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Alimentation Santé Faut-il condamner Février 2003
Introduction Pour les médias comme pour les consommateurs, c’est plutôt la panique à bord. Certains s’interrogent même sur l’intérêt de continuer à prendre des céréales au petit déjeuner ! Quant aux industriels, la contamination affichée des céréales par les mycotoxines va certainement les amener à renforcer leur politique qualité pas toujours suffisante, notamment par l'application des récentes recommandations officielles dans ce domaine. Il en est de même de leur communication publicitaire et nutritionnelle, peu cohérente avec ce que l’on attend légitimement des produits céréaliers (par exemple, excès de corps gras et de sucres pour certaines catégories de produits). Une mise au point sur ce sujet nous a paru nécessaire pour tenter de clarifier la situation, et de déterminer si oui ou non les céréales au petit-déjeuner restent une alternative sérieuse à un petit-déjeuner sain et équilibré. 1 - DÉRIVE NUTRITIONNELLE :
excès de matières grasses et de sucres Ceci leur fait non seulement perdre une grande partie de leurs atouts « fibres », mais encore habitue les enfants au goût sucré, tout en ajoutant des corps gras aux qualités nutritionnelles douteuses. On ne peut donc ici que saluer l’initiative de revues consuméristes telles que « 60 millions de consommateurs » qui jouent le rôle de sentinelle. Cependant, cette revue (ainsi que les médias français en général) fait l’impasse sur deux points, à notre avis primordiaux :
2 – LES MYCOTOXINES : un
défi mondial 2/b – Des moisissures « dures
à cuire » : Leur tâche reste très compliquée, car les facteurs favorisant l’apparition de mycotoxines sont avant tout le résultat de conditions environnementales et écologiques imprévisibles et incontrôlables par essence :
2/c – Un problème d’envergure
mondiale : Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), au moins 25 % de la production agricole mondiale serait contaminée par les mycotoxines, composants toxiques produits par des espèces de moisissures bien identifiées. 2/d – Quelles solutions pour
supprimer les mycotoxines ?
Tous ces éléments démontrent encore une fois que la contamination par des mycotoxines n’est pas jugulable à 100 %. C’est pourquoi, il existe aujourd’hui une dose minimale admissible en relation avec les connaissances actuelles en toxicologie, en épidémiologie et en contrôle qualité. 2/e – De la nécessité
de mesures de contrôles plus fiables : En effet, une même fabrication peut, pour un lot de céréales, utiliser un début, un milieu et une fin de silo. Dans le cas où c’est le fond de silo qui est contaminé, et que l’analyse porte sur ce lot là, on peut être amené à tirer une conclusion erronée sur la totalité de la production. Pour toutes ces raisons, les résultats des contrôles
devraient être indiqués idéalement
dans une certaine fourchette statistique. Ceci implique que le nombre
d’échantillons analysés soit représentatif
de la production (lots différents) et ne se limite pas à
un échantillon unique. Ce point est bien détaillé
par la Directive L 75/38 de la Commission Européenne du 13 Mars
2002 relative au dosage de l'ochratoxine A.
2/f – Des points insuffisamment
pris en compte lors des critiques publiques faites sur les céréales : Par exemple, les résultats publiés par « 60 millions de consommateurs » sur les céréales des petits déjeuners n’ont pas tenu compte de ces critères et de la réglementation. Ainsi, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) précise : « Il n’existe pas actuellement de réglementation fixant des teneurs maximales en fumonisine B1 et en zéaralenone dans les produits céréaliers » ! La revue aurait dû au minimum avertir ses lecteurs qu’il est très difficile pour les raisons évoquées plus haut, d’obtenir des résultats fiables sur les contaminations par mycotoxines, et que ces dernières ne concernent pas seulement les céréales du matin, mais beaucoup d’autres denrées agricoles. Elle ne fait ainsi pas preuve de la prudence officielle de la DGCCRF lors de la publication des résultats du « Plan de surveillance de la contamination des produits céréaliers par certaines mycotoxines du 2ème trimestre 2001 au 1er trimestre 2002 » : « il est utile de préciser que ces teneurs ne sont que le reflet d’une situation donnée à un moment donné, et ne préjugent pas de l’évolution future des niveaux de contamination par les mycotoxines qui restent assez fortement inféodés aux conditions climatiques. ». Et pourtant leur propre analyse portait sur 492 échantillons ! Tout en comprenant la démarche légitime de la revue d’attirer l’attention des consommateurs et des médias sur un sujet aussi sensible, on ne peut que regretter le risque d’un discrédit de tous les produits céréaliers (classiques et bio) sur un échantillonnage qui ne tient aucunement compte de la méthodologie ad-hoc : la HACCP (Hazard Analysis, Critical Control Point ou Système des points de contrôle critique pour l'analyse des risques). Conclusion – Les mycotoxines restent un problème commun à toutes les denrées agricoles. Elles demeurent, quel que soit le type de culture (intensive, raisonnée, ou biologique), difficiles à combattre, mais sont prises néanmoins correctement en compte dans les bonnes pratiques agricoles et de production industrielle. – Les céréales, surtout biologique restent le meilleur ingrédient de base pour un petit déjeuner réussi. – Bakri Assoumani – Sauveur Fernandez Bakri Assoumani, 58 ans, est un spécialiste du contrôle et de la prévention de la contamination par les moisissures en milieu industriel (production, stockage et transport). En savoir plus Sauveur
Fernandez, 43 ans, est consultant en communication Abonnez-vous
gratuitement à la revue de presse Internet de Bakri Assoumani sur
les Références – « 60 millions de consommateurs », n°368, janvier 2003 – « Minimiser les risques associés aux mycotoxines, à l'aide du concept HACCP » (Minimizing risks posed by mycotoxins utilizing the HACCP concept). D.L. Park, H. Njapau and E. Boutrif. Notes : Douglas L. Park and Henry Njapau are at the Department of Food Science, Louisiana State University, Baton Rouge, Louisiana, United States. Ezzeddine Boutrif is Senior Officer, Food Control and Consumer Protection Group, Food Quality and Standards Services, FAO Food and Nutrition Division. – « Prévention
des mycotoxines et décontamination - une étude de cas sur
le maïs » (Mycotoxin prevention and decontamination
– a case study on maize). R.T. Riley and W.P. Norred. – « Plan
de surveillance de la contamination des produits céréaliers
par certaines mycotoxines ». – L 75/38 Official Journal of the European Communities 16.3.2002 : COMMISSION DIRECTIVE 2002/26/EC of 13 March 2002 « Laying down the sampling methods and the methods of analysis for the official control of the levels of ochratoxin A in foodstuffs ».
Annexe (1) Pour tout savoir sur le petit-déjeuner idéal, lire « Ce que signifie vraiment manger varié et équilibré », et « Anatomie du petit déjeuner idéal ». (2) Voici la recette de base pour une personne : « dans un bol, battre en crème 4 cuillerées à café de fromage blanc maigre et 2 cuillerées à café d’une huile de première pression à froid (tournesol). Dans cette crème sont incorporés : un filet de citron, une banane bien mûre, et un fruit frais mixés, 2 cuillerées à café d’une céréale complète au choix fraîchement moulue, et 2 cuillerées à café de graines ou fruits oléagineux fraîchement moulus (au choix : graines de tournesol, sésame, amandes, noix, noisettes). Un moulin à café électrique ou un petit mixer conviennent pour moudre céréales, graines ou fruits oléagineux ». Recette extraite du livre « Alimentation biologique et extrait nutritionnel » du Docteur Lylian Le Goff, édition Roger Jollois, 1997, 30 euros. Pour avoir d’autres recettes délicieuse adaptées, lire « Brunches & petits déjeuners », de Chantal et Lionel Clergeaud, éditeur : Équilibres Aujourd'hui, Collection Cuisine Et Santé, 1992, 6 euros. (3) Les trois principales familles de moisissures incriminées dans la production de mycotoxines sont :
Signalons aussi qu'en brasserie, la zéaralenone, l’ochratoxine, les fumonisines et les aflatoxines peuvent passer dans la bière. De même l’ochratoxine A peut tout autant contaminer les viandes de porc et de volaille. Les données internationales dans ce domaine sont compilées par l’OMS et la FAO. (4) L’ochratoxine A (OTA) est considérée comme possédant des propriétés cancérogènes, néphrotoxiques, tératogènes, immunotoxiques et éventuellement neurotoxiques et elle est associée à la néphropathie chez les humains. Elle est produite par des espèces fongiques des genres Penicillium ou Aspergillus. Quant à la FB1, elle a été classée parmi les cancérogènes potentiels pour l’homme par le Centre International de Recherche sur le Cancer. (5) Par niveau d’humidité, on parle d’activité d’eau ou aw, critère mesurant l’eau libre. (6) Le processus de contamination potentielle est cumulatif, avec différents stades :
Les règles à respecter par les céréaliers pour éviter ce problème sont multiples :
Une politique qualité totale contrôlant au mieux les approvisionnements en céréales et des conditions de stockage et de transformations irréprochables sont les garants d’une contamination fongique et mycotoxique moindre.
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