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Low-tech, la deuxième voie technologique Par Sauveur Fernandez 

Décembre 2002 – Deuxième partie (2/5)
Révisé le 15 novembre 2003

Visuel low-techUne deuxième voie existe, qui peut nous éviter de choisir entre retour à l'âge des cavernes et face sombre du high-tech (pollution, gaspillage des ressources…) : le low-tech

Suite de l'article sur la quête d'une utilisation bénéfique et sûre des pouvoirs technologiques de l'homme.

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La première partie à introduit la nécessité de pratiquer une science autrement, et propose une nouvelle approche scientifique et technologique avec le low-tech, tout en définissant ses racines historiques.

2 – DÉFINITIONS ET EXEMPLES DU LOW-TECH

2/a – Le low-tech : définition
Tentons une définition précise du low-tech :
créer
des technologies matérielles ou sociales porteuses de sens, car soucieuses d'une influence positive et durable sur l'espèce humaine, les autres formes de vies, et la planète terre.

2/b – Un concept multiforme
Au-delà de la simplicité de sa définition, le low-tech est difficile à décrire concrètement car il est à tout à la fois une science, une technologie, une philosophie et une attitude de vie :

L'agriculture durable, les énergies renouvelables, les sciences systémiques (écologie), les médecines analogiques quantiques ou énergétiques sont des sciences low-tech.

Le pain complet, le vélo, la montre rechargeable par le mouvement humain, l'ouvre-boîte manuel, les matériaux biodégradables, sont des technologies matérielles low-tech.

Les rites et traditions, les mythes, la diplomatie, les religions, les règles du savoir-vivre, le travail manuel, les techniques de développement personnel sont des sciences et technologies sociales low-tech.

La marche à pied, regarder un paysage avec ses propres yeux, passer un dimanche à discuter avec ses voisins, sont, eux, des attitudes low-tech : il s'agit ici de privilégier l'usage direct des outils naturels dont nous disposons (mains, yeux, pieds, et même raisonnement (outil conceptuel)), avant de les utiliser pour créer ou utiliser des extensions technologiques de nous-même (prothèses) : voitures, machines, télévision, ordinateurs, téléphones (1)… Une deuxième forme d'attitude low-tech consiste aussi à se servir le mieux de nos technologies high-tech actuelles : ne pas passer plusieurs heures par jour devant sa télévision, préférer le train à l'avion, utiliser les antibiotiques en dernier recours, etc.

Le low-tech est donc d'abord avant tout une attitude, une philosophie de vie, avant d'être une technologie ou une science : on peut très bien pratiquer une technologie low-tech d'une mauvaise façon (comme l'agriculture biologique industrielle (voir en partie 4), ou les très grosses centrales éoliennes) et, à l'inverse, utiliser de façon adéquate une technologie high-tech.

« Le low-tech est actuellement très mal compris en tant que démarche scientifique globale alternative… »

2/c – Un concept émergent, des définitions hésitantes
Si le low-tech possède des racines historiques millénaires, il est paradoxalement encore très mal compris en tant que démarche scientifique globale alternative, et dans les termes que nous posons dans ce dossier.

Plusieurs autres définitions – à notre sens bien plus restrictives – du low-tech circulent, et qui sont révélatrices de la nouvelle jeunesse de ce concept, handicapé par sa pluralité d'approche : par exemple, le « Cambridge International Dictionary of English » le définit simplement comme une utilisation de matériels ou méthodes non récents*. Au niveau économique, les entreprises sont considérées comme low-tech quand elles requièrent un équipement technique relativement simple : entrent dans cette catégorie les activités tertiaires (commerce, services personnels, secteur de l'hôtellerie, de la restauration, gastronomie… ), mais aussi les ateliers vestimentaires, l'artisanat, etc. (2).

Ces approches, binaires, centrées uniquement sur le degré de sophistication des techniques utilisées et amputées d'une réflexion sur le sens de nos créations, ont pour inconvénient de considérer simplement ces secteurs comme potentiellement high-tech : c'est ainsi que les centres d'appels (call-center), considérés pourtant comme une activité tertiaire type, évoluent de plus en plus vers la sophistication croissante des matériels et logiciels informatiques, automatisant ainsi toujours plus le contact humain. Les épiceries de quartier commencent à être concurrencées par des magasins robots automatisés, où la présence humaine est définitivement supprimée.

Le secteur artistique musical moderne (musique engagée, techno), a quant à lui meilleure conscience d'une approche plus profonde du low-tech : l'utilisation par la techno de matériels informatiques obsolètes (vieux PC 386) reflète d'abord une certaine recherche d'un son plus « authentique ». Certains artistes vont plus loin : Stromajer, avec son projet sonore low-tech minimaliste « trash », persiste à créer un lieu destiné à l’individu et à aborder des idées complexes dans la simplicité. (3). La pensée low-tech sert aussi pour les « artivistes », artistes faisant preuve d'une attitude critique face à une société capitaliste post-industrielle dont ils sont cependant issus (4).

2/d – Low-tech, écodesign, écotechnologies, écosciences, même combat ?
Quelle différence y a t-il entre le low-tech et l'écodesign ? Ce dernier se focalise surtout par le souci de ne pas nuire à l'environnement tout au long du cycle de vie d'un produit, dès sa phase de conception ou d'amélioration. Si des recherches de dématérialisation ou d'économie d'usage du produit sont présentes, c'est d'abord pour économiser un maximum de ressources naturelles.

Le low-tech quand à lui se concentre d'abord sur le sens du produit ou du service à créer, la notion d'innovation sociale et de savoir populaire (voir en cinquième partie du dossier) et l'utilisation harmonieuse et intelligente des savoirs anciens. L'écodesign est une facette du low-tech par son souci d'économie des ressources et de copie intelligente des « process » naturels de la nature.

Les termes écotechnologies, écosciences sont aussi de plus en plus utilisés pour qualifier une science plus écologique : là aussi ces dénominations nous paraissent incomplètes, car elles suggèrent que PLUS de sciences et de nouvelles technologies résolveront tous les problème alors qu'il est plutôt question d'utiliser les sciences et technologies anciennes et nouvelles AUTREMENT.

Suite du dossier (3/5)  Le low-tech en détail : ses 4 principes fondamentaux

Sauveur Fernandez

Sauveur Fernandez, 44 ans, est consultant en communication et innovation responsables. Fondateur de l'écoprospective, une méthodologie prospectiviste pour imaginer et inciter à un futur plus solidaire. En savoir plus

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Annexe

– * Tous les liens sur le low-tech.

– (1) D'un point de vue cognitif, un des avantages fondamentaux des outils naturels de l'homme, utilisés directement (parler à son voisin, se déplacer à pied), est que celui-ci continue à se reconnaître dans une réalité qui date de la nuit des temps, qu'il appréhende directement, et qui lui permet de dire, « je me situe, donc j'existe ». Il n'est pas question de critiquer la faculté d'extension des 5 sens que les prothèses technologiques nous offrent, mais plutôt leur usage inconsidéré. On peut s'interroger en effet sur les conséquences à long terme sur la psyché humaine de l'utilisation systématique d'un véhicule pour aller chercher son pain à 200 mètres de chez soi…

– (2) Extrait des textes « Le secteur tertiaire au Canada », et « Sport : culture en mouvement »

– (3) L'article sur l'artiste Stromajer

– (4) En savoir plus sur les « artivistes » et leur attitude low-tech, lire : « Créer = détruire ».

Tous les articles sur les sciences et technologies
par ordre de lecture recommandé

La tentation de l'inceste de civilisation : notre époque, amoureuse d'elle-même et de sa technologie, ignore superbement les autres formes de vie : nous vivons un inceste de civilisation.

High-tech : bienvenue en technotopie (1re partie) : le progrès technologique, au-delà de ses bienfaits indéniables, provoque aussi des crises multi-sectorielles dangereuses…

High-tech : bienvenue en technotopie (2me partie et fin) : la face sombre de la technocroyance, et ses conséquences.

Low-tech : la deuxième technologique (1re partie) : une autre voie technologique existe, qui peut nous éviter de choisir entre confort de vie et société du risque. Historique des sciences et technologies low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (2me partie) : définition et exemples.

Low-tech : la deuxième technologique (3me partie) : les 4 points fondamentaux du low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (4me partie) : les obstacles au low-tech.

Low-tech : la deuxième voie technologique (5me partie et fin) : low-tech versus high-tech, vivre et penser low-tech dès aujourd'hui.

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