Logo éconovateur Tout savoir sur la communication responsable et l'écoprospective
Rechercher
Qui sommes-nous ?    Prestations    FAQ    Presse    Contact   
Accueil
 
Vous êtes ici : L'éconovateur > Éco-innovation > Habitat
 


Les nouveautés

Éthique com'
Le développement durable est-il soluble dans la jeunesse ?

Comment dissoudre le développement durable dans l'esprit des jeunes ?LIRE ]

Critic com'
OGM : manipulations en tous genres

Comment faire passer la pilule des OGM auprès du grand public, qui, de façon majoritaire n’en veut pas ? LIRE ]

Voir autrement
Low-tech, la deuxième voie technologique
4me partie et fin : comment concevoir des technologies réellement soucieuses du bien-être des hommes, et de la planète. [ LIRE ]

Voir autrement
À la recherche des lois pacifiques de la guerre
3me partie : la guerre, soeur fatale de l'humanité.LIRE ]

 


Communication
Éthique
Critic com'

Écoprospective
Voir autrement
Prospective minute
Nouvelles du futur

Éco-innovation
Entreprises
Alimentation-santé
Habitat

Sur le gril
L'invité surprise
Livre, revue, expo

Communauté
Liens choisis

En savoir plus
Les archives
L'agenda
ABCdaire


Éco-innovation
Habitat  Mai 2002

La thérapie
du jardin suspendu

Visuel jardin suspenduPendant cinq ans, Serge Le Coz, un fou de jardinage bio, a cultivé légumes, fleurs et arbres sur une vaste terrasse en plein Paris.
Et grâce au virus du jardinage, il a lutté contre celui du VIH dont il est porteur…
Histoire étonnante de la rencontre entre un passionné de plantes et un jardin suspendu "thérapeutique".

Imprimer l'article Recommander l'article Commenter l'article

Premier contact
En avril 93, Serge Le Coz revient à Paris « pour y mourir ». Après cinq ans au Cameroun, il est au bout du rouleau. Le VIH, virus du sida, dont il se sait porteur depuis son départ en Afrique, a peu à peu dégradé sa santé. Agronome, il travaillait là-bas sur la physiologie du caoutchouc et surtout passait des heures à cultiver son jardin tropical.

Par chance, Serge répond bien à la trithérapie et refait surface en 1996. Mais, si le traitement médical soigne son corps, son âme de jardinier elle, se flétrit dans la grande ville. Au fond
de lui, Serge sent qu'il « crève de ne plus avoir les mains dans la terre ».

Grâce à ses connaissances en biologie, Serge est devenu conseiller scientifique d'Actions Traitements, une association qui œuvre en faveur des personnes séropositives. Le directeur désespère de voir les parterres de l'immeuble à l'abandon. Averti de ses talents de jardinier, il donne carte blanche à Serge pour les réhabiliter.

Notre jardinier bondit de joie : « je n'attendais que cela ! ». A partir d'octobre 1996, chaque jour après le travail, Serge Le Coz court reprendre contact avec la terre… au second étage ! En effet, lors de la construction de son immeuble, voilà 12 ans, le propriétaire a réalisé cette lubie : un jardin « suspendu » boulevard de Charonne au beau milieu du 20ème arrondissement.

L'univers végétal est composé de très grandes jardinières sur un premier espace, et en dénivellé deux gradins de 25 m2 chacun remplis d'une couche profonde de « très bonne terre…». Le tout bien sûr est étanche et complété par un système de drainage. Avec ses lilas et autres plantes à fleurs ou ornementales, le jardin initial était sans doute bien parti …

Pourtant, lorsque Serge le prend en charge, il est en triste état. « J'ai d'abord nettoyé et arraché tout ce qui me déplaisait : une énorme touffe de pyracantha et ces abominables épine-vinette pourpre, des ronces, des chardons à rhyzomes et des polygonums, des érables, venus sans doute avec le vent, dont certains mesuraient deux mètres de haut ! Le millepertuis de Turquie envahissait tout. J'ai dégagé et bêché rapidement un premier endroit. J'ai mené un peu tous les travaux en parallèle en procédant par petites taches. »

Un jardin urbain « zéro pollution » et « zéro déchet »
Serge va se dépenser sans compter pour réussir le tour de force de cultiver un jardin bio sur une terrasse en pleine ville. Sans voiture, il rapporte en métro des kilos de terreau chipés au Jardin des Plantes ! Pour obtenir de l'humus « un véritable or », il recycle toutes les mauvaises herbes « sans en perdre un gramme », les buissons coupés deviennent paillage. Les feuilles apportées par sacs des bois ou du cimetière du Père Lachaise tout proche sont étalées au pied des arbustes pour créer une
litière.

Comme tout bon jardinier bio, Serge se lance aussi dans la fabrication de son compost. « Pendant trois ans, j'ai récupéré des fanes de carottes et autres déchets à la fin des marchés de produits bio ». Il court les terrains vagues de la banlieue pour ramasser orties, consoude ou autres plantes sauvages. Et surtout, n'hésite pas à surprendre l'odorat des autres passagers du métro en rapportant des pleins sacs de crottin de cheval de l'hippodrome de Vincennes…. Enfin, la phacélie, plantée et coupée sur place fournit un excellent engrais vert.

« Malgré le milieu urbain, la qualité ne fait aucun doute pour Serge »

« Le compost m'a servi surtout pour mes petites planches de légumes. Dans la cuisine de l'immeuble, derrière une vitre en plein soleil, j'ai préparé mes semis ». Le jardin potager, avec semences bio bien sûr, s'épanouit : courgettes blanches, potimarrons verts, choux raves, haricots verts et tomates. « Mes Brandywine m'ont donné 8 kg et demi par pied dont une tomate de 700 g ! J'en ai eu jusqu'à fin octobre et j'en ai beaucoup donné ». Malgré le milieu urbain, la qualité ne fait aucun doute pour Serge. « Nous sommes bien sûr dans le nuage global parisien, mais sans arrivée directe des gaz d'échappement. Le jardin est protégé de la pollution par les cinq autres étages qui le surplombent. Et puis, nous donnons sur la plus grande zone de verdure de Paris, le cimetière du Père Lachaise. »

En plus de ses légumes, Serge mange aussi de la cardamine hirsurte, « une salade sauvage au goût de cresson et les pissenlits que je laisse pousser ». On trouve aussi la mélisse, et une menthe au parfum extraordinaire, originaire de Kabylie et « donnée par le restau à couscous du quartier ».

La terrasse est devenue un jardin très varié. « Certaines parties sont à l'ombre, d'autres au soleil, cela crée des biotopes différents que j’ai aménagés en conséquence ».

« J'ai formé une touffe à partir d’un pied de fenouil bronze venu spontanément. Cette année, j'ai même réussi à faire fleurir la gloriosa, une liane herbacée africaine qui normalement pousse mal en extérieur ici. »

Le jardin est aussi le royaume des fleurs : marguerites, pivoines, pavot vivace, roses trémières à fleurs noires, dahlias, canna, cosmos, rudbeckias, grimpantes, etc… Des bois d'Eure-et-Loir, Serge a rapporté des jonquilles et jacinthes sauvages et des violettes foncées qui forment de superbes tapis colorés au printemps. « Je veille toujours à mettre des plantes mellifères, comme la moutarde blanche car les abeilles et bourdons ont du mal à se nourrir dans Paris. »

Une dimension spirituelle… et thérapeutique
Au bout de « centaines d'heures de travail sur cinq ans, le soir et les week-ends » Serge le Coz a réussi à transformer la terrasse en véritable jardin suspendu babylonien. « Je n'ai pas vu passer le temps, c'était un plaisir. Je suis dans ce que je fais, c'est comme une méditation. Je crois à la dimension spirituelle du contact avec la terre malgré ma formation scientifique. Ce jardin a été une expérience extraordinaire. Il m'a permis d'améliorer ma propre pratique du jardinage. »

Mais, surtout, son espace vert est devenu comme le dit un de ses collègues son « jardin thérapeutique ». Au rythme de la renaissance du jardin, Serge a recouvré la vie. « Il fallait que je me remette les mains dans la terre. Le jardinage, j'ai ça dans le sang… Ce virus là est plus fort que le VIH. Je sais au fond que ce jardin m'a aidé autant que les médicaments et a contribué à mon redressement ». Et grâce à cette nouvelle force, Serge repartira bientôt comme agronome dans un pays tropical.

– Michel Mabit –

Première parution dans le magazine Nature et progrès, n° 33, janvier février 2002. Version complète
et exclusive sur Internet.

retour haut de page

 

Pour aller plus loin

Quelques sites sur le thème du toit-jardin sur le moteur de recherche Google.

Découvrez les cinq derniers articles
de la rubrique « Habitat »

Gaïa Écotecture en Irlande

La thérapie du jardin suspendu

Promesses et menaces du mythe domotique

Le difficile éveil des constructions écologiques

William McDonough : quand les déchets deviennent nourriture

Archives

[an error occurred while processing this directive] retour haut de page



Des remarques, de l'info à communiquer, envoyez vite un mail !
infos@econovateur.com

 
Tous les dossiers, articles et commentaires écrits par l'éconovateur.com peuvent être reproduits à des fins éducatives ou d'information dans les conditions du "Fair Use", avec les réserves et conditions suivantes : [ LIRE ]