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À la recherche des lois pacifiques de la guerre
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À la recherche des lois pacifiques de la guerre
Par Sauveur Fernandez 

Mai 2003 – Deuxième partie (2/6)
Révisé le 1er novembre 2003

Visuel guerreL'histoire des guerres, c'est aussi celle des multiples stratagèmes que l'humanité à élaborée pour éliminer ou amoindrir ce fléau.

Suite de l'article sur un sujet encore très mal connu, et qu'il est crucial d'étudier pour un 21me siècle sans holocauste :

nos cousins les animaux connaissent-il la guerre ?

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La première partie précédente introduit le sujet.

2 – GUERRE ET PAIX DANS LE ROYAUME ANIMAL

2/a – Pourquoi s'intéresser aux conflits entre animaux ?
Fille de l'éthologie humaine et de la génétique, la sociobiologie – fondée par l'entomologiste Edward Wilson en 1975 – se définit comme l'étude des formes de comportement social chez tous les animaux, y compris les êtres humains.

Elle soutient que, à l'instar des animaux, les comportements humains sont des mécanismes adaptatifs génétiquement programmés. (1) Cette approche très innovante respecte la spécificité humaine, mais la place dans la grande famille des espèces animales de la planète.

Il devient ainsi possible d'étudier attentivement comment nos cousins les animaux réagissent en cas de conflits, et quelles sont leur « recettes » pacifiques, dont nous pourrions éventuellement nous inspirer. Qui connaît l'animal peut mieux appréhender la complexité comportementale inhérente à l'homo sapiens sapiens.

2/b – La violence et les guerres animales existent-elle ?
La guerre, le meurtre, l'infanticide, le cannibalisme existent-ils chez les animaux ? (2)

Posons d'emblée un constat  : le « paradis animal » n'existe pas, dans la mesure où manger et être mangé font partie d'un processus naturel et crucial dans la nature : toutes les espèces vivantes y sont soumises, à l'exception de l'homme qui n'y échappe que depuis peu (3). La vie animale n'est pas un long fleuve tranquille. Mais aucune violence gratuite ne s'opère généralement dans ce grand mystère de vie : les animaux chassent, tuent et mangent sans cruauté ni agressivité excessives. La grande majorité d'entre eux, malgré un « quotidien » chargé, mène ce que nous pourrions même appeler somme toute une vie heureuse, ou pour le moins équilibrée… (4)

Une forme litigieuse de violence peut apparaître cependant, en particulier chez les rares espèces animales (singes, éléphants…) qui ne vivent pas dans un monde de pure perception et qui – comme l'humanoïde – font preuve d'un sentiment de morale (dans le sens d'une aptitude à se représenter le monde de l'autre) : il est fascinant de constater dans leurs cas que l'empathie, l'altruisme, et l'entraide désintéressée naissent en même temps qu'une agressivité, une violence, voire une cruauté plus complexes et plus troubles. La possibilité de se représenter « l'autre » devient un univers à tenir compte plein de promesses… et de peur ou d'incertitudes.

« Sur le chapitre de la violence gratuite ou extrême, le monde animal tout entier se distingue radicalement de l'homme…  »

Sur le chapitre de la violence gratuite ou extrême, le monde animal tout entier se distingue cependant radicalement de l'homme par l'intensité de ces pratiques : les guerres ouvertes entre bandes animales, au sens « humain » où nous l'entendons – comme celles pratiquées par exemple par les fameux chimpanzés de Gombe (5) – restent peu courantes ; les cas apparents de tuerie gratuite trouvent souvent une explication (6). Le viol, s'il existe, est très peu pratiqué, les rituels de la parade sexuelle étant là pour empêcher ces rapports de force. Quant aux infanticides, il sont très souvent le résultat de désordres biologiques ou de circonstances graves (pénurie alimentaire…).

Quelle est la raison de toute cette complexité comportementale ?

2/c – Violence et altruisme, les deux faces de l'instinct adaptatif
Les animaux ne sont pas, comme on l'a cru longtemps, des machines sophistiquées « programmées » à l'avance (le fameux instinct animal), et donc sans libre arbitre véritable. Depuis Konrad Lorenz dans les années vingt du siècle dernier, plusieurs générations de chercheurs sur la vie animale ont découvert progressivement que – à des degrés plus ou moins poussés selon les espèces – les animaux, comme l'homme, ont aussi une culture. Cette dernière est en effet une « invention » de la nature qui permet de résoudre le problème principal de l'instinct : sa rigidité. Un instinct pur, « codé en dur », manque de souplesse adaptative, car il ne peut tenir compte d'évolutions soudaines possibles des conditions environnementales dans lesquelles vit l'animal (perte de ressources en nourritures, nouveaux arrivants sur le territoire, etc.).

La culture et ses corollaires (l'apprentissage, le phénomène de l'empreinte, etc.) est donc un instinct adaptatif évolué – un méta-instinct – qui donne à l'animal (et à l'homme ! (7)) une part de libre arbitre qui lui permet de s'adapter en l'espace d'une seule génération à des problèmes ou situations imprévus. Mais qui dit libre arbitre dit évidemment possibilité de choisir : plusieurs options, positives ou négatives pour l'espèce apparaissent alors… La bonté, comme la cruauté, deviennent dorénavant possibles…

2/d – Quand la nature « prévoit » le bien et le mal
Nous l'avons vu, malgré des comportements plus complexes que nous ne pensions il n'y a pas si longtemps, la coexistence pacifique est généralement de règle chez les animaux. Mais cette coexistence n'a rien du miracle divin : elle s'opère par toute une série de rituels précis (8) et de mécanismes équilibrateurs (constitution génétique, pratiques sociales…) qui agissent en quelque sorte comme des « verrous » de sécurité qui tempèrent les facultés de libre-arbitre en empêchant la destruction de l'espèce par des décisions trop aléatoires.

Ces mécanismes assurent ainsi évitement de l'agression, réconciliation et rétablissement de la paix dans le groupe : par exemple si un loup se présente face au dominant, il saura adopter un comportement de soumission qui apaisera l'autre et évitera le combat. Les tentatives d'intimidation prennent le pas sur les blessures ; les actes patents de violence restent limités à des situations de crise (compétition pour un territoire de chasse…). La mort d'un individu est le plus souvent le fait d'un animal isolé (jeune, sujet âgé, malade) qui aura échappé à la protection du groupe. Ces comportements sociaux font partis de la culture globale d'une race animale donnée, et se transmettent de génération en génération : leur importance est si grande que, par exemple, les chevaux qui viennent des zoos sont beaucoup plus agressifs car ils ont perdus leurs rituels…

La nature donne d'autres petits coups de pouce « pacifiques » , comme par exemple en influençant la constitution physique même des espèces : la femelle du balbuzard pêcheur est plus grande que le mâle ; l'un et l'autre attrapent des poissons de taille différente, ce qui réduit la compétition entre eux et augmente leur réserve commune de nourriture (9). Notons aussi que la coexistence fraternelle entre espèces différentes par le biais de la biocénose (coopération avec bénéfice mutuel) est chose courante dans la nature : comme le mérou qui se fait nettoyer la bouche par de petits poissons, ou des canards et des mouettes qui nichent parfois ensemble pour se protéger des prédateurs (10).

Entre bonté et agressivité, le pragmatisme animal joue aussi un rôle : les animaux « savent » que la compétition consomme énormément d'énergie et qu'un animal chasseur blessé durant un combat est un animal mort : c'est pour cela que les prédateurs s'attaquent exclusivement aux animaux faibles ou malades.

La plupart des animaux, comme l'homme, sont aussi avides de pouvoir, comportement favorisé par une inégalité sociale très répandue chez les poulets, loups, chevaux, primates, et nombre d'espèces vivant en groupe (11). Mais les rapports de domination et de pouvoir qui en découlent inévitablement sont – de par leurs subtilités et leur complexité – dignes de nos diplomates les plus affirmés, ou de nos vies de couple au quotidien : ce n'est pas nécessairement le plus fort qui gagne, mais celui qui s'impose intelligemment et sait se constituer un réseau solide de relation ; en bref, qui a le meilleur « leadership ».

Les grands singes par exemple sont capable d'arbitrer un conflit, de faire preuve de diplomatie, de solidarité, de consoler, parce qu'ils savent que la conciliation est nettement plus avantageuse qu'un conflit durable (12). Certains éthologistes préfèrent d'ailleurs substituer à la notion de dominance celle de subordination pour souligner des conflits moins marqués par l'agressivité qu'il n'y paraît, et ou la nécessité de tenir compte (au moins par pragmatisme) du désir de l'autre transparaît bien plus.

En résumé, les relations animales se fondent primordialement non pas sur la violence, quelle que soit sa forme, qui reste épisodique et pathologique, mais bien plus sur l'art de la réconciliation et de la médiation (13), ce que nous regroupons en fait sous le terme générique de non-violence, popularisé par Gandhi (14)… Notons aussi le rôle important joué par les femelles dans ce contexte : toujours chez les grands singes, des femelles tentent fréquemment d'apaiser les conflits et de voler au secours des exclus (15).

L'histoire humaine est autrement plus violente…

Suite du dossier (3/5) La guerre, soeur fatale de l'espèce humaine

Sauveur Fernandez –

Sauveur Fernandez, 44 ans, est consultant en communication et innovation responsables. Fondateur de l'écoprospective, une méthodologie prospectiviste pour imaginer et inciter à un futur plus solidaire. En savoir plus.

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Annexe

– (1) Certains lui préfèrent les termes de « écologie comportementale » ou « psychologie évolutionniste » pour sortir définitivement de la classique notion d'instinct animal, et mieux faire ressortir la souplesse adaptative du comportement animal (homme compris) et exprimés par la culture, l'apprentissage…

L'écoprospective, méthode innovante de prospective responsable mise au point par L'Éconovateur, intègre les dernières recherches en matière de sociobiologie prospective.

– (2) Nous excluons volontairement les insectes, et même les plantes, de la réflexion sur la violence chez les formes de vie autres que l'homo sapiens sapiens, car, selon les auteurs Jeffrey Moussaieff Masson et Susan McCarthy, les insectes, par exemple, sont trop différents de nous pour en tirer des conclusions valables.

– (3) Échappons-nous vraiment, même aujourd'hui, à cette loi éternelle du manger et être mangé ? La mise sous terre lors d'un enterrement reste une symbolique très fort du « retour à la terre », mère de toute vie (elle « porte » les plantes, qui « portent » l'animal… et l'homme !). De plus, les virus, bactéries, microbes se chargent, au travers des maladies, de nous rappeler la relativité de notre statut d'espèce toute puissante.

– (4) Pour en savoir plus sur la coexistence pacifique entre espèces animales dans la nature, et briser le mythe d'une nature cruelle, lire une synthèse du livre « Invitation à la science de l'écologie » de Paul Colinvaux.

– (5) « …Les fameux chimpanzés de Gombe attaquent d'autres bandes sans avoir été provoqués, avec des intentions meurtrières ; non seulement ils patrouillent sur leurs frontières mais ils effectuent des raids contre leurs voisins. Ils sont capables de s'entretuer et de s'entre-dévorer. ». Extrait page 189 du livre « Quand les éléphants pleurent » de Jeffrey Moussaieff Masson et Suan McCarthy – Édition J'ai lu, 2002 – 383 pages, 6,50 euros.

– (6) Un exemple de tuerie animale apparemment gratuite, mais qui s'explique « Les orques qui se précipitent sur plusieurs poissons à la fois réussissent à manger plus que si elles tuaient les poissons les uns après les autres et les mangeaient au fur et à mesure, car le reste du banc se sauverait. ». Extrait pages 205 et 206 du livre cité en annexe (6).

– (7) L'homme serait ainsi dans ce contexte supérieur à l'animal, non pas par des qualités uniques (culture, apprentissage) mais seulement par un méta-instinct plus poussé (8). En savoir plus sur les métas-facultés adaptatives remarquables de l'homme.

– (8) Les rites jouent aussi chez l'animal un rôle de mémoire collective semi-rigide, destinée à être transmise aux générations suivantes, mais pouvant éventuellement être modifiée au cours des générations par ces dernières. Chez l'homme, les rites, coutumes et traditions jouent ce rôle.

– (9) Exemple extrait page 192 du livre cité en annexe (6).

– (10) Exemples de biocénose extraits pages 190 et 191 du livre « La plus belle histoire des animaux » par un collectif d'auteurs (Pascal Picq, etc.) aux éditions Seuil, 2000 – 224 pages – 14,50 euros. Pour en savoir plus sur la biocénose, voir annexe (5).

– (11) Extrait page 268 du livre « Quand les singes prennent le thé » de Frans de Waal - Édition Fayard, le temps des sciences, 2001– 383 pages – 20 euros.

– (12) Exemple extrait page 191 du livre cité en annexe (11).

Autre exemple : les femelles singes opèrent souvent un soutien collectif à un chef qu'elles connaissent plutôt qu'à un jeune parvenu trop agressif (extrait page 269 du livre cité en annexe 121).

– (13) Citons aussi brièvement d'autres stratégies d'apaisement en apparence moins connues ou moins nobles, comme l'acte sexuel, le jeu, le repos, l'expulsion du territoire, la mort de l'animal, le bouc émissaire (animal sur lequel tout le groupe se défoule, mais ayant néanmoins aussi sa place dans le groupe).

– (14) Pour en savoir plus sur la non-violence, lire une synthèse de livre « La Non-violence active », De Olivier Maurel.

– (15) Extrait du livre cité annexe (11), page 190 : « cette propension des femelles à l'apaisement des conflits provient certainement de leur aptitude à « materner, consoler éduquer, tempérer ».

Le dossier complet sur la guerre

Première partie : introduction

Deuxième partie : guerre et paix dans le royaume animal

Troisième partie : la guerre, soeur fatale de l'espèce humaine

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