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Entreprises De la collecte des données
par les entreprises à la Février 2002 - Première partie de notre
dossier « Enjeux économiques et risques sociaux de la
marchandisation des données personnelles sur Internet »
Depuis peu, les internautes ont la possibilité de monnayer eux-mêmes leurs propres données personnelles. Quelles sont les conséquences sociales de ce modèle économique ?
Introduction Beaucoup moins fréquentes en revanche sont les remarques relatives aux rapports que nous entretenons, et que nous pourrions être amenés à entretenir, avec notre propre identité. Pourtant, le temps semble venu de sengager dans ce type de réflexion, alors quémerge depuis peu la possibilité pour les internautes de monnayer eux-mêmes leurs propres données personnelles. Dans cette série darticles que lÉconovateur
a décidé de consacrer au phénomène de la marchandisation
des données personnelles sur Internet, il sagira bien sûr
de décrire les mécanismes dun tel marché, mais
surtout de lancer des pistes de réflexions nouvelles sur
les conséquences sociales de ce modèle économique. Première partie : de la collecte de données par les entreprises, à la vente dinformations par les particuliers Dans cet article, nous allons surtout nous attacher à expliquer les raisons dêtre de la collecte massive de données personnelles qui se pratique actuellement sur le Net. Pour cela, louvrage « e-Privacy » écrit par Arnaud Belleil sera une aide précieuse (1). Nous verrons également que ces procédés ont pour corollaire douvrir toute grande la voie à la vente par les internautes eux-mêmes de leur propres données. Tendance qui, si elle devient la règle, aura des conséquences sociales importantes dont nous entamerons, ici, lesquisse, et que nous chercherons à délimiter plus distinctement dans les prochains articles. Un marché bien réel : celui
des données personnelles sur Internet
Il commence par rappeler que, dans le cadre de rapports commerciaux, cest la nature même d'Internet qui rend inévitable la collecte dinformations sur les utilisateurs. En effet, comme il ne peut y avoir de contact direct avec les clients potentiels, il est indispensable dobtenir des informations sur eux. Ce qui est possible, et pour un coût souvent très faible, du fait des performances des outils technologiques. En partant de là, on en est arrivé à lélaboration de plusieurs théories marketing qui ont fondé en système la récolte des données pour garantir la rentabilité des entreprises Web. Le marketing one to one Dans ce modèle, la véritable valeur dune entreprise reposera sur la qualité du fichier où sont stockées ces renseignements. Plus ils sont nombreux et pertinents, plus il devient possible de proposer des offres en rapport avec les véritables centres dintérêts du consommateur, et donc daccroître les chances de le faire passer du statut dacheteur occasionnel, à celui dhabitué. Toute collecte ultérieure de données visera donc à atteindre cet objectif. Et justement, plus il achète de produits, plus on en sait sur lui. Ce qui est recherché ici, cest bien la rentabilité maximum pour chaque client, sur le moyen et le long terme. Le principe de la personnalisation consiste donc à proposer une alternative au marketing de masse, tout en trouvant la solution posée par le problème dune relation commerciale, sans face à face entre vendeur et acheteur. Il convient cependant douvrir une parenthèse sur les véritables capacités dun marketing de type One to One à lheure actuelle. Sil fait saliver bon nombre de responsables marketing tout autour de la planète, il reste pour le moment bien plus une théorie quune réalité. Dans la pratique, il est en effet rare de pouvoir cibler une offre pour un client particulier. Il est par contre possible de la « personnaliser » sensiblement par le moyen du ciblage. Technique employée depuis des lustres par le marketing « traditionnel ». Le permission marketing Son créateur est Seth Godin (4), ancien vice-président de Yahoo. Elle repose sur le principe de lobtention dune autorisation préalable de linternaute pour entrer en communication avec lui. Lorsque lautorisation est obtenue (par exemple par le biais dune publicité offrant la possibilité den savoir plus en appelant un numéro vert, ou en postant un message électronique), on essaie dentretenir la relation en envoyant des offres commerciales pertinentes. Pour que la pertinence soit maximale, et donc que les messages soient attendus, et non pas perçus comme une intrusion, il faut parvenir à convaincre linternaute de livrer des indications sur ses goûts et ses centres dintérêts. Pour les défenseurs de la vie privée, ce type de méthode présente plusieurs avantages. Tout dabord, elle repose sur un principe qui est devenu pour certains un cheval de bataille, celui de lautorisation préalable. Ensuite, cette autorisation nest pas transférable à une autre société. Enfin, il est toujours possible de retirer sa permission. Ce type de collecte se veut donc plus transparent, facilitant un climat de confiance, et cest là que se trouvent les différences avec la méthode précédente (même si celle-ci commence depuis peu à intégrer des considérations éthiques) (5). La gratuité sur Internet Si lon prend le cas de lEconovateur, linformation gratuite que vous pouvez y lire, a pour but de vous convaincre de la qualité des expertises que son équipe de consultants pourrait vous fournir. Mais le plus souvent, le schéma de la gratuité est le suivant : service gratuit = adoption en masse du service par les internautes = audience importante à vendre aux annonceurs. En complément, il faut parvenir à segmenter le plus finement possible cette audience (ce qui accroît sa valeur), et dans le même temps transformer progressivement le service gratuit en service payant. Dans le système de la gratuité, linternaute qui a bénéficié dun service ou dun produit sans avoir eu dargent à verser, a fourni en contrepartie, et souvent sans en avoir eu conscience, de la valeur à lentreprise sous la forme de ses données personnelles et autres informations comportementales.
Nous constatons donc que les informations sur les internautes sont pour les sites Web un actif fondamental. Dans de telles conditions, il ne faut guère sétonner de lapparition récente de lidée selon laquelle les utilisateurs devraient pouvoir monnayer eux-mêmes leurs données personnelles. La marchandisation des données personnelles
par les internautes Pour sa part, A. Belleil en détecte déjà une mise en application très concrète dans les systèmes de points de fidélité. En effet, sur Internet, les compagnies qui ont adopté ce modèle, comme par exemple Maximiles, ou Webmiles, gagnent de largent grâce aux annonceurs à qui elles revendent les informations quelles détiennent sur les internautes. Or, ces informations elles les ont recueillies directement auprès des internautes eux-mêmes, en les échangeant contre des points, avec lesquels il est possible dacheter toutes sortes de biens et de services. Par la suite, si un internaute veut augmenter son capital de points, il doit alimenter son profil. Bien sûr, ici, il ny a pas dargent qui circule entre les protagonistes. Il est cependant difficile de nier que les points en fassent office. Il y a donc bien revente de données par linternaute. Si un tel modèle fonctionne déjà, pourquoi ne pas imaginer létape suivante ? Celle qui consiste pour une entreprise à proposer aux utilisateurs le stockage de leurs données et de leur profil en vue dune revente avec accord préalable des personnes bien évidemment à toute société tiers en faisant la demande. Le fait quil soit désormais possible pour les internautes de récupérer une part des bénéfices engrangés par la collecte et la revente des données les concernant semble à priori une avancée. Un tel système, sil venait à se généraliser, annoncerait peut-être la mort de tous ces acteurs sans scrupules qui récoltent par des moyens peu recommandables des informations nominatives, et les revendent à qui veut bien. Pourtant, en y regardant de plus près, ce genre de pratiques engendre un certain nombre de questions sociales importantes, qui débordent largement du cadre habituel du débat sur la protection de la vie privée sur Internet. Les nouveaux enjeux sociaux de la marchandisation
des données personnelles Accepter de revenir de la sorte sur ce droit, cela pose demblée plusieurs questions. En effet, si je revends à une entreprise des parcelles de mon intimité, par exemple sous la forme de comportements dachats, est-ce que cela lautorise à me solliciter quand elle le désire, de la façon qui lui convient, pour essayer de me vendre ses produits ? Et si au bout dun certain temps la situation est devenue à ce point insupportable que je souhaite récupérer ce droit, comment faire ? Est-on toujours dans le cadre des lois offrant le droit de suppression des données sur simple demande de lintéressé (tel quil existe par exemple en France avec la loi de 1978 sur lInformatique et les Libertés) ? Mais surtout, la possibilité inédite de monnayer ses propres données personnelles introduit un rapport marchand à lidentité, rapport inédit et pour le moins ambigu. Ici, il ne sagit plus uniquement de vie privée, mais de rapport à soi. Le soi, est pour les psychologues cette conscience que nous avons tous de nous mêmes. Il est composé dun certain nombre délément subjectifs, parmi lesquels on trouve le sentiment dappréciation sociale de notre valeur, et le sentiment destime de soi. On voit que dans lhypothèse dune généralisation dun tel modèle, lévaluation de ces deux sentiments pourrait se faire sur des critères marchands. Il serait en effet possible de dire que tel individu à une valeur plus importante que tel autre, en fonction de critères de référence. On objectera bien sûr que ce genre dévaluation est plus ou moins implicitement déjà réalisé grâce aux études sur les catégories socio-professionnelles (CSP). Mais ce qui est nouveau cette fois cest la possibilité de personnaliser cette évaluation. Dans un tel système, on se doute bien que seraient rapidement mises au point des grilles permettant de calculer le «taux de rendement» des personnes en fonction de leur appartenance, ou de leur personnalité. Ces grilles pourraient déterminer en retour des prix dachat pour les données personnelles. Ce qui, en retour, ne pourrait manquer davoir des incidences importantes sur ces deux sentiments dont nous avons parlé : le sentiment dappréciation sociale de notre valeur et le sentiment destime de soi. Dans la deuxième partie de ce dossier nous chercherons à approfondir ces questions. – Franck Garnier – Franck Garnier, 32 ans, est spécialiste de la protection des données personnelles sur Internet, et consultant en déontologie de la communication et du marketing online. Il étudie aussi les rapports sociaux dans le cyberespace, et les nouveaux enjeux de lidentité à lère des réseaux numériques.
Notes bibliographiques (1) Belleil A., «ePrivacy. Le marché des données personnelles : protection de la vie privée à lâge dInternet», Dunod, Paris, 2001. (2) Cecurity.com est une société française de protection des données personnelles. (3) Pepper, D. et Rodgers M., «Le One to One : valorisez votre capital client», Les Editions dOrganisation, paris, 1998. (4) Godin S., «Permission marketing : les leçons dInternet en marketing», Maxima, Paris, 2000. (5) Voir louvrage «Making It Personal: How to Profit from Personalization without Invading Privacy», écrit par Bruce Kasanoff, Don Peppers et Martha Rogers, et publié fin 2001. (6) Larticle 12 de la Déclaration Universelle des Droits de lHomme stipule que : « Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. » En savoir plus
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