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Écoprospective
Prospective minute
Microbes
domestiques :
guerre
totale
ou
cohabitation pacifique ?
Par Anne
Andrault
Mai 2003
Échangez quelques minutes
de lecture contre une prise de conscience salutaire, et contribuez à
construire une société plus solidaire.
Bonne affaire, non ?
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Microbes domestiques : le prix de la guerre ouverte
Les produits d’entretiens domestiques
du commerce partent d’un postulat
très simple, mais ravageur : un bon microbe
est un microbe mort.
Mais bien que nos cuisines paraissent propres, étincelantes
et saines, ce n’est qu’une illusion
commerciale : les microbes sont toujours
là, et, fâchés d’un tel
traitement, se vengent en diminuant
notre capacité à rester en bonne santé
La
leçon des grottes de Lascaux
Les grottes françaises de Lascaux,
qui abritent parmi les plus anciennes peintures rupestres
du monde, sont aujourd’hui envahies de moisissures
qui mettent gravement en danger ses fresques. Ce problème
est d’autant plus désolant qu’il
aurait pu être facilement évité.
Une chercheuse l’affirme (1) : « Nous
sommes en train de prendre conscience que nous sommes
nous-mêmes responsables de
la prolifération de cette moisissure dans la
grotte. Il s’agit en effet d’une moisissure
très courante, que l’on trouve partout
dans les roches, mais dont le développement,
en temps normal, est limité
par d’autres micro-organismes se disputant le
même territoire et établissant ainsi
un équilibre. A Lascaux, nous avons tellement
voulu aseptiser la grotte que nous
avons éliminé certains micro-organismes,
laissant le champ libre aux plus résistants
qui maintenant n’ont plus d’ennemis et
se développent dangereusement. ».
Cuisines,
salles de bains et WC : champs de batailles
Ce drame scientifique est hélas
aussi à l’œuvre quotidiennement
dans toutes les cuisines, salles de bains et WC de
France ! En essayant de débarrasser
nos éviers, baignoires, réfrigérateur,
etc. de leurs bactéries, virus, mycoses, moisissures
et autres « nuisibles », avec des produits
de nettoyage « anti-tout », nous reproduisons
la même erreur. Les milliards
de micro-organismes qui cohabitent à l’extérieur
et à l’intérieur de votre corps
(nos intestins sont aussi leur royaume), le font depuis
des dizaines de millions d’années : ils
sont indispensables au maintien de
la vie. Sans eux, il n’y aurait pas d’êtres
humains sur Terre, ni aucun autre organisme vivant,
d’ailleurs – une cohabitation
intelligente avec eux est donc notre plus
sure garantie d’éviter nous aussi d’être
envahis par certains problèmes de santé.
Détruisez ces
populations invisibles avec acharnement et elles vont
s’ingénier à muter, à s’adapter,
à résister… Inutile
de s’obstiner, elles seront
toujours plus entêtées que vous. Vous
croyez en effet éliminer les bactéries
de votre évier ? Quelques dizaines
de secondes plus tard, elles sont de retour
! Vous croyez avoir chassé les acariens
d’un coup de bombe ? Ce n’est jamais là
non plus pour très longtemps. Ils sont partout,
depuis une bonne éternité, et ils seront
toujours là lorsque l’espèce humaine
aura disparu de la planète.
Il est quand même curieux de constater
que, bien que nos maisons soient réputées
bien plus propres que du temps de nos grand-mères,
les allergies et les asthmes progressent
quand à eux constamment. Pour le docteur John
Warner du département de la santé infantile
à l'université de Southampton, « On
remet de moins en moins en question la responsabilité
de la propreté absolue dans l'augmentation
spectaculaire du taux d'asthme. »
(20 % des enfants affectés
aujourd'hui contre 5 % il y
a vingt ans seulement) (2).
Prise de
conscience salutaire
Des chercheurs de tous
les pays du monde s'intéressent aussi au sujet,
et publient depuis des années leurs découvertes
sur la nécessaire cohabitation
des hommes et des micro-organismes… (3). Ces
scientifiques savent désormais que certaines
bactéries participent même
au développement de certaines parties de notre
corps (la muqueuse des intestins de souris ne développe
pas sa texture normale si l’on supprime de ces
intestins, au stade embryonnaire, une bactérie
qui y prolifère naturellement).
Cet échange de bons procédés
est aussi à double sens :
les bactéries qui se développent
dans nos intestins gagnent leur nourriture « gratuitement »
en dégradant par exemple les vitamines B que
nous sommes incapables de digérer tout seuls.
Les acariens sont de modestes
nettoyeurs innofensifs qui se nourrissent
de nos déchets épidermiques et alimentaires…
Les laisser en paix évite que ceux-ci ne soient
à termes remplacés
par des espèces nettement moins pacifiques.
Nous avons co-évolué
avec bactéries, virus et mycoses, et partageons
avec eux le même environnement depuis des milliers,
sinon des millions d'années, tout en nous entraidant
mutuellement ; nos bébés apprennent
à vivre avec eux dès l’instant
de leur naissance et seule une infime partie d’entre
eux en est affectée (c’est-à-dire,
tombe malade). Il apparaît même aujourd’hui
que l’exposition à ces organismes est
indispensable à la bonne mise
en route du système immunitaire des bébés
et à son bon fonctionnement ultérieur.
Les bébés sur-protégés
contre les bébêtes ont donc bien plus
de probabilité d’attraper tôt ou
tard allergies, maladies auto-immunes, et d'avoir
une sensibilité accrue aux
infections.
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Que faire, ou ne pas faire pour retrouver
un bon équilibre écologique avec nos
micro-bébêtes dans les domaines de
l’entretien de l’habitat et de l’hygiène
corporelle ? Voici quelques conseils pratiques.
Premier principe
: c’est l’eau qui lave, pas les produits.
Beaucoup l’ignorent, mais c’est bien
l’eau qui nettoie, élimine, purifie.
Les adjuvants des produits de nettoyages (savons,
lessives, dégraissants, argiles…),
eux, aident seulement à
mouiller les supports et à fixer les saletés
aux molécules d’eau.
Deuxième principe :
pour économiser votre porte-monnaie et préserver
l’environnement, utilisez de l’huile
de coude, c’est-à-dire votre force
musculaire, et, si c’est vraiment
nécessaire, les produits suggérés
ci-dessous :
• Pour les dégraissages,
détartrages, vaisselles, lessives, shampooings…
il existe des produits écologiques
qui ne se contentent pas d’être biodégradables
mais respectent l’environnement bactérien,
en enlevant les graisses et saletés indésirables
sans aseptiser (c’est-à-dire
sans tuer les microbes). La législation actuelle
impose des taux de dégradabilité importants
pour tous les produits domestiques nettoyants courants
(au-dessus de 95 %). Les produits écologiques
respectent bien sûr cette réglementation
et vont même au-delà avec des taux
et des vitesses de dégradabilité supérieurs.
Mais leur plus grand avantage n’est
pas là : contrairement aux produits «
classiques », ils ne cherchent pas à
éliminer la micro-flore
et la micro-faune présentes dans l’environnement
(pas d’eau de Javel, par exemple). Ils se
contentent de laver et de dégraisser.
Vous les trouverez dans les magasins « biologiques
» (4). Ces produits ne coûtent pas très
cher et sont d’une utilisation très
économique.
• L’eau de Javel
bénéficie d’une image trompeuse
de produit de nettoyage rustique et de confiance
: mais il n’y a rien chez vous de véritablement
nuisible qui vaille la peine d’utiliser ce
produit « tueur » de germes. Vous risquez
au contraire de permettre à des germes super-résistants
de se développer, contre lesquels vous serez
sans défense.
• Oubliez aussi les
produits anti-acariens et revenez à
la bonne vieille méthode « low-tech
» de nos grand-mères : aérez
quelques minutes tous les matins vos chambres, fenêtres
grandes ouvertes, en plaçant, pour les plus
inquiets d’entre vous, les draps sur le rebord
de la fenêtre. Ce coup de froid matinal ne
les fera pas disparaître mais limitera
leur population à un niveau raisonnable.
De plus, vous en profiterez pour renouveler
l’air vicié de votre chambre.
• Pour vous aider à
frotter, utilisez des chiffonnettes de micro-fibres,
sans parfum, sans nettoyant ajouté, mais
simplement humidifiées. Les micro-fibres
tubulaires ont de grandes propriétés
absorbantes et anti-statiques. Ces chiffons peuvent
venir à bout de presque toutes les situations
de nettoyage : graisses cuites sur les cuisinières,
voitures, vitres, WC, poussière sur les meubles,
traces de doigts sur les murs, rouge à lèvres…
Ils ne coûtent presque rien (vendus en supermarchés),
sont lavables à la main (à l’eau
très chaude) ou en machine, et sont quasiment
inusables. Des chiffons plus grands
peuvent être utilisés pour les sols.
Attention, acheter des chiffonnettes et lavettes
jetables est un réel gaspillage
et un non-sens écologique : leur seule justification
réelle est de renouveler l’acte d’achat.
• Pour faire briller
vos meubles, utilisez des cires naturelles,
un peu onéreuses, certes, mais qui vous feront
faire des économies de santé car elles
ne contiennent pas de molécules de synthèse
douteuses qui se disséminent dans l’atmosphère
et qui ont tendance à polluer l’organisme.
• Oubliez aussi les
parfums d’ambiance et assainisseurs pour WC
ou appartement : les produits courants
proposés dans le marché sont tous
de synthèse, parfois toxiques et soupçonnés
de déclencher des allergies. Les huiles
essentielles biologiques pour diffuseurs
– utilisées avec modération
(elles sont très actives) – permettent
de remplacer avec bonheur quantité de ces
produits industriels à l’innocuité
douteuse.
• Pour l’hygiène
corporelle, limitez au maximum l’usage
des produis lavants. En temps normal,
le nettoyage quotidien de la peau ne nécessite
pas de détergents : la peau sécrète
en effet un film lipidique auquel la poussière
« colle » et qui s’émulsionne
dans l’eau tiède avec un simple
frottement ! Mais pour vous protéger
contre une pollution excessive (grandes villes…),
et l'air sec des bureaux, utilisez des produits
cosmétiques complètement naturels.
(5)
• N’utilisez pas
de gels ou nettoyants intimes qui perturbent
la flore et l’équilibre vaginaux. De
l’eau suffit amplement, aucun
nettoyage n’est nécessaire
car ces endroits cachés du corps ne se salissent
pas. Les souillures d’origine organiques (urine,
fèces, sueur) se dissolvent facilement à
l’eau.
• Si vous avez un bébé,
lavez-le simplement à l’eau, sans lingettes
désinfectantes ou parfumées ; si vous
avez allaité votre bébé pendant
plusieurs mois, et que vous lui donnez ensuite le
biberon, alors la stérilation des tétines
n'est plus indispensable : lavez-les avec le
produit de vaisselle habituel en rinçant
soigneusement. Une stérilisation systématique
prive en effet le nourrisson d'un
contact bénéfique
avec le milieu naturel bactérien avec lequel
il doit développer ses défenses.
Chez certains peuples, on laisse toujours avec le
bébé un voile ou un vêtement
de la mère, d’une part pour rassurer
le bébé grâce à une odeur
connue, et d’autre part pour l’habituer
à l’environnement bactérien
de sa famille. Habituez aussi progressivement votre
bébé à toutes sortes de milieux
tout petit (visites familiales, puis visites chez
des amis, puis, par exemple, dans le métro
ou dans le bus, pour qu’il se « frotte »
à des germes de plus en plus variés
et différents de ceux de son environnement
immédiat ; laissez-le jouer avec des objets
domestiques, même s’il les met à
la bouche ; À l'instar des nouvelles recommendations
officielles françaises (6), ne lui donnez
pas d’antibiotiques lorsqu’il
est enrhumé, acceptez les petits maux qui
ne mettent pas sa vie en danger (rhumes, maux de
gorge, toux, petites diarrhées…) mais
qui, au contraire, indiquent que son système
immunitaire est à l’œuvre pour
faire de lui un futur adulte résistant et
adaptable.
• Si vous avez un enfant, ne
l’obligez pas à se
laver les mains sans arrêt, même avant
d’aller à table, à moins bien
sûr qu’il n’arrive tout droit
du jardin ou du bac à sable ; faites-lui
manger des fruits et légumes bio crus, lavés,
avec la peau si elle n’est pas trop dure,
vous limiterez sa sensibilité
aux gastro-entérites et aux allergies.
Conclusion
L’entretien écologique
de la maison et une hygiène écologique
corporelle de base font partie de ces gestes à
redécouvrir, qui préservent et renforcent
notre santé, nous simplifient la vie quotidienne,
nous permettent de faire des économies en
produits divers, et qui, cerise sur le gâteau,
nous font vivre en parfaite harmonie avec nos «
micro-hôtes » !
Annexe
(1) Interviewée
pour une émission de télévision
(avril 2003).
(2) Cas de l'asthme extrait
de l'article « Insalubre… ou seulement
à taille humaine ? », Par
Terry Goldsmith – revue l'écologiste
– Vol. 2 – N° 2 – été
2001 – page 25.
(3) Citons par exemple
les chercheurs du laboratoire d’immunologie
clinique de l’hôpital Necker-Enfants
malades et de l’INSERM (département
des maladies auto-immunes).
(4) Ecover, Lérutan,
Sonett, etc…
(5) Pour en savoir plus
sur les cosmétiques naturels, lire « Dans
la jungle des cosmétiques pseudo-naturels »…
(6) Voir par exemple la
campagne télévisée lancée
par L'Assurance maladie en fin 2002 pour un meilleur
usage des antibiotiques (l'article correspondant
se trouve en fin de page.
Pour en savoir plus
–
Lire aussi dans le domaine de l'alimentation « Microbes :
amis ou ennemis ? »
–
Pour comprendre définitivement que notre
planète est d'abord celle des bactéries,
où l'homme, l'animal et la plante ne sont
au fond que des constructions plus complexes, lire
l'excellent livre de référence :
: « L'univers bactériel »
de Lynn Margulis et Dorion Sagan – Édition
Seuil, collection Points Sciences, 352 pages,
9 euros.
– Anne
Andrault –
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