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Océane Alimentaire  :
la tradition retrouvée
des produits de la mer

Par 
Anne Andrault  

Février 2003

étiquette produit océane

L’entreprise fabrique et commercialise des conserves de poissons.
Fondateurs : Gilles Le Guen et Marie Quéffélec.

Texte réalisé à partir d’une interview de Gilles Le Guen.

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NB : pour voir l'ensemble complet des interviews de fondateurs ou dirigeants de petites entreprises vertes, retouner
à « 7 exemples concrets de petites entreprises vertes ».

La génèse du projet
Diplômé de l’école nationale de commercialisation des produits de la mer, Gilles travaille pendant 10 ans dans la pub pour Havas, à Quimper. Il apprend ainsi à se mettre à la place des clients pour leur apporter quelque chose qui réponde (en théorie) à leurs attentes.

Marie, elle, est contrôleur de gestion dans une entreprise de surgélation de poisson. Son père est marin pêcheur : c’est d’elle que viendra l’impulsion de « faire quelque chose avec la mer ». Dès le départ, ils veulent bâtir une entreprise ; leur choix se porte très vite sur un bâtiment bien précis sur le port de Saint Guénolé.

Mais en 92, on propose à Gilles une promotion qui l’emmènerait à Rennes. Très attachés à leur région natale où ils viennent de se construire une maison, Gilles et Marie pèsent longuement le pour et le contre et décident de ne pas déménager. Il leur faudra six ans de mises au point et de bagarres pour enfin intégrer les lieux rêvés, et développer Océane Alimentaire à son échelle actuelle.

Les premiers pas
Pour commencer, Gilles et Marie testent, tâtonnent. Ils cuisinent chez eux des conserves de poisson qu’ils vendent sur les marchés, et, attentifs aux réactions de leurs clients dont ils sont très proches grâce à la vente directe, modifient leurs recettes jusqu’à obtenir une satisfaction constante.

Ils tissent dans le même temps des liens avec les marins pêcheurs de Saint Gué, dont ils achètent les poissons à la descente du bateau, et apprennent à tirer parti des spécificités de ce petit port unique en son genre. Saint Gué , riche d’une longue tradition de conserverie industrielle mais complètement désertifié à la suite de la délocalisation des usines, est sorti traumatisé de cet abandon après l’abondance : friches industrielles inhospitalières, chômage endémique, port replié sur lui-même.

Echaudée, la communauté bigoudène n’accueillera pas les bras ouverts le projet Océane. Les banquiers aussi sont réfractaires. Sans entrer dans les détails, disons simplement que rien ne se fera sans que Gilles et Marie « s’énervent » et tapent du poing sur la table : subventions et emprunts finissent par se débloquer, la communauté de communes du Pays bigouden sud achète le bâtiment visé en 1999 et accepte de le leur louer.

« Tout est pensé et installé de sorte que les clients sachent ce qu'ils achètent »

Aujourd’hui
Lorsqu’elle intègre le bâtiment sur le port, Océane passe en bio (pour tous les ingrédients autres que le poisson), ce qui lui permet de vendre dans le réseau Biocoop, par exemple.
Un magasin est créé sur le site, ainsi qu’une crêperie. Des visites de l’usine sont organisées l’été. Tout est pensé et installé de sorte que les clients sachent ce qu’ils achètent. Dans les ateliers, aux normes alimentaires, les gestes et les process sont étudiés pour respecter les matières premières, et préserver le maximum de leurs richesses.

La société fonctionne au rythme de la mer : être sur le port tôt le matin lorsque les bateaux arrivent et acheter un poisson qui a été refroidi mais pas congelé. Traiter immédiatement les poissons selon les recettes prévues pour chaque espèce, s’adapter aux quantités, aux variétés disponibles, et au manque d’approvisionnement éventuellement, adopter des rythmes différents suivant des saisons

La société (conserverie, magasin et crêperie) emploie en 2002 13 salariés permanents, 10 à 12 employés supplémentaires l’été, au plus fort de la saison de production et de vente. Son implantation sur le port a revitalisé cette partie du village, redonné confiance aux habitants qui ont, par exemple, spontanément offert à Océane des documents pour enrichir les expositions du magasin. La commune elle-même reprend vie, et les cours de l’immobilier remontent !

Qui l’aurait cru il y a six ans ? Les grands conservateurs les observent avec des jumelles, un concurrent est venu s’implanter juste derrière eux. Gilles préfèrerait voir fleurir les petites structures qui enrichiraient la région par leur complémentarité plutôt que de vivre avec le risque de se faire dévorer par un industriel sans souci de développement durable et local. Il souhaite également développer un réseau de producteurs bio de proximité, car les relations avec les fournisseurs éloignés sont compliquées.

Les liens avec les pêcheurs, toujours à l’affût d’un bon coup, d’une richesse providentielle, sont encore lâches. Beaucoup de travail reste à faire dans le secteur de la pêche (appellations d’origine, transparence sur les origines, les dates des pêches, techniques de conserverie, etc.) pour que soient reconnues et valorisées des pratiques innovantes, de qualité et durables.

Quoi d’autre ?
Deux principes forts animent Océane Alimentaire :
Premièrement, le fait de savoir tirer parti de contraintes imposées par la mer, de cette matière première fragile qu’est le poisson, des rythmes saisonniers et de l’irrégularité inhérente à une pêche artisanale. La rareté devient alors richesse, l’irrégularité, un signe d’authenticité réelle, et non pas de pénurie artificiellement élaborée. La dépendance totale (aux approvisionnements) se transforme en collaboration avec les marins et les artisans locaux : elle stimule l’imagination (valorisation extrême des matières premières par la mise en avant de la tradition et des procédés de fabrication à l’aide par exemple d’une exposition et de nombreux panneaux d’information dans le magasin).

Deuxièmement, la recherche de la qualité dans le travail : 32 heures annualisées, horaires et périodes de travail fluides permettent par exemple de passer trois semaines au coin du feu en hiver, ou bien de ne travailler que le matin à d’autres moments, avec en revanche des semaines intenses l’été. Maintenant que les bases de l’entreprise sont plus solides, Gilles et Marie souhaitent mettre en place des systèmes de délégation des responsabilités, afin qu’ils puissent se dégager un temps de repos, de voyage et d’expérimentation.

Les clés du succès
« Des objectifs ambitieux mais réalistes, un cahier des charges extrêmement exigeant qui permet une valorisation toute particulière des produits, assurant par là même la viabilité de l’entreprise.
Nous sommes très conscients de l’importance de l’information liée à un produit et nous avons su communiquer sur nos produits et nos pratiques (notamment sur la valeur véritablement « terroir » des produits).
Les contraintes très fortes auxquelles nous sommes soumis nous ont permis d’inventer des modes de fonctionnement originaux qui ont eu paradoxalement pour effet de nous procurer plus de liberté et de satisfaction. »

Mots clés : traditions et informations intégrées « dans » le produit (valeur éthique du bien de consommation (1)), acceptation et intégration du rythme propre des choses, savoir fonctionner avec l’incertitude.

Anne Andrault

Coordonnées de Océane Alimentaire :
Gilles le Guen et Marie Quéffélec
Port de Saint-Guénolé – 29760 Penmarc’h
Tel : 02 98 58 43 04 – Fax: 02 98 58 43 05
E-mail : oceane-alimentaire@wanadoo.fr

Suite des interview : retourner à « 7 exemples concrets de petites entreprises vertes ».

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Annexe

(1) Pour en savoir plus sur le sujet, lire l'article « La valeur éthique du bien de consommation »

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