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La valeur éthique
Éthique et marchandise : le lien méconnu Si la morale, science du bien et du mal, définit, au sein dune société donnée, lensemble des valeurs et des règles de conduite de lhomme qui ont pour but le bien plutôt que le mal, léthique, quand à elle, est « lart appliqué » des murs et des comportements en accord avec cette morale. Certains domaines de lactivité humaine sont concernés au premier chef par léthique politique, économie, médecine, technologies, exploitation « rationnelle » de la nature, etc. car ils soulèvent des enjeux qui concernent lhumanité entière. Or, les biens de consommation, purs produits de léconomie libérale, échappent le plus souvent à ces grands débats. Sociétés modernes, éthiques
ou pas éthiques ? Breveter la nature permet ainsi de mettre à la disposition du plus grand nombre des molécules actives sous forme de médicaments efficaces fabriqués dans de bonnes conditions dhygiène, et pratiques à utiliser. Ce comportement est à priori éthique car les médicaments achetés favorisent à lévidence la santé publique. Mais il interdit également très souvent laccès dun nombre plus grand dêtres humains à ces mêmes molécules, à cause dun prix de marché prohibitif. Ce qui est un comportement non-éthique car les inégalités devant la santé saggravent très sensiblement. Établir un catalogue exhaustif des semences autorisées sur le marché français garantit à l'agriculteur et au jardinier qualité et constance dans les produits proposés. Ce comportement éthique favorise lui aussi la sécurité alimentaire tout en rayant simultanément de la carte des milliers de semences de variétés anciennes ou exotiques non répertoriées. Voici là aussi un comportement non-éthique car destructeur notamment de biodiversité. Le cas des biotechnologies (où les promesses de bénéfices faramineux importent plus que les interrogations sur l'éthique), et des crises alimentaires à répétitions (issues elles aussi majoritairement d'un souci excessif de rentabilité au détriment de la sécurité) nous prouvent malheureusement que les exemples de ce type ne manquent pas
Léthique d'un bien de consommation,
cest dabord le respect de la vie sous toutes ses formes S'attacher à la manière dont les biens de consommations sont produits ou vendus nous permet de « conscientiser» cette valeur éthique, et d'en réaliser tous les impacts profonds dans nos sociétés : Par exemple, un aliment nest pas bon seulement parce quil apporte des nutriments, du goût, du plaisir personnel à un être humain, mais aussi parce quil sustente la vie au sens très large du terme : une production alimentaire saine, doit non seulement fournir des aliments de qualité (aspect sanitaire) à des prix abordables (aspect économique) mais elle devrait en même temps préserver un tissu relationnel vivant en incitant par exemple les gens à manger ensemble (aspect social), protéger l'environnement (aspect environnemental) tout en veillant aussi au bien-être animal (aspect « spirituel »). Un poulet fermier ou un produit artisanal auront une « valeur éthique » supérieure à un produit industriel pour ceux qui privilégient le respect des traditions et de la nature, et se soucient de désertification rurale. Ce sera linverse pour les consommateurs qui recherchent exclusivement la sécurité et lhygiène. La même approche peut être appliquée pour tous les secteurs commerciaux. Mais aujourdhui, notre société de consommation met surtout en avant laspect économique. Elle excelle aussi, par le biais de la publicité, dans la valorisation excessive de notre ego, au détriment du sens communautaire (aspect intime). Dernier exemple : les fameux aliments nomades, présentés sous forme individuelle sont supposés nous apporter plaisir et liberté. Mais ce sont d'abord des aliments à faible valeur conviviale, car ils favorisent un peu plus le relâchement du lien social, en incitant à manger rapidement seul(e) dans son coin. Ils déstructurent aussi l'alimentation, apportent très souvent des aliments chargés de sucre et de graisse, et contribuent ainsi à la montée générale de l'obésité (2). Ces denrées, soi-disant « dans le coup», ont en fait surtout une valeur économique pour lindustriel qui les propose. Conclusion : les limites dun raisonnement
purement économique En attendant ce beau jour, nous proposons une définition novatrice de la valeur éthique globale d'un bien de consommation (produit ou service) : Le bien de consommation idéal ne doit pas seulement être abordable (valeur économique) ou procurer un plaisir ou une émotion personnels (valeur intime), il doit aussi préserver la bonne santé physique et mentale de lhomme (valeur de protection), contribuer à maintenir un tissu relationnel vivant en poussant par exemple les gens à manger ensemble (valeur sociale), ne pas détériorer l'environnement (valeur environnementale), et inciter l'utilisateur à s'interroger sur lui -même et sur les autres formes de vies qui l'entourent (3) (valeurs spirituelles, de sens). Un jour viendra où des « produits » tels que les plantes et les semences, si proches des fondements de la vie et de la survie, seront considérés comme « biens éthiques » sacrés et inaliénables. Toute atteinte à la qualité des cultures ou des médicaments, toute exploitation abusive réduisant leur potentiel de « vie » et de « bien », seront considérées comme une menace pour la société entière. L'homme pourra alors affirmer fièrement qu'il est vraiment sur la voie du progrès. - Anne Andrault Sauveur Fernandez - 6 articles pour aller plus loin : L'histoire édifiante dun produit à forte valeur éthique, qui fut créé originellement pour être mis à disposition de tous sans restriction, et qui est en passe de devenir aujourdhui lobjet dun monopole commercial abusif. Cliquer sur le lien Sur la charge symbolique naturelle des objets et leur manipulation par la publicité, lire la synthèse des livres « Petites manipulations d'aujourd'hui » et « Comment l'esprit vient aux objets ». Cliquer sur le lien – Comment concevoir dès le départ un produit à haute valeur éthique ? Lire « Low-tech, la deuxième voie technologique » et « Innover n'est pas briser ». Écoprospective : vers une valeurs éthique plus grande des cosmétiques en 2028. Cliquer sur le lien – Lire aussi – sur le thème de la consommation responsable – l’excellent rapport de positionnement de l’AEC (Association Européenne des Consommateurs), paru en octobre 2001. Cliquer sur le lien
Annexe (1) La norme sociale SA 8000, la nouvelle gouvernance dentreprise, le commerce équitable, etc. représentent une approche éclatée mais positive et progressive, qui tend vers cet idéal. (2) Nous parlons ici surtout des aliments « nomades » de plaisir (barres chocolatées, etc.). Certains produits nomades dits allégés, « minceur », etc., ne détériorent pas vraiment la santé, mais apportent d'autres inconvénients : lire à ce sujet : « Histoire dun mythe des temps modernes : les calories » (3) L'achat d'un poulet de ferme labellisé contribue par exemple au renforcement du bien être animal dans l'élevage. Acheter un produit issu du commerce équitable, permet de préserver et d'enrichir le niveau de vie d'un paysan de pays émergent.
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