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Écoprospective
Voir autrement   Octobre 2001

Les vrais points faibles
de l'Occident

VisuelAprès les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, il a souvent été dit, à juste titre, que notre fierté légitime, la démocratie, nous rend définitivement désarmés face à de telles attaques. Mais nos modèles économiques de production, l'adoption actuelle de nouveaux choix de société, et un certain égoïsme nous affaiblissent bien plus…

Imprimer l'article : éco-prospective, critique, prospective, anticipation, voir autrement, démocratie, attentats, éthique, 11 septembre 2001, non violence, non-violence, pacifisme Recommander l'article Commenter l'article :

Le constat
La chute des Twin Towers à New-York, met spectaculairement en évidence un dilemme terrible : comment lutter efficacement contre le "terrorisme" dans une civilisation où la liberté des personnes est sacrée ? Comment peut-on renforcer la sécurité de chacun sans toucher aux libertés individuelles, sans détruire les principes fondateurs mêmes de nos démocratie ?

Les faiblesses "naturelles" des démocraties
Ce qui caractérise sans doute le plus l'Occident face aux autres civilisations est l'application du principe démocratique : la démocratie est d'abord un régime politique basé sur l'apparition de la souveraineté du peuple et de l'État de droit : c'est un état social. (1)

Ce "respect" du peuple en général, et de chaque individu en particulier entraîne une notion nouvelle en regard de l'histoire : le droit sacré à l'individualité.

Il est facile de comprendre à ce point que la démocratie n'est pas un droit mais un acquis fragile. Ce qui fait sa force est sa légitimité, le respect de chacun, est aussi son plus grand point faible : les "terroristes" l'ont bien compris : il est bien plus facile de se "fondre" dans une démocratie et d'y fomenter des attentats que dans certains pays communistes ou États-dictatures.

Évidemment, l'Occident n'applique pas une démocratie parfaite, surtout dans sa politique étrangère (comme nous allons le voir ultérieurement). Cependant, dans les pays économiquement riches, son enracinement y est suffisamment concret pour que ce constat reste valable.

Les forces cachées
Heureusement, les sociétés démocratiques sécrétent aussi naturellement un "anticorps" puissant et quasi-magique, capable d'assurer non seulement leur survie, mais aussi leur expansion en tant que système de gouvernement "social" : l'attrait "idéologique" extraordinaire que la démocratie exerce sur les sociétés aux libertés opprimées, les emmènent à désirer suivre plus ou moins ouvertement le même chemin.

La quête démocratique n'est donc pas la recherche utopique d'une meilleure humanité, condamnée à disparaître face à des "forces du mal" impossible à combattre.

Les vrais points faibles de l'Occident sont ailleurs.

Un modèle économique de production dangereux
Les pays riches subissent actuellement des crises économiques multi-sectorielles répétées : dioxine, vache folle, amiante, expansion du Sida…

Les attaques américaines ont de plus révélé la vulnérabilité des centrales nucléaires faces à des menaces "terroristes" éventuelles (la France, avec ses 58 "points mortels d'énergie", est à cet égard particulièrement en danger). (2)

"Aujourd'hui,
une seule usine peut fournir des millions de consommateurs…"

Le point commun de toutes ces crises et points faibles est l'extrême fragilité du mode de production économique de notre société (3) : aujourd'hui, une seule usine peut fournir des millions de consommateurs : par exemple, 1 bière sur 3 consommée en France provient de l'usine K2 d'Obernai près de Strasbourg. Que survienne un incident sanitaire en début de chaîne, et des millions de consommateurs sont menacés.

À ces effets secondaires "imprévus" générés au nom d'une hyper-rationalité économique, s'ajoute la menace "terroriste" : les actes de violences contre la société deviennent soudainement plus faciles, avec des moyens limités en égard des résultats obtenus :
injecter un virus informatique dans "Windows" système d'exploitation mondialisé et monopolistique, infecter une boisson exportée internationalement (les contrôles de sécurité ne visent que des ingrédients connus), atteindre des centrales nucléaires pouvant irradier des régions entières (des preuves concrètes de telles tentatives ont déjà été faite en 1993 aux USA (2)), contaminer l'eau des stations d'épurations, les possibilités ne manquent pas.

La face sombre des nouveaux choix de société
À ces menaces, désormais classiques, de nouvelles formes vont s'ajouter avec l'adoption des biotechnologies : les coups de butoirs que subit actuellement le moratoire européen sur les OGM risquent de réussir et de provoquer une "démocratisation" sans pareille de ces "innovations", pouvant, outre les problèmes sanitaires ou politiques connus, ouvrir la voie à des conceptions bon marchés de bio-armes accessibles à de petits pays ou certaines organisations.

Utilisant la génétique et le génie bio-moléculaire, elles pourront, par exemple, cibler une population, être indécelables, ou immuniser l'agresseur… et ne plus être réservées aux seules grandes puissances. (4)

La globalisation actuelle de l'économie n'arrangera pas les choses : nos modes de productions, véritables passoires à risques s'étendent rapidement au monde entier…

L'égoïsme de la mondialisation de notre système économique
Quand les cours du café chutent actuellement avec des records historiques, ce sont des régions entières dans les pays émergents qui sombrent, n'ayant pas la chance d'être subventionnées par leur pays. Le consommateur se réjouira avec un prix (pas toujours) revu à la baisse.

Quand aux familles ruinées, elles iront grossir les producteurs de champs de marijuana ou de cocaïne, ou serviront de viviers humains pour les "terroristes". Les vertus démocratiques de l'Occident s'arrêteraient-elles là où commence l'économie globale ?

La perte inexorable de nos liens sociaux
Un des paradoxes surprenants de la démocratie, est que celle-ci, en favorisant l'individualité diminue le lien social (1). Nous le savons tous, il est devenu bien plus facile de parler à un inconnu lors d'une discussion sur Internet que d'aller prendre l'apéritif avec son voisin de palier.

Une conséquence peu connue, de cette "indifférence sociale", en matière de sécurité civile, est la grande facilité à laquelle un individu ou un petit groupe mal intentionnés peuvent se "fondre" dans une population sans être repérés. Cette "furtivité" est souvent confondue, à tort, avec notre sacro-saint principe de liberté individuelle :
les "serial-killers", par exemple, ne datent pas d'aujourd'hui. Mais leur nombre était bien plus réduit en Occident quelques siècles en arrière, car il était plus difficile alors, de vivre incognito dans un village ou un quartier soudés, qu'aujourd'hui.

Conclusion : agir pour promouvoir d'autres modes de production et restaurer de meilleurs rapports sociaux
Toutes ces menaces sont-elles inéluctables ? Est-ce le prix à payer pour vivre dans l'aisance matérielle ? L'unique solution de protection est-elle un renforcement des contrôles de l'État sur la population, au prix de nos libertés civiques ?

Curieusement, les combats menés par de multiples associations et organismes pour promouvoir la démocratie locale, les énergies renouvelables, l'alimentation biologique, les médecines alternatives, et le resserrement des liens sociaux (repas de quartier, entraide, jardins sociaux, démocratie locale…) trouvent des raisons autres que sanitaires, environnementales ou sociales pour être menées.

Ces nouveaux modes de société alternatifs, en mettant l'accent sur les liens sociaux, la production locale et la décentralisation de l'économie, renforcent aussi nos sociétés face aux violences et agressions.

Imaginons, pour reprendre l'exemple de la bière, des milliers de petits producteurs locaux, au lieu de quelques méga-usines : les possibilités de contaminations sanitaires ou de violences humaines sont bien moindres.

Pour les énergies renouvelables, la décentralisation énergétique qui devrait accompagner leur développement, éviterait de trop concentrer les sources énergétiques, en particulier nucléaires…

Quand aux liens sociaux, une société plus soucieuse d'augmenter les rapports humains que son pouvoir sur la nature ou sur elle-même (technoscience) tendrait à moins confondre indifférence et liberté, et éviterait plus sûrement l'apparition de voix mineures désespérées, prêtes à tout pour se faire entendre.

Si une guerre doit être menée, l'ennemi à combattre est d'abord notre égoïsme.

- Sauveur Fernandez -

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Bibliographie/En savoir plus :

(1) Un article avec de bonnes réflexions sur les principes démocratiques : "Tocqueville, l'aristo démocrate" Alternatives Économiques, n°188, janvier 2001, page 81.

– Pour une critique intelligente et constructive des principes démocratiques, lire "Pourquoi je suis devenu moyennement démocrate", de Vladimir Volkoff.

(2) Menaces terroristes sur les centrales nucléaires US, le point
Un article de Mat Bivens - The Nation (anglais), septembre 2001.

(3) Un article sur les dérives agro-alimentaires d'un excès de productivité : "Du poison dans nos assiettes", Marianne, du 11 au 19 septembre 1999.

(4) Un livre intéressant sur les armes secrètes : "Les armes de l'ombre". De Marc FILTERMAN, Collection Cicéron, 2000

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