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Azimuts : une filière textile en commerce équitable
Par 
Anne Andrault  

Décembre 2002

Visuel article : logo Azimuts

La société fait fabriquer et commercialise des vêtements du Népal. Fondateurs : Grégoire et Valérie Delamérie. Texte réalisé à partir d’une interview des fondateurs.

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NB : pour voir l'ensemble des interviews de fondateurs ou dirigeants de petites entreprises vertes, retouner
à « 3 exemples concrets de petites entreprises vertes ».

La génèse du projet
Valérie, à 30 ans, téléprospectrice pour une société financière. Tous deux ont volontairement quitté ces emplois parce qu’ils avaient découvert chez leurs employeurs réciproques des fonctionnements profondément non-éthiques. Précisons que Valérie mange bio depuis l’adolescence, et qu’elle a beaucoup d’affinité avec le peuple et la culture tibétaine. Elle a parmi ses amis des réfugiés de ce pays.

En 1995, au cours d’un stage de créateurs d’entreprise à l’ANPE, et grâce à une formatrice perspicace, Valérie arrive à formuler ce qui lui tient vraiment à cœur : vendre de l’artisanat népalais. Munis d’une subvention à la création d’entreprise (32 000 F) et d’un prêt familial (18 000 F), nos tourtereaux achètent un fourgon, du matériel de marché et un stock de vêtements népalais à un grossiste français (ceux que l’on trouve partout dans la plupart des foires, marchés et boutiques), et se lancent pour l’été sur les marchés.

Les premiers pas
Dès la fin de la saison, ils comprennent que cette marchandise est de qualité médiocre et que leur avenir n’est pas là. Ni une deux, ils revendent leur stock : matériel, affaires personnelles. Tout. Avec leurs deux enfants, alors que Valérie est à nouveau enceinte, ils partent pour le Népal. Ils rencontrent des grossistes locaux et achètent sur place un stock qui leur plaît. Mais, au retour, ils se rendent compte qu’ils se sont fait avoir sur la qualité : la marchandise ne se vend pas. Ils sont contraints de se fournir à nouveau en France.

Le retour de la clientèle est, cette fois encore, assez négatif : la qualité est vraiment mauvaise et les produits sans véritable originalité. Ce qu’ils ont vu lors de leur voyage au Népal leur permet de comprendre pourquoi : les grossistes et traders qui font des affaires là-bas ont pour politique de tirer sur les prix au maximum. Les ouvriers tailleurs-couseurs locaux, pourtant réputés pour leur talent, sont surexploités et la qualité sabotée.

Fin 96, Grégoire se rend dans le quartier du textile à Katmandou, avec pour objectif de traiter directement avec les artisans. Il fait connaissance de Deep et Bishnu et s’engage avec eux sur la durabilité des commandes ; les patrons de l’atelier, eux promettent une qualité constante. Il faut savoir que dans le secteur textile népalais, les ouvriers ne sont pas attachés à un atelier. La main d’œuvre, nomade, circule en fonction des commandes, des saisons et du calendrier des fêtes. Il est difficile dans ces conditions de maintenir un savoir-faire « maison » constant, pour cause de personnel trop changeant.

« Ils comprennent très vite que des conditions de travail différentes doivent être proposées pour améliorer la qualité »

Grégoire et Valérie comprennent très vite qu’ils doivent proposer des conditions de travail différentes pour que la qualité s’améliore : une hausse des prix d’achats permet dès le départ de financer une augmentation des salaires (au Népal, les ouvriers du textile sont payés à la pièce ; cette paye est augmentée de 50 %), mais celle-ci ne suffit pas à fidéliser les ouvriers, un gage nécessaire de qualité dans le temps. Ils demandent alors aux patrons de mettre en place une équipe stable.

Fin 97, les coûts de fabrication sont décortiqués par le menu ; un barème de prix d’achat est établi selon la difficulté des pièces ; des réunions ont lieu avec les ouvriers et on leur annonce une paye supérieure de 50 % La majoration des prix d’achat permet de financer les augmentations de salaires et l’amélioration des conditions de travail.

La qualité des pièces finies s’améliore elle aussi rapidement. Les commandes doublent, puis triplent. En France, Azimuts développe ses ventes sur les marchés et dans les salons bio, ainsi qu’en boutique.

Aujourd’hui
En cinq ans, les commandes ont décuplé. L’atelier, qui emploie maintenant 15 à 20 personnes, s’est équipé de nouvelles machines et d’un ordinateur. La qualité des tissus, des teintures et des coutures s’est améliorée (au point de rejoindre les standards de la haute couture pour certaines finitions) en même temps que celle des conditions de travail. La « main d’œuvre » est devenue une véritable équipe d’artisans, hommes et femmes, reconnus pour leurs compétences. Valérie explique que l’affaire a réellement décollé lorsqu’Azimuts a commencé à créer ses propres modèles, avec une attention particulière aux couleurs et aux formes en fonction des goûts et de la mode française. C’est la conjugaison de tous ces talents qui a permis le succès de l’entreprise.

Pour vivre son expansion plus confortablement, l’atelier fournisseur a loué un nouveau local, clos, avec une cour et des logements réservés aux familles lointaines des employés. Le loyer est financé pour un tiers par Azimuts. Les patrons locaux souhaitent à présent développer encore leur affaire en achetant cette fois un atelier, plus grand et avec plus de logements pour les tailleurs.

Lorsque des femmes ont été embauchées, Azimuts a dû se battre pour qu’elles obtiennent le même salaire que les hommes. D’autres propositions d’amélioration des conditions de travail, comme des visites médicales ou une nurserie, ne rencontrent pas d’écho car elles ne correspondent pas au mode de vie du pays. Une femme de ménage viendra cependant pour améliorer l’hygiène des lieux.

Tricoteuses de Sankhu
Tricoteuses de Sankhu

En France, un nouveau challenge se présente : encouragés par l’évolution positive du marché du coton bio et poussés par les comités de sélection des salons bio (dont Marjolaine), Grégoire et Valérie décident de réaliser un projet en attente depuis qu’Azimuts a vu le jour : développer une gamme en coton bio. Grégoire part en Inde rencontrer les grossistes, ne fait pas affaire avec eux, et repart rencontrer directement des producteurs. Il s’entend avec un petit groupement, parvient après bien des déboires à faire passer le fil bio au Népal où il sera teint et tissé, et crée la première gamme bio de ce type en France. Une filière est née : du champ de coton indien au salon parisien en passant par les ateliers népalais, tout le monde, agriculteur, fileur, teinturier, tisseur, couturier, voit la qualité de son travail valorisée.

Azimuts a fait en 2001 un CA de 1,5M (francs). La charge de travail est à présent énorme et la société a dû s’adapter : achat d’un bâtiment pour le stock et les bureaux, embauche pour la gestion et la comptabilité. L’urgence est devenue de retrouver du temps pour vivre !

Quoi d’autre ?
Depuis 97, Azimuts reverse une partie de ses bénéfices à des projets sociaux et éducatifs sur place (7 puis 10 %) : formation de jeunes filles (alphabétisation, hygiène, cuisine, tissage), mise en place de petits projets (vente de pâtisseries, fabrication de sacs à partir de tissus recyclés) ; parrainage de jeunes qui poursuivent leurs études.

Un nouveau projet est en train de voir le jour : une école pour les enfants de la rue. Valérie explique qu’il est vain de se battre contre le travail des enfants si on ne leur propose pas autre chose, sinon il ne leur reste que la prostitution et la mendicité. « Pour sortir de l’exploitation, il faut apporter la connaissance. L’argent sert alors à réparer. »

Azimuts, qui fait du commerce équitable depuis toujours sans le savoir (1), rencontre en 1999 la Plateforme pour le Commerce Équitable au salon Primevère, à Lyon. Elle en est devenue depuis adhérent et participant actif.

Les clés du succès
« Nous recherchons d’une part l’adéquation entre notre vie personnelle et notre projet d’entreprise : nous mangeons 100 % bio, notre maison est écologique (bio-construction) ; l’entreprise s’est engagée dès le départ dans le développement équitable, puis, lorsque cela a été possible financièrement, a pris l’orientation bio.

D’autre part, nous ne faisons pas de philanthropisme au sein de l’entreprise : nous n’avons pas peur de dégager des bénéfices, et tout le monde gagne bien sa vie tout au long de la chaîne. Contrairement à certaines associations du commerce équitable qui existent depuis des années et sont chroniquement déficitaires tout en pratiquant le bénévolat, nous avons prouvé que l’on pouvait créer une entreprise rentable et viable, tout en satisfaisant dès le départ à certaines exigences éthiques.

Nous essayons ainsi de créer de la richesse à tous les niveaux.
Sur le plan philosophique, je suis convaincu d’être le propre créateur de ma vie ; c’est ma détermination qui me permet de passer de l’idée à la formulation et à la création. »

Mots clés : transparence à toutes les étapes, soutiens des fournisseurs, liens professionnels et valeur sociale ajoutée au travail, cohérence avec ses valeurs personnelles .

Anne Andrault

Coordonnées de Azimuts : Valérie et Grégoire Delamérie –
Hameau de Boussac – 47130 Bazens
Tel : 05 53 68 89 18 – Fax: 05 53 87 14 62
E-mail : azimuts@frgateway.net

Site Internet : www.azimuts-art-nepal.com

Suite des interview : retourner à « 3 exemples concrets de petites entreprises vertes ».

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