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et défis du commerce équitable Mars 2002
Les grands principes du commerce équitable Le commerce équitable est dabord une économie au service de l'être humain : il cherche à remplacer les rapports d'aide ou d'assistance entre le Nord et le Sud par des relations commerciales équitables, contournant en même temps l'échange économique inégal actuel entre producteurs et importateurs. La signature de ce mouvement, "Trade not Aid", reflète parfaitement cette mission. Dune façon plus large, le commerce équitable s'inscrit dans l'ensemble des pratiques désignées par le terme générique d'"économie solidaire", dont il est en quelque sorte la branche internationale. Actuellement, ses actions se situent généralement
dans une dimension Nord-Sud, dans laquelle les producteurs sont
au Sud, les importateurs et les consommateurs au Nord. Le commerce équitable
vise à établir des relations directes entre ces deux
bouts de la chaîne, reposant sur des critères précis,
notamment "un juste prix", permettant
ainsi aux producteurs de vivre dignement et des relations
reposant sur la confiance partagée, la transparence et la durée. Limportance du consomacteur Limité dans ses choix jusqu'aux années 1980 par une gamme de produits réduite (artisanat, café, cacao, thé, miel), le consommateur voit sétendre peu à peu loffre de produits équitables : tapis, bananes, jus d'orange, fleurs Quand léconomique rejoint le politique
Son importance est donc non seulement économique, mais également politique, par la démonstration que d'autres types de relations commerciales à l'échelle internationale sont possibles. Les organisations de commerce équitable mènent par exemple des campagnes dénonçant l'iniquité des règles du commerce international, et les conséquences d'une libéralisation à outrance. Une réalité bien établie Cette diversité, commune aux acteurs de léconomie solidaire, permet dexplorer différentes voies daction. Bien qu'elle entraîne parfois des polémiques, elle na pas empêché les acteurs de se structurer au niveau européen suivant chacun de ces modes daction. Actuellement, lensemble de ces structures européennes dialoguent entre elles au sein du réseau FINE (FLO, IFAT, NEWS!, EFTA voir section liens ci-dessous). La discussion devrait aussi inclure les organisations de producteurs, et le commerce équitable régional (voir plus bas). Les chiffres du commerce équitable en Europe Les organisations importatrices avaient un chiffre d'affaire annuel d'au moins 120 millions d'euros, celui des produits labellisés étant de 210 millions d'euros, pour un total de 260 millions environ (en éliminant les doublons). De 1 à 3 millions de producteurs du Sud bénéficient des conditions du commerce équitable. Reconnaissance limitée par les institutions européennes L'"éthique" étant actuellement une tendance montante, le commerce équitable a vu sa notoriété augmenter sensiblement, notamment dans des pays jusqu'alors "en retard", comme la France. Les grands défis à relever A cause de sa popularité croissante, des cabinets de conseil internationaux s'intéressent à la question, et pourraient proposer leur propre définition et pratiques de "commerce équitable". Mais les doutes récents sur leur crédibilité (le scandale d'Enron aux Etats-Unis illustre leurs liens avec les grandes corporations) incitera à une évaluation précise du respect des critères, et de leur impact sur les différentes formes de commerce équitable proposées par ces cabinets. La notoriété croissante du commerce équitable n'est donc pas sans risque. Quelle signification aurait un "commerce équitable" contrôlé par la grande distribution et des cabinets internationaux ? Ni les uns ni les autres n'ont jamais cherché l'intérêt du producteur ou du consommateur final, mais le meilleur retour sur investissement, ou une bonne image de marque, lequels sexercant souvent au détriment du petit agriculteur. D'autres questions existent, comme la relation entre commerce équitable, durabilité, et développement local. Elles seront examinées au paragraphe suivant. Le développement quantitatif et qualitatif du commerce équitable suppose donc avant tout celui d'une consommation consciente et responsable, qui permettra son expansion tout en évitant les pièges posés par la grande distribution et les multinationales. Nous le voyons, les relations à prendre en compte sont complexes et font intervenir la production, l'importation, la distribution, la certification, les transports et le mode de production. Le cas de lagriculture biologique Une convergence des deux mouvements paraît donc logique et souhaitable. L'évolution du commerce équitable au cours des dernières années va vers une meilleure valorisation de la qualité des produits : qualité intrinsèque, mais aussi qualité intégrale, donc biologique, pour les produits alimentaires. Inversement, une partie du mouvement de l'agriculture biologique prend largement en compte l'aspect social de la production.
Le commerce équitable, première
étape vers un commerce durable ? Par exemple, si l'on prend en compte le fait que les transports internationaux sont une des principales sources de pollution, qui met en péril l'équilibre climatique de la planète, on constate que cet aspect n'a pas été pris en compte par le mouvement du commerce équitable. Il est urgent de le faire. L'organisation Greenpeace plaide dans un rapport intitulé "Safe Trade in the 21st Century" pour la prise de conscience des risques écologiques et sociaux représentés par le cadre actuel du commerce international. Ce rapport insiste pour la nécessité d'un cadre global juridique, politique et institutionnel qui permettrait la mise en place dune économie mondiale plus équilibrée, dont l'impact sur l'environnement et les ressources naturelles serait soutenable, et qui bénéficierait à tous, avec plus d'équité et de justice. En l'absence d'un tel cadre, cette organisation affirme que le commerce conduirait le monde de plus en plus loin du développement durable. En effet, les filières équitables elles-mêmes ne sont pas à l'abri de certains effets négatifs du commerce international. Outre l'impact des transports évoqués ci-dessus, mentionnons la forte instabilité des marchés d'exportation pour les producteurs, leur intégration parfois faible dans l'espace local, la concurrence des cultures vivrières et des cultures d'exportation. Ces faiblesses sont à relativiser en fonction des contextes, mais n'en sont pas moins réelles dans de nombreux cas. Conclusion : pour un commerce équitable
intégré, présent à différentes échelles Un tel commerce équitable devrait aussi articuler ses actions avec d'autres instruments de l'économie solidaire, tels que le crédit solidaire ou les monnaies sociales, par exemple. De telles pratiques existent déjà sous des noms multiples au Nord et au Sud. Il reste à les faire reconnaître comme partie intégrante du commerce équitable. Avec ses défis, le commerce équitable contribue à la fantastique aventure commune qui consiste à replacer lhomme au centre des échanges économiques. Pierre
Johnson Annexe (1) Notamment celles de l'Institut Wuppertal en Allemagne, ou la New Economics Foundation au Royaume Uni En savoir plus Tous
les liens sur le commerce équitable
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