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la recherche des lois pacifiques de la guerre
Novembre 2003 – Troisième partie (3/6) L'histoire
des guerres, c'est aussi celle des multiples stratagèmes que l'humanité
à élaborée pour éliminer ou amoindrir ce fléau.
Suite de l'article sur un sujet encore très mal connu, et qu'il est crucial d'étudier pour un 21me siècle sans holocauste. : La guerre, soeur fatale de l'espèce humaine. La deuxième partie précédente répond à la question suivante : La violence et les guerres animales existent-elle ? 3 – LA GUERRE, SOEUR
FATALE DE L' ESPÈCE HUMAINE À la lumière des dernières découvertes en archéologie, anthropologie, ethnologie, sociobiologie, histoire ancienne et moderne, il est possible d'affirmer aujourd'hui que la guerre, comme vecteur de violence destructrice et dominatrice, peut malheureusement être considérée comme une composante universelle essentielle de la vie de l'homo sapiens sapiens, qui transcende le temps et l'espace. À de très rares exceptions près, aucune race, aucune civilisation, aucun système politique n'ont été épargné par ses griffes. La guerre est la soeur fatale de l'espèce humaine. Ce cas est unique dans les annales des espèces vivantes sur notre planète. Car, comme le notent Jean Guilaine et Jean Zammit dans leurs livres Les sentiers de la guerre, « … Il existe bien chez les animaux une agressivité biologique entre individus de la même, qu'elle s'exprime cependant de manière aiguë à l'occasion de conflits sexuels ou "alimentaires" et qu'elle n'aboutit que très rarement à la tuerie d'un congénère… ». Nous n'avons donc pas « … L'excuse de penser que cette violence est le fruit de notre évolution préhominienne. C'est notre cerveau, et lui seul qui fait de nous l'animal le plus dangereux de la planète ». (2) À la fois une et multiple, la guerre semble posséder un cadre culturel propre qui, des lointaines luttes préhistoriques aux futurs techno-combats de demain, en passant par les nouvelles guerres asymétriques d'aujourd'hui, la rend à la fois si différente dans ses manifestations et si semblable dans ses tristes conséquences. Afin d'étayer ces propos, et d'en tirer quelques enseignements pour renforcer les lois pacifiques de la guerre, faisons une brève incursion temporelle dans le passé, le présent… et le futur de l'humanité. 3/b – Le mythe rousseauïste
du bon sauvage Malheureusement, bien que la préhistoire soit en elle même un sujet d'étude complexe et encore mal connu (3), des recherches archéologiques minutieuses assez récentes sur des dizaines de sites préhistoriques en Europe, en Amérique du Nord, et en Afrique du nord, ont mis à jour une forte présence de squelettes criblés de projectiles divers, de crânes fracassés à coup de haches… Ces découvertes macabres commencent à établir sans ambiguïté que la guerre était courante à l'époque de la préhistoire, et que ses morsures avaient des conséquences importances sur les sociétés de l'époque. (4)
Quand aux sociétés premières, l'étude éthnologique de leurs moeurs révèle que là aussi la guerre est étroitement et quasi universellement imbriquée dans le tissu social. Les Zoulous, les Dahoméens, les Celtes, les Indiens d'Amérique du Nord, les esquimaux polaires de Thulé, les tribus de Nouvelle Guinée, au delà du temps et de l'espace, sont liés par cette réalité. L'anthropologue Lawrence keeley (6) souligne ainsi que l'ensemble des recherches multiculturelles menées sur le sujet démontrent qu'à de très rares exception près (que nous verrons dans le chapitre 5), l'écrasante majorité des société humaines connues (90 à 95 %), tous types confondus, se sont livrées à la guerre. Remarquons que certains écologistes, soulignent à juste titre de façon convaincante que beaucoup de ces sociétés anciennes ou « naturelles » savaient parfaitement, au prix d'un temps et d'une énergie souvent limités, satisfaire leur besoins alimentaires et matérielles, tout en en ayant de riches traditions culturelles. (7) Cependant, (à l'instar de beaucoup de média populaires), ces convictions succombent elles aussi au mythe du bon sauvage en considérant de facto ces sociétés comme fondamentalement pacifistes, leur déniant ainsi le « droit à la guerre ». Mais, comme le souligne Lawrence keeley (8) « … En voulant croire que les peuples primitifs et préhistoriques étaient beaucoup plus humains et pacifiques que leurs homologues modernes et civilisés, nous faisons de nous métaphoriquement des bêtes sauvages. (…) Accepter le mythe désespérant d'un passé pacifique est une incitation à ne pas résoudre ces problèmes universels en ce seul lieu ou nous pouvons intervenir – dans le présent et parmi nous. »
3/c– Les guerres occidentales,
rupture ou continuité ? La réalité, comme presque toujours, se situe entre « ombre et lumière » : nous venons de voir que toutes les sociétés, quelqu'elles soient dans le temps et l'espace, ont connues la terrible étreinte de guerres sans merci, et subies leurs conséquences incalculables en termes de misère humaine et de destruction matérielle. L'Occident n'y a pas fait exception. Des différences importantes subsistent cependant : spécialiste de l'histoire militaire de l'antiquité, l'américain Victor Davis Hanson constate que c'est la démocratie, l'économie et les citoyens – des valeurs typiquement occidentales – qui font les armées les plus redoutables. L'Occident privilégie aussi des combats meurtriers, mais décisifs. (9) Cependant, c'est le concept systématisé de « génocide culturel », qui distingue définitivement la pensée occidentale en ce domaine. Les guerres occidentales d'anéantissement physique total d'une race ou d'une culture (apparues véritablement à grande échelle au vingtième siècle avec les régimes totalitaires), représentent en fait la sanction ultime et brutale d'une volonté délibérée, non seulement de profiter de l'autre, comme une guerre humaine classique (pillages, impôts, annexion de la force productive du vaincu), mais aussi de le dominer politiquement et culturellement. Les guerres occidentales cherchent en fait systématiquement à éliminer la culture, « l'âme » du peuple vaincu ou dominé, en imposant la sienne propre. Pour paraphraser la célèbre phrase du général Custer « un bon indien est un indien mort, ou un indien américanisé ». De la « romanisation » progressive de la Gaule, en passant par l'éradication pure et simple des cultures amérindiennes, nous arrivons à la mondialisation actuelle qui est d'abord (au delà de plusieurs bienfaits indéniables), l'occidentalisation du monde. Quand aux autres types de cultures, tout en nous gardant bien de les sanctifier, nous pouvons constater cependant que, de façon générale, ces derniers ont évité de détruire délibérément la culture du vaincu.
Cet aspect de la léthalité culturelle marquée de l'Occident est important à souligner car les conflits mondiaux actuels ne sont plus tant des conflits idéologiques que des conflits identitaires : il s'agit d'abord de résister à la culture occidentale. (10) Mais, malgré ce constat, il faut se garder de diaboliser l'Occident, qui est aussi la civilisation humaine qui à créée (de façon, certes très imparfaite, mais qui à le mérite d'exister) la Charte des Nations Unies « En vue de créer les conditions de stabilité et de bien-être nécessaires pour assurer entre les nations des relations pacifiques et amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité des droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, [...] sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion ». Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité existe un embryon d'espace international commun qui incite à une gestion intelligente des interdépendances entre les civilisations, à une époque ou la technologie à fait en sorte que celles-ci ne peuvent plus s'ignorer mutuellement. Ce point sera développé dans la partie 6 de ce dossier. 3/d – Les guerres du
XXI° siècle : sous le masque, le même visage ? D'autres transformations significatives sont à l'oeuvre : Selon la revue de réflexion « Critique Internationale » (12), la spécificité des guerres contemporaines résiderait dans le fait qu'elles ne sont plus idéologiques ou identitaires, qu'elles sont le plus souvent dirigées contre les populations civiles, et qu'elles passent par l'illégalité et le pillage. Mais la transformation certainement la étonnante et la plus méconnue est la suivante : de très nombreux spécialistes de la question pensent que « … La guerre et la masculinité agressive ont été des entreprises culturelles qui se sont mutuellement renforcées » (13). En d'autre terme, que la guerre est un produit « fabriqué par l'homme », et qu'elle est faite d'abord pour affirmer la suprématie du mâle sur la femelle. Hors, les guerres modernes de ces derniers siècles ont progressivement fait participer activement les femmes, et même les enfants à leur grande oeuvre. Les femmes ont commencé à jouer un rôle actif dans l'économie en participant au culte du drapeau national et en remplaçant dans les usines leurs maris partis au front. Aujourd'hui, nous saluons « nos hommes et nos femmes » soldats lorsqu'ils partent à la guerre . Les guerres et guérillas locales de « faibles intensités » n'hésitent plus depuis longtemps à enrôler des femmes, des petits garçons, et même parfois des petites filles dans leurs factions. (14) Il est certain que, même (et c'est souhaitable ) si, le rôle de plus en plus important joué par les femmes dans la vie sociale s'accentue, imprégnant les sociétés de valeurs féminines jugées plus pacifistes, la guerre perdurera malgré tout en s'accommodant de ces nouvelles valeurs. Une société avec plus d'idéaux féminins mettra beaucoup de temps à vaincre la guerre, en la transformant en conflits positifs. Comme le souligne avec justesse, Barbara Ehrenrich, dans son essai Le sacre de la guerre, « …La guerre se révèle peu fidèle, même aux plus bellicistes des institutions humaines. On peu craindre qu'elle n'ait que faire des humains eux-mêmes. Les techniciens militaires du XX° siècle ont déjà mis en route une version de la guerre dans laquelle des « armes autonomes » auront la responsabilité de tuer des êtres humains sans ordre ni contrôle de l'homme ». (15) Si cette brève escapade dans le passé, le présent et le futur des guerres humaines nous informe à la fois sur leur permanence universelle au travers de transformations incessantes, elle ne nous éclairent pas cependant sur un point essentiel : quels sont les fils psychologiques profonds qui animent cette marionnette monstrueuse nommée guerre ? Suite du dossier (4/5) Les racines profondes du désir de guerre (à paraître début janvier 2004) – Sauveur Fernandez – Sauveur Fernandez,
44 ans, est consultant en communication et innovation responsables. Fondateur
de l'écoprospective, une méthodologie prospectiviste pour
imaginer et inciter à un futur plus solidaire. En
savoir plus.
Annexe – (1) Constat établi par le savant Suisse Jean-Jacques Babel en 1990. – (2) Extrait page 257 du livre « Le sentier de la guerre : visages de la violence préhistorique », par Jean Guilaine et Jean Zammit, éditions Seuil, 2001, 380 pages, 22,56 euros. – (3) Il reste très difficile d'étudier 2,5 millions d'années d'aventure humaine. Pour diverses raisons (grande diversité des cultures étudiées, conservation des matériaux, type d'arme utilisé sans équivoque…) il n'est possible de recueillir des documents fiables relatifs à la guerre préhistorique que depuis une période comprise entre vingt mille et trente mille ans, et dans quelques régions du monde seulement. – (4) Lire le livre de référence « Les guerres préhistoriques » de Lawrence Keeley, éditions du Rocher "l'art de la guerre", 1996, 354 pages, 22 euros. – (5) Exemple extrait du livre « Le sentier de la guerre », par Jean Guilaine et Jean Zammit,, page 103. – (6) Exemple extrait du livre « Les guerres préhistoriques » de Lawrence Keeley, page 57. – (7) Lire sur le sujet le livre « Âge de pierre, âge d'abondance », de Marshall Sahlins, éditions Gallimard, 1976. – (8) Exemple extrait du livre « Les guerres préhistoriques » de Lawrence Keeley, page 251. – (9) Réflexions extraites du livre « Carnage et culture : les grandes batailles qui ont fait l'Occident », par Victor Davis Hanson, éditions Flammarion, 2001, 600 pages, 25 euros. – (10) Pour en savoir plus sur le sujet, lire notamment le très controversé « Le choc des civilisations », de Samuel P. Huntington, éditions Odile Jacob, 402 pages, 22 euros – et « l'Occident et les autres : histoire d'une suprématie », de Sophie Bessis, éditions La découverte, 2001, 348 pages , 20 euros, (en particulier page 314). – (11) – Définition de la guerre asymétrique extraite du dossier principal de « La revue internationale et stratégique » : les conflits asymétriques, n°51, automne 2003, page 181. – (12) Constat extrait de la revue « Critique Internationale » : les guerres civiles à l'heure de la globalisation, n°18, janvier 2003, 181 pages, 18,50 euros. – (13) Réflexion extraite page 147 du livre « Le sacre de la guerre » : essai sur les passions du sang, de Barbara Ehrenreich, éditions Calmann-Levy, 1997, 181 pages, 18,50 euros. – (14) Réflexion extraite page 257 du livre cité plus haut en annexe (13). – (15) Réflexion extraite page 259 du livre cité plus haut en annexe (13).
Le dossier complet sur la guerre Première partie : introduction Deuxième partie : la guerre, une constante universelle en transformation permanente Troisième partie : les racines profondes du désir de guerre Quatrième partie : guerre et paix au royaume animal
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