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Alimentation santé Histoire d’un mythe Juillet 2002 – Première
partie
Quest-ce quune calorie
? Notre corps est en effet un organisme vivant qui a besoin,
comme une machine, dénergie pour fonctionner. Mais
comment mesurer et quantifier cette énergie ? La « balance
énergétique » est un concept de mesure éprouvé
qui permet de calculer précisément les besoins du corps
en énergie. (1) Notons que seuls les glucides et les lipides sont classés comme nutriments énergétiques, les protéines servant en premier pour la charpente musculaire et la production denzymes et dautres molécules biologiques. Quand aux vitamines, oligo-éléments, etc., ils sont indispensables au bon fonctionnement général de lorganisme, et participent à de nombreuses fonctions : croissance, entretien, équilibres divers, régulation de différents mécanismes. En théorie, il suffirait donc de connaître simplement nos besoins en énergie (donc en calories), et dacheter tous nos aliments préférés en veillant seulement à ce que leur valeur calorique ne dépasse pas nos besoins journaliers. Notons que la valeur calorique dun aliment est très souvent aujourdhui, sur les emballages, linformation nutritionnelle la mieux mise en avant, surtout sur les produits dits diététiques, de régime, de santé, ou de forme. Seulement voilà, cette simplification nutritionnelle masque une réalité autrement plus complexe. Cette mesure, appliquée telle quelle apporte beaucoup plus de problèmes, dexcès et de mauvaises habitudes, quelle napporte de solutions. Quand les processus métaboliques
de digestion compliquent la quantification énergétique de
l'aliment
Les enzymes notamment permettent de libérer les nutriments prêts à être absorbés. Mais nous ne sommes pas nés égaux en terme déquipements enzymatiques. Ainsi, par exemple, près de 80 % des non Caucasiens (Asiatiques et Noirs) présentent une intolérance au sucre du lait (le lactose), leur organisme ne produisant pas assez ou pas du tout la lactase, lenzyme capable dhydrolyser ce sucre. Conséquence, la consommation de produits laitiers non fermentés ne permettra pas lutilisation de lénergie du lactose, et causera des problèmes de flatulence voire de diarrhée. Un autre problème souvent méconnu : avec lâge, chez les Caucasiens la production de lactase va malheureusement diminuer pour beaucoup de personnes. Notons que de nos jours, peu de gens pratiquent une mastication correcte des aliments. Ce qui est regrettable : le processus digestif sen trouve compliqué et ralenti, avec pour conséquence une moindre extraction du potentiel calorique de laliment. Tous ces éléments contribuent très sensiblement à écorner la belle rigueur scientifique des tables de mesure caloriques alimentaire, et à compliquer singulièrement leur utilisation pratique. Raffinage des aliments = garanties
de calories maximales En effet, la présence de fibres dans un produit apporte un effet « de barrière » plus ou moins prononcé à la digestion, donc à la libération de lénergie maximale. Prenons par exemple le pain : les propriétés physiques du pain blanc sont complètement différentes de celles du pain entier. La présence des fibres alimentaires dans ce dernier joue deux rôles clés, très souvent ignorés ou négligés des industriels et nutritionnistes classiques :
Au final, la digestion et labsorption du pain complet fournit moins dénergie que le pain blanc, mais la fraction non digérée ira nourrir la flore bactérienne intestinale dans le gros intestin. Le pain blanc lui, fournira plus dénergie, mais contribuera notamment peu à la santé de la flore bactérienne. Pour compliquer encore un peu
plus le problème Chez l'adulte âgé de 20-40 ans et dans le cadre des activités habituelles pour la majorité de la population, les apports journaliers conseillés en énergie en France sont de 2200 kcal pour les femmes et de 2700 kcal pour les hommes. Ces apports sont couverts par les glucides (50 à 55 %), les lipides (30 à 35 %) et les protéines (11-15%). Mais le corps humain nest pas un moteur à explosion qui fonctionnerait à haute température de façon simple. Chacun de nous est un modèle biologique très complexe et unique, selon son hérédité, son environnement, son âge, son sexe, sa taille, son poids, ses activités physiques, ses préférences alimentaires, son hygiène de vie, et même son caractère (il est connu que les gens nerveux sont rarement obèses ). Tout ceci ne peut pas se mettre en équation mathématique. On ne peut que travailler dans des limites données jouant le rôle de filet de secours. Cest ce qui explique que, même à lintérieur de ces catégories, dâges, de sexe, etc., des variations sensibles des besoins caloriques peuvent être constatées suivant la physiologie et le caractère de chacun. Ces différences en besoins caloriques peuvent séloigner de 10, 20 % ou plus par rapport aux indices officiels. En bref, chacun possède son propre moteur biologique, des caractéristiques génétiques et une « signature psychologique » uniques. Nous n'avons pas les mêmes rendements énergétiques, ce qui explique que dans les mêmes conditions de vie, et d'alimentation, certains grossissent et d'autres pas. Pourquoi « Miss calorie
» est-elle devenue une star ?
Les conséquences du «
tout calorie » Le « cracking » est lart de réunir des aliments ou composés alimentaires profondément modifiés pour recomposer « de facto » un plat à la composition nutritionnelle idéale (3). Ce qui est très souvent le cas des aliments dits diététiques. Seuls petits problèmes : la myriade dadditifs alimentaires très souvent de synthèse nécessaires à leur élaboration, certains procédés de fabrication pas toujours maîtrisés cuiseurs extrudeurs , et la présence suspecte de métaux lourds, pesticides, etc., que lon trouve dans les aliments provenant dune agriculture industrielle intensive. Quelles en seront les conséquences pour la santé sur le moyen-long terme ? La sensation psychologique que tous les aliments se valent, et la perte dun savoir diététique populaire jadis connu naturellement de tous : nous pensons alors que les barres allégées ou les substituts de repas sont bons pour la santé, mais nous ignorons totalement leur composition Nous ne savons plus combien de repas il nous faut faire dans la journée, ni la composition idéale dun plat. Nous nous méfions de la nourriture de tous les jours, mais mangeons quasiment toutes les heures Résultat, le consommateur soi-disant bien informé, mais ne sachant plus au fond à qui se fier (4), voit son porte-monnaie salléger au profit du « diététique-business», et, paradoxalement son tour de taille augmenter régulièrement. Petits conseils pratiques pour
choisir en bonne connaissance Pour faire honneur à un désir légitime de surveiller son alimentation, il convient dabord de faire un état des lieux : A Se connaître : commencer par lIMC (Indice de Masse Corporelle = Poids en Kg/ la taille en mètre au carré) pour se situer dans le tableau de référence. (*) B Comprendre et « conscientiser » ses habitudes alimentaires : le cas échéant, consulter une diététicienne ou un nutritionniste qui pourront détecter des troubles alimentaires ou de comportement. C Diversifier son alimentation en donnant la préférence aux produits complets ou semi-complets, riches en vitamines, fibres alimentaires, minéraux, protéines, et apportant peu de calories. Les céréales complètes ou semi-complètes, les fruits, les légumes et les végétaux de façon générale doivent dans ce cas se situer au premier rang.
D Prohiber les régimes amaigrissants
: les miracles nexistent pas. Tout régime qui promet une
perte de plus de 1 kg par semaine, hors dun suivi médical
est dangereux et à éviter. Il convient alors de requérir
l'assistance de spécialistes (diététicienne ou nutritionniste).
F Éviter les produits alimentaires trop raffinés qui sont un haut concentré dénergie quand ce ne sont pas simplement des calories « vides » car manquant des nutriments essentiels vitamines, minéraux, oligo-éléments fibres G Bannir les « gouffres à sucres » : boissons sucrées, pâtisseries. Les réserver pour des moments exceptionnels où lon sautorise à « craquer ». H Ne pas sauter de repas : lorganisme, « alerté » par ce quil interprète comme une pénurie soudaine, prendra lhabitude de conserver des réserves allant ainsi à lencontre de lobjectif visé ! I Retrouver le plaisir de cuisiner chez soi avec des produits de bases biologiques : le porte monnaie sen trouvera soulagé, et la santé préservée, grâce à lacquisition « en douceur » dun savoir diététique pratique. Acquérir des modes de cuissons sains : apprendre à cuisiner avec moins de graisses en limitant les quantités dhuile, de beurre, de margarine. Restreindre les quantités de viandes consommées : les remplacer par des légumineuses (protéines végétales) ou des poissons. Se souvenir que chaque repas est aussi un moment convivial à partager avec notre entourage. J Vivre positivement et dynamiquement : faire du sport, sortir avec ses proches, garder lesprit en alerte, rester curieux. La pensée « positive » est aussi une saine consommatrice dénergie ! Conclusion Alors que faut-il retenir ? Dabord ceci : chacun doit prendre conscience de la nécessité davoir un petit bagage diététique, et se responsabiliser ainsi sur sa santé. Apprendre à cuisiner sain, et à bien choisir ses aliments, comme savaient si bien le faire nos ancêtres, cest la garantie davoir à éviter de payer le prix fort pour arriver aux mêmes buts, sans garantie de résultat. Retrouvons le plaisir de cuisiner pour soi, sa famille, ses amis. La minceur et la « pêche » viendront tout naturellement. Pour compléter le sujet, lire « Comparaison calorique de 2 déjeuners modèles pour une jeune femme ». – Bakri Assoumani et Sauveur Fernandez – Bakri
Assoumani, 58 ans, est consultant en sciences Sauveur
Fernandez, 43 ans, est consultant en communication Abonnez-vous
gratuitement à la revue de presse Internet de Bakri Assoumani sur
les Références (*) Les apports conseillés en énergie : (**) Que peut nous apprendre l'étiquetage ? (***) Apports nutritionnels conseillés : En savoir plus (1) Les principales composantes de cette balance énergétique sont : Métabolisme de base : cest
la quantité dénergie incompressible, nécessaire
au fonctionnement au repos dans des conditions codifiées en température,
durée, etc. Elle représente 60 à 70 % des calories
brûlées en une journée pour le maintien des fonctions
vitales du corps (contractions du cur et des muscles respiratoires,
maintien du tonus musculaire, fonctionnement des reins, régulation
thermique...). Thermogenèse alimentaire (énergie utilisée pour assurer la digestion, l'absorption intestinale, le stockage des aliments) qui représente 10% de la dépense énergétique totale. Activité physique : facteur déterminant pour les dépenses énergétiques, car très variable dun individu à lautre, surtout en situation de sédentarité moderne. Il existe plusieurs modèles déquation pour calculer la balance énergétique, que nous nétudierons pas ici, car ils sortent du cadre généraliste de cet article. (2) à laide dun appareillage spécial une bombe calorimétrique cette énergie peut être quantifiée précisément. Cest ainsi quon obtient les valeurs standard de 4 Kcal/g (16,8 Kj/g) pour les glucides et les protéines, et de 9 Kcal/g (37,7 Kj/g) pour les lipides. Le principe consiste à mesurer la chaleur de combustion du produit, en plaçant une quantité précise de ce dernier à lintérieur de lappareil. On va ensuite évaluer lénergie nécessaire pour rompre les liaisons chimiques du produit en le brûlant en présence dun excès doxygène. (3) Définition du « Cracking » : il sagit dopérer sur laliment de base (céréales, sucre, végétaux, fruits ) des transformations importantes pour des raisons de coûts, de facilités de fabrication et de conservation, léloignant ainsi beaucoup de son apparence dorigine. Dautres « techno-manipulations » permettront une reproduction à lidentique des ingrédients originels. Des cuisses de poulet, des rôtis de porcs, jambons, pâtés, brochettes de viandes sont ainsi « reconstituées » au risque daboutir à des situations cocasses : afin davoir une belle farine blanche, on enlève le son des céréales complètes avant de les remettre au prix fort dans des pains dits « complets ». Mais les analyses démontrent, par exemple, que la composition de la purée industrielle déshydratée et reconstituée na plus grand chose à voir avec celle des pommes de terres préparées à la maison (4) Lire à ce sujet, « Le consommateur, ce grand inconnu »
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