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Habitat Promesses et menaces Avril 2002
Introduction Selon cet organisme, la maison actuelle est « bête », on doit constamment soccuper delle. Pour être moderne, et s'insérer dans son époque, la maison doit devenir intelligente en rendant facile et automatique la vie de ses occupants, tout en renforçant grâce à la technologie la convivialité. Un cerveau électronique, voilà le cadeau que la domotique compte offrir à chaque maison. Un système « high-tech » qui sera aussi une bonne, une cuisinière, un jardinier, un coursier, un plombier, un réparateur, un animateur de soirée, un majordome, un facteur. Comme au Club Med, lhabitat du futur soccupera bien de ses occupants. Il ne leur restera dailleurs plus quà se relaxer et à samuser. Un avenir prometteur (ou presque) Les raisons en sont multiples. Les industriels cherchent à imposer leurs normes, chacun développe ses gammes compatibles, et la baisse des prix des équipements domotiques ne sest pas produite. La convergence des supports condition sine qua non à lémergence de la domotique na fait fantasmer que les érudits du bricolage. Re-naissance Les temps changent : on nen est plus à relier la cafetière au réfrigérateur. Pour être « in », il faut connecter sa maison comme son ordinateur au réseau. Bien sûr, les régulateurs déclairage, les ouvertures automatiques des portes et volets ne sont pas abandonnés, mais à ne pas en douter pour les nouveaux chantres de la domotique, il serait bien plus agréable de tout contrôler par SMS ou par click de souris. Comme les investissements des câblo-opérateurs le démontrent, rien ne serait plus séduisant que la domotique « on-line ». En décembre 2001, la Maison dOrange de la filiale de France Télécom ouvrait ses portes en Angleterre (2). Idem pour la maison « Jeita », cofinancée par le ministère des affaires publiques du Japon et une poignée de consortiums industriels. Trois mois plus tard, rien moins que Deutsche Telekom, Sony, Honeywell, et Volkswagen se rassemblent pour démarrer le projet inHaus en Rhénanie. La philosophie est commune : « les équipements vendus maintenant en série sur les voitures (verrouillage centralisé, vitres électriques) ne sont pas proposés lorsqu'il s'agit d'habitation. Il est pourtant aujourd'hui aisément concevable de relier à un même réseau des capteurs et des systèmes de contrôle des principaux équipements de la maison. » Coquille dorée Des produits adaptés sont déjà proposés dans le commerce. En Angleterre, cela sappelle Wireless Modem Jack, en France, EasyClick, pour un prix de 92 euros, soit 20 euros moins cher que le prix moyen dun modem classique. Forte démocratisation en perspective Sauf que. Au Canada, où la technologie est déjà étudiée sous langle des radiations électromagnétiques, les conclusions des analyses indiquent que « des champs élevés sont générés par les appareils qui n'utilisent qu'un simple conducteur (sans retour), tels les gradateurs et les systèmes domotiques qui envoient un signal, infrarouge ou autre, sur le câblage résidentiel (courant porteur) de 120 volts ». La controverse est lancée. La seconde possibilité passe par les ondes. Les informaticiens connaissent bien le Wi-Fi (Wireless Fidelity, appellation anglaise du réseau sans fil), aux capacités comparables avec les câbles très haut débit actuels. Pour certains les industriels cest lavenir, pour dautres lUnion Européenne entre autres cest un risque à venir. Dame Nature câblée Abraham A. Moles, docteurs ès sciences, docteur ès lettres, estime un coût de tous ces amortissements de 6 000 euros (30 000FF) par an et par ménage. Outre ce volet financier qui contribue à la fameuse fracture numérique, cest la question des déchets électroniques qui stigmatise les sociétés de communication. A lheure où la Silicon Valley prend conscience du déversement de substances électroniques polluantes dans son environnement, les principaux capitaines dindustrie promettent larrivée de colonies de robots électroniques. La domotique, si fière damener un meilleur contrôle des rejets ménagers, ne devrait-elle dabord songer à ses propres déchets ? Car si les occupants de la maison intelligente jouissent du suprême privilège déviter les corvées ménagères, ils ne font quexporter la responsabilité du nettoyage à lextérieur du foyer.
Gardien délateur Une maison géographiquement isolée demanderait à la rigueur une telle attention, mais à quoi bon puisque les risques de cambriolage diminuent avec léloignement. Surtout quinstaller un surveillant électronique a son lot dinconvénients. Le magazine anglais Design Engineering a évoqué la violation des demeures par les agents électroniques chargés de récupérer les informations confidentielles des foyers. Une telle menace est tout à fait réelle. On constate sur lInternet une multiplication de spywares. Ces modules sont installés à linsu de ses utilisateurs par des logiciels gratuits comme Real Player ou Eudora. Dans quel but ? Servir parfois de conduit à des virus informatiques, et surtout, rapatrier discrètement des informations privées des ordinateurs domotiques pour nourrir des bases de données comportementales commerciales. Ces dernières peuvent ainsi alimenter en informations personnalisées certaines Web-TV anglaises qui proposent déjà « des programmes taillés sur mesure (« one to one » en anglais) à la personne » « Sans liens sociaux, rien ne
se passe » Linitiative de Cybervoisin de Lyon est un contre-exemple significatif. Lexpérience tourna au vinaigre. Les habitants de limmeuble ne sétaient parlés que dans le virtuel. La lassitude venant avec la surconsommation de ce nouveau moyen déchange, et les affinités nétant pas au rendez-vous, le réseau interne fut délaissé. Le plus grand succès de lIntranet communautaire reste celui de lassociation Moskova (3), à Paris. Si cette « bande de copains qui voulait au départ échanger des fichiers plus facilement » a réussi à rassembler lensemble de limmeuble dans leur réseau, cest parce quils étaient « conscients qu'un réseau interne n'est qu'un outil », comme le pense Jean-Michel Fouque. « S'il n'y a pas, au départ de véritables relations de bon voisinage, le réseau ne sert à rien. Mais si l'Intranet se greffe dessus, il peut permettre d'enrichir ce lien social ». Et cest bien à la même conclusion quaboutissent les chercheurs suédois. En août 2000, la ville et luniversité de Linköping, le parc scientifique de Mjarevi, Ericsson, Nokia, Kreatel, entre autres, se sont unis pour le projet HomeCom (5). Lapproche est cette fois-ci holistique, la problématique, « quelle infrastructure pour la maison de demain ? ». Le chef du projet, Jan Hederen, annonce les premières observations : « si l'on laissait le choix entre acheter en ligne ou aller dans une boutique, le consommateur (même friand de technologie, comme c'est le cas ici) choisira de faire une pause dans son travail et d'aller à la boutique acheter son sandwich ». Ces résultats ont marqué tant et si bien les consciences de ses collaborateurs quun principe en est né : « rien ne remplacera le contact humain ». Toutefois, renverser la tendance à l'exclusion de la domotique demande quon sinterroge d'abord sur la légitimité du désir de confort individuel. LHIS (Habitat intelligent pour la Santé) (6) de la Faculté de Médecine de Grenoble est symptomatique de cette pensée sociale. Pour pallier à linsuffisance dinfirmiers et pour faciliter la vie quotidienne des malades, la téléassistance est utilisée pour rester en contact avec les patients directement chez eux. Une telle initiative a-t-elle vraiment lieu dexister ? Si la solidarité nétait pas aussi lâche dans nos sociétés, le malade aurait-il autant besoin de matériel électronique pour surveiller ses déplacements et lobliger à prendre ses soins ? Lart de masquer les vrais problèmes Lexemple du mariage des fabricants de machine à laver et de lessive montre que la fin justifie les moyens. Combinant leurs compétences, ils développent le couple « cycle de lavage-poudre » optimal. Le résultat est satisfaisant, on nous fait croire que cest plus efficace, on retouche à peine une formule chimique pourtant bien polluante, on affine juste les réglages des machines Une pincée de domotique avant denvisager le même scénario entre fournisseurs de climatisation et entreprises de construction. Les niveaux de pollution intérieure resteront indéniablement en dessous des normes légales, sauf quon polluera plus et quon aspirera plus où est le progrès ? Simple is beautiful Les bioconstructions ont également une vision différente de la convivialité. Organisés en co-housing, les résidents mettent en commun certains équipements (cuisines, garages, pièces à vivre) permettant à chacun de bénéficier du même confort sans avoir à répéter les mêmes dépenses. Rapprochés sans être serrés, indépendants sans être isolés, ce type de résidence facilite rencontres et échanges entre copropriétaires.
Mais au-delà denjeux économiques ou environnementaux, la domotique et léconstruction se différencient surtout par leur vision sociale : relations homme-machine ou relations homme-homme ? Sadresser à une personne de chair et de sang, ou caresser affectueusement la tête de lanimal domestique mécanique programmé pour nous apprécier ? L'aube d'une nouvelle domotique Le stockage de lénergie mine le développement de lélectricité solaire. Certains sites en produisent trop, dautres pas assez. Dans un cas, le surplus est gaspillé, dans lautre, les utilisateurs sont obligés de recourir à dautres sources dénergie. La domotique optimiserait cette gestion : les maisons étant reliées les unes aux autres, les besoins seraient constamment évalués pour partager lélectricité disponible. Les dons dénergie seraient chose courante, une maison à Marseille pourrait dépanner une de Lille. Redémontrant au passage que la solidarité existe toujours Issue dune culture dingénieur, fille dune logique économique sans-gêne, la domotique considérée à tort comme la solution idéale pour résoudre les problèmes de lhabitat moderne a une vision réductrice de la vie en société. Si elle continue à faire parler delle, cest en raison de ses coûteux et fascinants gadgets. Avant dauto-matiser toutes les maisons, la domotique devrait sauto-réformer. Sans oublier lhumain et lenvironnement, si elle compte trouver ses vraies lettres de noblesse. Thuan
Huynh En savoir plus (1) Des brochures dinstallation déquipement domotique sur lADDI (2) Article de Design Engineering sur la maison Orange (3) Pour une présentation de laspirateur intelligent dElectrolux (4) Plus d'informations sur lassociation Moskova (5) Site officiel (en suédois) de HomeCom, le projet de la maison du futur version suédoise (6) Photos et informations sur lHIS Pour aller plus loin Tous
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