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La génèse du projet Formé aux techniques commerciales à la
Rank Xerox, Eric a toujours contesté ces méthodes
« dures », souvent peu respectueuses des intermédiaires
et de la clientèle. néanmoins, Responsable de formation
dans des écoles de commerce (ESICAD et CFM), il a tiré de
cette expérience la faculté de se mettre
à la place de quelqu’un qui doit acheter un produit ou service
complexe.
Il a compris, par exemple, que pour démocratiser
la bio, il fallait permettre aux gens de se créer des repères
dans ce domaine, afin qu’ils comprennent et s’approprient
la démarche. Et les repères les plus simples pour aborder
la bio sont gustatifs, et gastronomiques.
Céline est titulaire d’un BTS horticole,
elle est proche de la nature et s’intéresse à la gestion.
Un de leurs amis, lui, s’intéresse à la vente à
domicile. Lorsque le « hasard » met en travers de leur chemin
une société de vente directe de gammes de casseroles
haut de gamme (origine Italie), particulièrement appropriées
pour la cuisine et la gastronomie bio, ils comprennent
qu’ils ont trouvé là un outil adapté à
leurs objectifs et aspirations : ils reprennent alors la société
en déclin.
Les premiers pas Pour Eric, « une démarche respectueuse
de la clientèle est primordiale. Ici, dans le
commerce, il s’agit de ne pas tromper les gens.
Il faut savoir se remettre en question pour arriver à créer
une entreprise qui reste en accord avec notre conscience. Lorsqu’on
veut vendre des casseroles, deux attitudes sont possibles
:
1 - On peut tenter de forcer la vente,
ce qui signifie dans ce cas précis argumenter en faveur de l’achat
d’une batterie de casseroles, convaincre de l’économie
faite sur l’achat par lot par rapport à l’achat à
l’unité, faire ainsi sa vente… et perdre
à terme un client parce que la personne aura souvent l’impression
de s’être fait manipuler, de s’être
laissé persuader d’acheter plus que ce dont elle avait
réellement besoin. (1)
2 - Mais on peut choisir de conseiller
aux acheteurs de faire l’essai avec une casserole, et dans un
deuxième temps, s’ils pensent voir l’utilité
d’un autre appareil, faire l’achat adapté à
leur besoin. Les achats sont ainsi progressifs, et
utiles. On laisse le temps au consommateur de réfléchir
avant de s’engager sur un achat important. » L’équipe
met ainsi en place progressivement une qualité relationnelle
toute nouvelle avec la clientèle des foires et salons.
« Céline
et Éric sont convaincus qu'on peut être commerçant
avec des méthodes respectueuses du consommateur »
Parce qu’ils sont convaincus qu’on peut
être commerçant avec des méthodes respectueuses
du consommateur, Céline et Eric modifient complètement les
pratiques commerciales de la société. Ils refondent
par exemple la collaboration avec les magasins distributeurs : ils apprennent
aux personnels de ces magasins à vendre les casseroles eux-mêmes
plutôt que d’attendre que les ventes se fassent en se reposant
sur les animations périodiques organisées sur place par
le fournisseur.
Ce système commercial de « transfert
de compétences » est bénéfique pour
les deux parties : pour l’entreprise fournisseuse, les coûts
de formation à la vente sont inférieurs à ceux des
interventions périodiques sur le lieu de vente, ce qui permet de
baisser les prix. Du coup, les ventes en magasins augmentent (2). Sain-Bioz
envisage même de faire de la pub pour les magasins qui les diffusent.
Le succès commercial est immédiat. Mais
la charge de travail devient rapidement excessive. La société
Sain-Bioz décide alors de simplifier sa structure
et son fonctionnement (points de vente aussi nombreux mais mieux sélectionnés,
moins de salariés). Céline et Eric peuvent alors profiter
pleinement d’une nouvelle qualité de vie et de travail.
Aujourd’hui Sain-Bioz fonctionne avec peu de charges (une gérante
et une associée, un salarié, un lieu de stockage et un bureau
à domicile). La petite société peut se permettre
le luxe de choisir les magasins avec lesquels elle travaille.
Quant aux salons, ils restent importants pour se faire
connaître et pour la trésorerie.
Eric reconnaît que, la société
vivant surtout des ventes en magasins, la combativité commerciale
peut être moindre sur les foires et salons, les autorisant ainsi,
sur leur stand, à prendre le temps de parler longuement
et en toute transparence avec leurs clients.
Avoir de la considération
pour les gens en face de soi est souvent payé de retour : les clients
leur font confiance, et ils peuvent également se permettre de faire
confiance à leurs clients : une personne peu fortunée
ne leur a-t-elle pas laissé huit chèques pour régler
800 francs ? Une autre n’est-elle pas partie avec sa casserole alors
qu’elle avait oublié son chéquier et est revenue payer
le lendemain ?
Lorsqu’un client se plaint ou rencontre un défaut
dans son matériel, il est remboursé immédiatement.
Le guide d’utilisation, avec ses recettes, est donné, non
vendu comme le font certains.
Quoi d’autre ? Sain-Bioz se diversifie progressivement
: la société commercialise également des lampes de
sel (origine Pologne). Là aussi, Céline souhaite faire des
ventes basées sur l’honnêteté
la plus totale : oui, ces lampes dégagent des ions négatifs
et apportent une sensation apaisante à un environnement ; non,
elles n’ont aucune fonction curative prouvée
et le discours ésotérique dont bien des vendeurs les entourent
pour les vendre à des prix injustifiés n’est qu’un
rajout malhonnête et infondé.
Sain-Bioz envisage de développer
un troisième produit sur les mêmes magasins plutôt
que de démultiplier les points de vente : ceci est plus efficace
car les bonnes relations commerciales et la clientèle sont déjà
là.
Les clés du succès « Nous avons simplement adapté
nos pratiques à nos convictions. Nous faisons
du commerce d’une manière classique tout en respectant
les règles fondamentales d’éthique. Nous ne créons
pas des besoins artificiels chez les clients grâce
à un argumentaire commercial bien rôdé, mais les aidons
au contraire à définir leurs vrais besoins
afin de leur proposer quelque chose d’adapté, et uniquement
cela. Cette attitude dans la vente directe, ainsi que
le soin apporté aux relations avec les magasins distributeurs nous
assure un fonctionnement optimal. »
Mots clés : donner une
information honnête et complète, satisfaire un besoin réel
(pas de vente forcée), mettre en place une structure de travail
cohérente avec ses choix de vie.
(1) Les professionnels appellent aussi la vente forcée
par un terme plus élégant : l’achat d’impulsion.
(2) Il va sans dire que ce système de formation
n’est possible qu’avec des lieux de vente à taille
humaine. Les grandes surfaces, par exemple, préfèrent
continuer à se décharger le plus possible sur les fournisseurs
pour l’animation commerciale. Etant en position de force, et un
passage quasi obligé pour beaucoup d’industriels, elles
peuvent exiger d’eux un maximum, sans contrepartie
véritable en échange. Pour en savoir plus sur le sujet,
lire une interview de Christian Jacquiau « Dans
les coulisses de la grande distribution ».
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