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Entreprises Octobre 2002

La valeur éthique
du bien de consommation

Visuel article : éthique du bien marchand
Le consommateur achète aujourd'hui un bien marchand pour sa valeur d’usage ou, très souvent pour le plaisir qu’il procure. Mais celui-ci commence à prendre conscience que le produit ou service acheté ne lui donne pas le plus important. Gros plan sur le rapport perdu entre éthique et biens de consommation.

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Éthique et marchandise : le lien méconnu
Comment apprécie-t-on la valeur d’un bien ? d’un objet ? D’un service ? Existe-t-il des biens auxquels on ne pourra jamais attribuer de valeur marchande ? Que doit-on attendre réellement d’un bien marchand, au-delà de sa seule valeur d’usage ? Questions complexes et variées auxquelles chacun apportera des éléments de réponse en fonction de ses propres valeurs, de son éthique, de sa relation aux biens matériels.

Si la morale, science du bien et du mal, définit, au sein d’une société donnée, l’ensemble des valeurs et des règles de conduite de l’homme qui ont pour but le bien plutôt que le mal, l’éthique, quand à elle, est « l’art appliqué » des mœurs et des comportements en accord avec cette morale.

Certains domaines de l’activité humaine sont concernés au premier chef par l’éthique – politique, économie, médecine, technologies, exploitation « rationnelle » de la nature, etc. – car ils soulèvent des enjeux qui concernent l’humanité entière.

Or, les biens de consommation, purs produits de l’économie libérale, échappent le plus souvent à ces grands débats.

Sociétés modernes, éthiques ou pas éthiques ?
L’éthique d’un groupe, d’un être humain est révélatrice de ses choix et croyances profondes. Ces dernières transparaissent dans ce que crée ce groupe, cet être humain, et dans la manière dont il le propose au reste du monde. Nos sociétés dites « modernes », par exemple, fourmillent d’exemples concrets où l’éthique est tout à la fois respectée et bafouée, ce qui démontre très bien la grande ambivalence que nous entretenons actuellement avec la notion de bien commun.

Breveter la nature permet ainsi de mettre à la disposition du plus grand nombre des molécules actives sous forme de médicaments efficaces fabriqués dans de bonnes conditions d’hygiène, et pratiques à utiliser. Ce comportement est à priori éthique car les médicaments achetés favorisent à l’évidence la santé publique. Mais il interdit également très souvent l’accès d’un nombre plus grand d’êtres humains à ces mêmes molécules, à cause d’un prix de marché prohibitif. Ce qui est un comportement non-éthique car les inégalités devant la santé s’aggravent très sensiblement.

Établir un catalogue exhaustif des semences autorisées sur le marché français garantit à l'agriculteur et au jardinier qualité et constance dans les produits proposés. Ce comportement éthique favorise lui aussi la sécurité alimentaire… tout en rayant simultanément de la carte des milliers de semences de variétés anciennes ou exotiques non répertoriées. Voici là aussi un comportement non-éthique car destructeur notamment de biodiversité.

Le cas des biotechnologies (où les promesses de bénéfices faramineux importent plus que les interrogations sur l'éthique), et des crises alimentaires à répétitions (issues elles aussi majoritairement d'un souci excessif de rentabilité au détriment de la sécurité) nous prouvent malheureusement que les exemples de ce type ne manquent pas…

Un poulet fermier
à une « valeur éthique » supérieure à un poulet industriel

L’éthique d'un bien de consommation, c’est d’abord le respect de la vie sous toutes ses formes
Nous attribuons très souvent inconsciemment une « valeur d’éthique » à nombre de choses qui nous apportent survie, santé, bien-être, sécurité, plaisir…

S'attacher à la manière dont les biens de consommations sont produits ou vendus nous permet de « conscientiser» cette valeur éthique, et d'en réaliser tous les impacts profonds dans nos sociétés :

Par exemple, un aliment n’est pas bon seulement parce qu’il apporte des nutriments, du goût, du plaisir personnel à un être humain, mais aussi parce qu’il sustente la vie au sens très large du terme : une production alimentaire saine, doit non seulement fournir des aliments de qualité (aspect sanitaire) à des prix abordables (aspect économique) mais elle devrait en même temps préserver un tissu relationnel vivant en incitant par exemple les gens à manger ensemble (aspect social), protéger l'environnement (aspect environnemental) tout en veillant aussi au bien-être animal (aspect « spirituel »).

Un poulet fermier ou un produit artisanal auront une « valeur éthique » supérieure à un produit industriel pour ceux qui privilégient le respect des traditions et de la nature, et se soucient de désertification rurale. Ce sera l’inverse pour les consommateurs qui recherchent exclusivement la sécurité et l’hygiène. La même approche peut être appliquée pour tous les secteurs commerciaux. Mais aujourd’hui, notre société de consommation met surtout en avant l’aspect économique. Elle excelle aussi, par le biais de la publicité, dans la valorisation excessive de notre ego, au détriment du sens communautaire (aspect intime).

Dernier exemple : les fameux aliments nomades, présentés sous forme individuelle sont supposés nous apporter plaisir et liberté. Mais ce sont d'abord des aliments à faible valeur conviviale, car ils favorisent un peu plus le relâchement du lien social, en incitant à manger rapidement seul(e) dans son coin. Ils déstructurent aussi l'alimentation, apportent très souvent des aliments chargés de sucre et de graisse, et contribuent ainsi à la montée générale de l'obésité… (2). Ces denrées, soi-disant « dans le coup», ont en fait surtout une valeur économique pour l’industriel qui les propose.

Conclusion : les limites d’un raisonnement purement économique
Lentement, une prise de conscience globale se fait jour : les années 70 et 80 ont vu l’émergence de la norme industrielle Iso 9002, qui garantit la qualité de fabrication et d’usage d’un produit. Depuis, l’écodesign, et la norme ISO 14000 vont plus loin en incorporant le respect de l’environnement. Il manque cependant une réflexion de fond, une sorte de norme globale qui, outre la qualité de fabrication et l’environnement, intègre l’aspect éthique du bien de consommation tel que nous l’avons défini. (1).

En attendant ce beau jour, nous proposons une définition novatrice de la valeur éthique globale d'un bien de consommation (produit ou service) :

Le bien de consommation idéal ne doit pas seulement être abordable (valeur économique) ou procurer un plaisir ou une émotion personnels (valeur intime), il doit aussi préserver la bonne santé physique et mentale de l’homme (valeur de protection), contribuer à maintenir un tissu relationnel vivant en poussant par exemple les gens à manger ensemble (valeur sociale), ne pas détériorer l'environnement (valeur environnementale), et inciter l'utilisateur à s'interroger sur lui -même et sur les autres formes de vies qui l'entourent (3) (valeurs spirituelles, de sens).

Un jour viendra où des « produits » tels que les plantes et les semences, si proches des fondements de la vie et de la survie, seront considérés comme « biens éthiques » sacrés et inaliénables. Toute atteinte à la qualité des cultures ou des médicaments, toute exploitation abusive réduisant leur potentiel de « vie » et de « bien », seront considérées comme une menace pour la société entière.

L'homme pourra alors affirmer fièrement qu'il est vraiment sur la voie du progrès.

- Anne AndraultSauveur Fernandez -

6 articles pour aller plus loin :

L'histoire édifiante d’un produit à forte valeur éthique, qui fut créé originellement pour être mis à disposition de tous sans restriction, et qui est en passe de devenir aujourd’hui l’objet d’un monopole commercial abusif. Cliquer sur le lien

– Sur la charge symbolique naturelle des objets et leur manipulation par la publicité, lire la synthèse des livres « Petites manipulations d'aujourd'hui » et « Comment l'esprit vient aux objets ». Cliquer sur le lien

– Comment concevoir dès le départ un produit à haute valeur éthique ? Lire « Low-tech, la deuxième voie technologique » et « Innover n'est pas briser ».

Écoprospective : vers une valeurs éthique plus grande des cosmétiques en 2028. Cliquer sur le lien

– Lire aussi – sur le thème de la consommation responsable – l’excellent rapport de positionnement de l’AEC (Association Européenne des Consommateurs), paru en octobre 2001. Cliquer sur le lien

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Annexe

(1) La norme sociale SA 8000, la nouvelle gouvernance d’entreprise, le commerce équitable, etc. représentent une approche éclatée mais positive et progressive, qui tend vers cet idéal.

(2) Nous parlons ici surtout des aliments « nomades » de plaisir (barres chocolatées, etc.). Certains produits nomades dits allégés, « minceur », etc., ne détériorent pas vraiment la santé, mais apportent d'autres inconvénients : lire à ce sujet : « Histoire d’un mythe des temps modernes : les calories »

(3) L'achat d'un poulet de ferme labellisé contribue par exemple au renforcement du bien être animal dans l'élevage. Acheter un produit issu du commerce équitable, permet de préserver et d'enrichir le niveau de vie d'un paysan de pays émergent.

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