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Écoprospective Éco-innovation Sur le gril Communauté En savoir plus |
La thérapie
Premier contact Par chance, Serge répond bien à la trithérapie
et refait surface en 1996. Mais, si le traitement médical soigne
son corps, son âme de jardinier elle, se flétrit dans
la grande ville. Au fond Grâce à ses connaissances en biologie, Serge est devenu conseiller scientifique d'Actions Traitements, une association qui uvre en faveur des personnes séropositives. Le directeur désespère de voir les parterres de l'immeuble à l'abandon. Averti de ses talents de jardinier, il donne carte blanche à Serge pour les réhabiliter. Notre jardinier bondit de joie : « je n'attendais que cela ! ». A partir d'octobre 1996, chaque jour après le travail, Serge Le Coz court reprendre contact avec la terre au second étage ! En effet, lors de la construction de son immeuble, voilà 12 ans, le propriétaire a réalisé cette lubie : un jardin « suspendu » boulevard de Charonne au beau milieu du 20ème arrondissement. L'univers végétal est composé de très grandes jardinières sur un premier espace, et en dénivellé deux gradins de 25 m2 chacun remplis d'une couche profonde de « très bonne terre ». Le tout bien sûr est étanche et complété par un système de drainage. Avec ses lilas et autres plantes à fleurs ou ornementales, le jardin initial était sans doute bien parti Pourtant, lorsque Serge le prend en charge, il est en triste état. « J'ai d'abord nettoyé et arraché tout ce qui me déplaisait : une énorme touffe de pyracantha et ces abominables épine-vinette pourpre, des ronces, des chardons à rhyzomes et des polygonums, des érables, venus sans doute avec le vent, dont certains mesuraient deux mètres de haut ! Le millepertuis de Turquie envahissait tout. J'ai dégagé et bêché rapidement un premier endroit. J'ai mené un peu tous les travaux en parallèle en procédant par petites taches. » Un jardin urbain « zéro
pollution » et « zéro déchet »
Comme tout bon jardinier bio, Serge se lance aussi dans la fabrication de son compost. « Pendant trois ans, j'ai récupéré des fanes de carottes et autres déchets à la fin des marchés de produits bio ». Il court les terrains vagues de la banlieue pour ramasser orties, consoude ou autres plantes sauvages. Et surtout, n'hésite pas à surprendre l'odorat des autres passagers du métro en rapportant des pleins sacs de crottin de cheval de l'hippodrome de Vincennes . Enfin, la phacélie, plantée et coupée sur place fournit un excellent engrais vert.
« Le compost m'a servi surtout pour mes petites planches de légumes. Dans la cuisine de l'immeuble, derrière une vitre en plein soleil, j'ai préparé mes semis ». Le jardin potager, avec semences bio bien sûr, s'épanouit : courgettes blanches, potimarrons verts, choux raves, haricots verts et tomates. « Mes Brandywine m'ont donné 8 kg et demi par pied dont une tomate de 700 g ! J'en ai eu jusqu'à fin octobre et j'en ai beaucoup donné ». Malgré le milieu urbain, la qualité ne fait aucun doute pour Serge. « Nous sommes bien sûr dans le nuage global parisien, mais sans arrivée directe des gaz d'échappement. Le jardin est protégé de la pollution par les cinq autres étages qui le surplombent. Et puis, nous donnons sur la plus grande zone de verdure de Paris, le cimetière du Père Lachaise. » En plus de ses légumes, Serge mange aussi de la cardamine hirsurte, « une salade sauvage au goût de cresson et les pissenlits que je laisse pousser ». On trouve aussi la mélisse, et une menthe au parfum extraordinaire, originaire de Kabylie et « donnée par le restau à couscous du quartier ». La terrasse est devenue un jardin très varié. « Certaines parties sont à l'ombre, d'autres au soleil, cela crée des biotopes différents que jai aménagés en conséquence ». « J'ai formé une touffe à partir dun pied de fenouil bronze venu spontanément. Cette année, j'ai même réussi à faire fleurir la gloriosa, une liane herbacée africaine qui normalement pousse mal en extérieur ici. » Le jardin est aussi le royaume des fleurs : marguerites, pivoines, pavot vivace, roses trémières à fleurs noires, dahlias, canna, cosmos, rudbeckias, grimpantes, etc Des bois d'Eure-et-Loir, Serge a rapporté des jonquilles et jacinthes sauvages et des violettes foncées qui forment de superbes tapis colorés au printemps. « Je veille toujours à mettre des plantes mellifères, comme la moutarde blanche car les abeilles et bourdons ont du mal à se nourrir dans Paris. » Une dimension spirituelle
et thérapeutique
Mais, surtout, son espace vert est devenu comme le dit un de ses collègues son « jardin thérapeutique ». Au rythme de la renaissance du jardin, Serge a recouvré la vie. « Il fallait que je me remette les mains dans la terre. Le jardinage, j'ai ça dans le sang Ce virus là est plus fort que le VIH. Je sais au fond que ce jardin m'a aidé autant que les médicaments et a contribué à mon redressement ». Et grâce à cette nouvelle force, Serge repartira bientôt comme agronome dans un pays tropical. Michel Mabit Première
parution dans le magazine Nature
et progrès, n° 33, janvier février 2002. Version
complète
Pour aller plus loin Quelques
sites sur le thème du toit-jardin sur le moteur de recherche Google.
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