'abord bien comprendre que nos créations technologiques ne sont pas seulement l'application astucieuse de lois mathémathiques, mécaniques ou biologiques.

En effet, si la pensée précéde l'action, l'imaginaire et les croyances, eux, précèdent la pensée : à chaque fois qu'un homme de science, un ingénieur, un technicien se penchent de façon logique et pragmatique sur un problème, c'est surtout à une vision inconsciente de leurs places dans l'univers, et à une définition précise et subjective de la notion de progrès qu'ils se réfèrent :

- Je suis tout puissant, je suis un humain, la forme de vie la plus évoluée, choisie par Dieu, créée à son image, et destinée à contrôler la planète, qui est là pour satisfaire mes besoins.

- Cette puissance fait aussi de moi un être divin. je distribue tout autour de moi la paix et la prospérité. Mon futur m'appartient.

- J'assure mon propre bonheur, qui ne peut aller qu'en augmentant, tant est grande ma puissance.

- Mes mains et mon cerveau m'aident dans cette tâche : grâce à eux, je peux bâtir des extensions de moi-même, des objets qui servent mon dessein.

- Je connais le monde et le maîtrise, grâce à mon savoir.Toutes les formes de vie sont là pour me servir : elles ne constituent que matières animées et matériaux de base. Je peux scruter mon environnement, le découper, l'analyser, le réduire à des fonctions et usages précis.

- Je suis Dieu tout puissant.

Ces croyances très fortes sont typiquement occidentales et sont le fruit d'une longue évolution, amorcée sérieusement dans l'antiquité grecque, poursuivie par la religion chrétienne, et accélérée au siècle des lumières (renaissance) pour finalement donner le jour à la révolution industrielle du siècle dernier. (4)

Bien que l'origine en soit occidentale nous pouvons considérer qu'actuellement, par la mondialisation, la planète entière subit son influence directe.

Suite de l'article : la face sombre de la technocroyance, et ses conséquences.

Sauveur Fernandez

Sauveur Fernandez, 43 ans, est consultant en communication et innovation responsables. Il est aussi le Fondateur et l'animateur du site l'Éconovateur. En savoir plus.

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Bibliographie/En savoir plus

(1) Pour en savoir plus sur les faiblesses structurelles de nos technosociétés, lire Les vrais points faibles de l'Occident

(2) Les cybervisions dangereuses que l'humanité a sur son propre futur : La tentation de l'inceste de civilisation

(3) Les branchés débranchés, un article du monde interactif, sur la lassitude du mode vie techno

(4) Lire à ce sujet le livre "Du progrès" de Pierre André Taguieff, édition J'ai Lu, collection Librio, 1,45 EUR.

Pour une lecture plus pédagogique et ludique, nous recommendons 2 livres cités par un lecteur (l'un étant la suite de l'autre) : voici en 2 volets indépendants, l'histoire d'un gorille télépathe à la recherche d'élèves désireux de changer le monde. Ceux-ci comprennent progressivement que leurs croyances les plus intimes et naturelles sur le monde et le progrès résultent d'abord d'un conditionnement culturel, et que ce n'est pas forcément le meilleur…

–"Ismahel", et "Professeur cherche éléve pour sauver le monde", de Daniel Quinn, éditions j'ai lu, poche, 5,30 euros.

Tous les articles sur les sciences et technologies
par ordre de lecture recommandé

La tentation de l'inceste de civilisation : notre époque, amoureuse d'elle-même et de sa technologie, ignore superbement les autres formes de vie : nous vivons un inceste de civilisation.

High-tech : bienvenue en technotopie (1re partie) : le progrès technologique, au-delà de ses bienfaits indéniables, provoque aussi des crises multi-sectorielles dangereuses…

High-tech : bienvenue en technotopie (2me partie et fin) : la face sombre de la technocroyance, et ses conséquences.

Low-tech : la deuxième technologique (1re partie) : une autre voie technologique existe, qui peut nous éviter de choisir entre confort de vie et société du risque. Historique des sciences et technologies low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (2me partie) : définition et exemples.

Low-tech : la deuxième technologique (3me partie) : les 4 points fondamentaux du low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (4me partie) : les obstacles au low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (5me partie et fin) : low-tech versus high-tech, vivre et penser low-tech dès aujourd'hui.

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Archives : critique société, critique, société, technologie, technologique, high-tech

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