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pour Première parution dans le magazine Silence, n° 290 de décembre 2002. Version adaptée exclusive sur Internet. Avril 2003 La
microhydraulique constitue une alternative d'avenir en tant qu'énergie
hydroélectrique, notamment par son insertion « douce »
dans l'environnement, contrairement aux grands barrages. Cependant ses détracteurs ne sont pas ceux que l'on pourrait croire. En effet, certains écologistes, adeptes d'une nature inviolée, s'opposent à la propagation de l'une des principales sources d'énergie renouvelable.
Introduction Depuis plusieurs années, les écologistes s’opposent sur le bien fondé des micro centrales hydroélectriques. Une position, couramment adoptée, consiste à les dénigrer systématiquement, les accusant du dépeuplement piscicole : ce sont en général des « défenseurs de la nature » qui sont surtout préoccupés de sauvegarder leur activité de loisir – en l’occurrence la pêche – mais peu enclins à reconnaître le rôle que peuvent jouer ces petits équipements dans la production d’énergie renouvelable. Le rôle des écologistes consiste à agir pour un aménagement durable et respectueux de la planète, pas à nous contraindre de vivre dans une réserve naturelle ! Dès lors qu’il vit sur la Terre, l’homme y pose son empreinte et, qu’il le veuille ou non, sa seule présence modifie la nature. L’urgence des mesures à mettre en œuvre pour limiter les dégâts de l’effet de serre, conséquence des activités humaines irraisonnées, doit saisir chaque citoyen : nous n’avons plus le choix car, outre l’arrêt du gaspillage d’énergie et l’amélioration énergétique pour tirer un meilleur parti de l’énergie consommée, il est indispensable de réduire l’usage des combustibles fossiles en cours d’épuisement, cesser la course au nucléaire aux risques monstrueux et développer les énergies « renouvelables » (ce qui ne signifie pas qu’elle ne sont pas sans impact sur la planète). État des lieux de la filière en France Hors grande hydraulique (unités de plus de 10 Mégawatts installés) dont il n’est plus question d’augmenter le parc, il existe aujourd’hui 1 810 micro centrales – dont 326 au groupe EDF, 32 à la SNCF et 1 452 à des producteurs indépendants – produisant 8,45 TWh (1 300 centrales sont d’une puissance inférieure à 1 000 kW), soit environ 1,5 % de la production électrique nationale et 10 % de la production hydroélectrique nationale. Comparé aux 70 000 installations du XIXe siècle, les rivières françaises sont donc loin aujourd’hui du seuil de saturation, et, de plus, la plupart des centrales sont dotées de dispositifs de franchissement pour les poissons. La facilité d’exploitation de ces équipements, leur technologie parfaitement maîtrisée (contrairement au nucléaire), leurs conséquences limitées et réversibles sur l’environnement, en font donc une énergie renouvelable cruciale qui arrive, en potentiel, au deuxième rang derrière la biomasse, et loin devant l’éolien ou le photovoltaïque. Tous les organismes qui se posent le problème de l’énergie de demain sont convaincus que le « gisement » peut encore être exploité, raisonnablement, en respectant des contraintes environnementales : tous proposent des installations dont la puissance cumulée se situe entre 4 et 9 TWh (2). Or depuis 10 ans, pratiquement aucune nouvelle installation n’a été réalisée en France : l’opposition des « défenseurs de l’environnement », sous la pression essentiellement des pêcheurs, a eu raison de la logique équilibrée qui aurait dû prévaloir, posant le problème de l’intérêt général et des conséquences dramatiques que l’effet de serre est en train de provoquer, et inclure un développement de la microhydraulique, harmonieux et consensuel. Le labyrinthe de la réglementation Toutes ces informations nécessitent au mieux trois ans, parfois jusqu’à 10 ans et 30 000 à 50 000 euros d’investissement, sans qu’il soit possible d’affirmer que cet investissement pourra déboucher. C’est actuellement un des points de blocage du développement, car devant le nombre de dossiers refusés sous la pression des opposants, plus aucun investisseur ne veut prendre un tel risque. Une fois le dossier complet déposé, il faut encore de nombreux mois d’instruction par les services de police des eaux (DDA, services de navigation, etc.) et des passages à la DRIRE, DIREN, Service départemental d’hygiène, associations de protection de la nature, Conseil supérieur de la pêche, mise à l’enquête publique, etc., pour que le préfet publie enfin un « règlement d’eau » arrêtant les conditions de l’autorisation d’exploiter et la durée de l’autorisation (actuellement de 40 ans au maximum). Les contraintes d’insertion environnementale des équipements (aspects visuels, acoustiques) sont également très importantes en France : elles exigent du demandeur des moyens importants pour intégrer les équipements (il est quasiment obligatoire d’enfouir les lignes électriques) et minimiser les effets des travaux.
Un potentiel énergétique très
intéressant et prometteur Elle ne perçoit aucune subvention. Les petits équipements bien disséminés sur l’ensemble du territoire réduisent sensiblement les nécessités de transport par lignes THT. Une petite installation a un rendement net, toutes pertes confondues, de l’ordre de 80 %, avec des temps de fonctionnement de l’ordre de 90 % : une micro centrale est donc une installation à fort potentiel énergétique. Cette énergie décentralisée est aussi créatrice d’emplois ruraux, et de ressources fiscales souvent uniques au niveau des petites communes qui les abritent (108,5 MF ont ainsi été versés aux collectivités locales en 1992, 4,3 MF de redevance aux agences de l’eau, et 2,7 MF de dons aux associations de pêche). On estime à 2 000 les emplois actuellement induits par les micro centrales, mais la compétence technique qui mettait la France au premier rang de cette industrie est en train de se perdre de façon dramatique, par étranglement de la filière : une seule installation nouvelle a été réalisée en 2000. Impacts sur l'environnement Équipements de petite taille, intégrant actuellement des contraintes de plus en plus sévères, les micro centrales fonctionnent très rarement « en éclusée », ne turbinant quasiment qu’au fil de l’eau, sans lâchers ni marnages conséquents comme la grande hydraulique. Les avantages Sur les plus basses chutes, les installations sont le plus souvent développées sur d’anciens seuils de moulins auxquels ont été rajoutés passes à poisson, passes à canoë, et d’autres équipements de sauvegarde apportant un plus par rapport aux anciennes structures. Une micro centrale n’émet aucun gaz à effet de serre, ne produit aucun déchet ; elle n’a pas de conséquence sur les phénomènes atmosphériques, comme les grandes retenues ; l’installation de 1 000 MW supplémentaires, produisant en une année normale environ 4 TWh, correspondrait annuellement à :
Elle contribue à la régularisation de certains cours d’eau par la limitation des crues et surtout à la dépollution des cours d’eau par enlèvement des détritus flottants, récupérés dans les dégrilleurs, et mis en décharge le plus souvent aux frais de l’exploitant. Les passes à poissons bien étudiées permettent aux migrateurs de trouver des zones de repos, plus nombreuses que dans les parcours naturels : la réduction du débit de gros torrents de montagne renforce la capacité d’accueil et de reproduction des salmonidés. Elle permet une diminution de la dépendance énergétique puisqu’elle produit de l’énergie localement, et allège les structures de transport d’énergie. L’installation d’une micro centrale est totalement réversible, ne nécessitant pour la faire disparaître sans laisser de résidu que quelques semaines, permettant un rétablissement naturel du cours d’eau, et une éventuelle régénération de la vie aquatique dans les délais les plus restreints. Leur démolition ne laisse aucun déchet à gérer par les générations futures. Les « mesures compensatoires » exigées pour l’obtention d’autorisation sont souvent l’occasion d’améliorations locales non négligeables : accès aux terres, pistes rurales ou forestières, irrigation des terres, fourniture d’alevins, création de zones de pêche, restauration de la circulation du poisson, etc. L’énergie réservée, les taxes et redevances, la création d’emplois en zones reculées, permettent d’assurer une contribution économique et sociale que les équipements de grande dimension concentrent sur des zones privilégiées. Les inconvénients
Définir un cahier des charges réaliste Une concertation de gens disposés au dialogue constructif peut permettre ce pas en avant, sans que les cours d’eau aient à souffrir de façon dramatique de ces équipements qui, ramenés à l’échelle du réseau hydrographique national, sont infiniment moins pénalisants que les grands équipements autoroutiers, immobiliers, industriels ou de loisir construits souvent sans aucune opposition. Un certain nombre de mesures doivent être appliquées systématiquement :
Jean-Marie Dyon L'auteur est
membre de la Fédération Rhône-Alpes de protection
de la nature et président de la commission énergie de la
Frapna Isère.
Annexe (1) La puissance d’un équipement s’exprime en kW (mille watts), MW (un million de watts), TW (un milliard de watts), (c’est la puissance qu’il peut fournir au maximum à un instant) ; l’énergie produite (c’est la puissance fournie pendant un laps de temps) en kWh, MWh, TWh. – (2) Rapport Cochet (+ 8 TWh), plan national de lutte contre le réchauffement climatique (+ 4 TWh), Manifeste du réseau « Sortir du nucléaire » (projet de 5 à 6 000 installations soit + 9 TWh), et différentes augmentations proposées dans les « Schéma des services collectifs de l’énergie ». – (3) Dépenses induites par l’équipement et supportées par la collectivité.
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